À la ferme plutôt qu'à la chaîne : des éleveurs s'organisent pour abattre leurs bêtes autrement

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Camion-abattoir, caisson d'abattage sur roues prolongeant des sites fixes existants ou nouveaux... Les formats varient, mais le financement pose invariablement problème.
Camion-abattoir, caisson d'abattage sur roues prolongeant des sites fixes existants ou nouveaux... Les formats varient, mais le financement pose invariablement problème. (Crédits : Pascal Rossignol)
"On ne peut plus considérer qu'il n'est pas possible de faire autrement", estime Emilie Jeannin, éleveuse membre de la Confédération paysanne, qui a pour projet d'importer en France un concept d'abattoir mobile, censé mieux répondre aux attentes des éleveurs et des consommateurs. D'autres éleveurs plaident pour cette méthode d'abattage mais de nombreux freins doivent encore être levés avant qu'elle ne puisse voir le jour.

De la Normandie à la Provence, des éleveurs ferraillent pour abattre leurs bêtes à la ferme plutôt que dans un abattoir et s'assurer qu'elles soient "respectées jusqu'au bout". Le principe est accepté par les autorités mais la mise en route patine.

Leur volonté: éviter aux animaux le stress d'être arrachés de leur environnement et des transports en bétaillères qui s'allongent à mesure que le nombre d'abattoirs se réduit, une centaine d'établissements ayant disparu depuis le début des années 2000.

Il s'agit aussi de s'assurer que l'animal est "respecté jusqu'au bout", selon les mots de l'éleveur de Loire-Atlantique Guylain Pageot, qui évoque le "choc" causé par les images d'animaux malmenés dans des abattoirs, diffusées par l'association L214.

"Ces violences qu'on fait aux animaux, on les fait aux éleveurs et aux consommateurs", tranche Emilie Jeannin depuis sa ferme de Bourgogne où elle élève 230 bovins avec son frère.

Elle a choisi d'amener elle-même ses charolaises à l'abattoir dans un van attelé à son véhicule.

Sans pour autant être rassurée sur la suite: "J'ai une boule au ventre à chaque fois. Le bouvier [qui les réceptionne] peut être irréprochable, mais on n'est pas à l'abri que le bovin croise des cochons qui crient très fort et le stressent", décrit-elle.

"On ne peut plus considérer qu'il n'est pas possible de faire autrement", juge cette membre de la Confédération paysanne, qui a découvert en 2016 en Suède un camion-abattoir qu'elle veut importer en France.

Son projet: un attelage de quatre remorques, dont deux réfrigérées, qui va de ferme en ferme pour tuer et mettre en carcasse - cuir et viscères sont retirés - les animaux qui seront commercialisés sous la marque Le Boeuf éthique.

"Je me suis dit que soit je mettais cet abattoir en place, soit j'arrêtais d'être éleveuse", affirme Emilie Jeannin.

Pour boucler une partie de son investissement à 1,8 million d'euros, elle vient de réunir 250.000 euros en quelques jours sur la plateforme de financement participatif Miimosa. Et espère une mise en service au premier semestre 2021 avec l'aval des services vétérinaires.

"Ne perdons pas de temps"

La mise à mort des animaux de boucherie (bovins, ovins, caprins, porcins, équidés) devant obligatoirement être réalisée dans un abattoir agréé, Emilie Jeannin pourrait ainsi être la première à faire tuer - légalement - une vache à la ferme depuis la promulgation fin 2018 de la loi Alimentation, qui acte l'expérimentation des abattoirs mobiles et leur évaluation.

Lire aussi : Un an après sa promulgation, la loi alimentation continue de décevoir

En février, la Cour des comptes estimait que ce mode d'abattage pourrait se substituer aux abattoirs publics dont la gestion est jugée trop coûteuse.

Encore faut-il qu'il voie le jour...

"Plusieurs projets d'abattoirs mobiles sont en cours mais aucun agrément n'a été délivré à ce stade", rapporte le ministère de l'Agriculture.

À ce rythme, "on pourra difficilement faire une expérimentation", remarque Frédéric Freund, directeur de l'Oeuvre d'assistance aux bêtes d'abattoirs (Oaba), association spécialisée membre du comité de suivi chargé d'évaluer ces nouveaux outils.

Pour lui, "l'État serait bien inspiré de débloquer quatre, cinq millions d'euros pour débloquer les quatre, cinq projets les plus aboutis".

"Allons-y, ne perdons pas de temps", dit-il, convaincu que l'abattage mobile n'a "que des avantages" pour les animaux, tout en répondant aux attentes des éleveurs, des consommateurs et des ONG.

Lire aussi : L'industrie agroalimentaire bousculée par les nouvelles attentes des consommateurs

"On voudrait que ça se développe le plus possible", confirme Léopoldine Charbonneaux, directrice de CIWF France, qui milite pour le bien-être des animaux d'élevage.

"C'est vraiment important de réduire les transports et manipulations qui provoquent stress et souffrance", insiste-t-elle. L'ONG "encourage" donc ces projets "pour peu qu'ils donnent des garanties de protection animale au moment de l'abattage", c'est-à-dire qu'ils s'assurent que l'animal n'est pas effrayé à l'approche de l'outil, qu'il est correctement immobilisé pour être étourdi et mis à mort sans douleur.

"Projet pilote"

Camion-abattoir, caisson d'abattage sur roues prolongeant des sites fixes existants ou nouveaux... Les formats varient, mais le financement pose invariablement problème.

"Les éleveurs ne peuvent pas porter tout le poids du changement sur leurs épaules, ils n'y arriveront pas sinon", pense Christophe Osmont, éleveur de vaches et de cochons dans la Manche, qui préside l'association normande L'Abatt'mobile.

Il ne se risque pas à donner une date de mise en service de son projet, pas plus que Max Tortel, qui élève des porcs noirs à Aix-en-Provence et espère un partenariat avec une enseigne bio pour lever les fonds nécessaires.

Installé dans le sud de la Loire-Atlantique, Guylain Pageot préside l'association Aalvie (Abattage des animaux sur leur lieu de vie) qui fédère 150 éleveurs dont le projet se concrétiserait au plus tôt en septembre 2021.

Ils doivent construire deux sites, l'un au sud et l'autre au nord de la Loire, chargés de mettre en carcasse les animaux qui auront été tués à la ferme, dans une sorte de remorque. Les élevages doivent être proches des sites de mise en carcasse pour des raisons sanitaires.

Budget: sept millions d'euros. Une collecte auprès du grand public est aussi ouverte sur Miimosa.

"Le schéma financier reste à mettre sur pied", convient volontiers l'éleveur laitier bio, qui aimerait en faire un "projet pilote pour que tous les territoires puissent s'approprier la méthode".

La viande est destinée aux circuits courts, les cadences sont forcément lentes et les volumes limités. "Je pense qu'on ne fait pas du tout trembler M. Jean-Paul Bigard", PDG du numéro un français de la viande, plaisante Guylain Pageot.

Présidé par M. Bigard, le syndicat défendant les intérêts des industriels Culture viande n'a pas répondu aux sollicitations de l'AFP.

Stéphane Dinard plaide lui pour que ce soient les abattoirs en partie financés par les pouvoirs publics qui s'équipent de caissons pour tuer les animaux au sein des exploitations.

Il assume d'avoir illégalement fait abattre ses animaux dans sa "micro-ferme" de Dordogne. "Il est hors de question de changer ma façon de faire" en attendant que les nouveaux outils soient opérationnels, dit cet opposant au système industriel et cofondateur de l'association Quand l'abattoir vient à la ferme, avec la chercheuse de l'institut Inrae Jocelyne Porcher.

"C'est long mais on vient de tellement loin. Les services vétérinaires étaient vent debout [contre l'abattage à la ferme], les choses ont évolué petit à petit", retrace cette sociologue spécialiste des relations de travail entre animaux et humains.

Jocelyne Porcher sent désormais une "ouverture": "Je pense qu'il y a des animaux qui vont échapper à l'abattoir industriel."

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Commentaires
a écrit le 03/08/2020 à 13:25 :
Commençons par boycotter les produits 100 % HALAL de Bigard, Charal et Doux. Une honte pour l'UE qui ne fait pas respecter ses lois sur le bien-être animal.
a écrit le 03/08/2020 à 10:04 :
Re: "On ne peut plus considérer qu'il n'est pas possible de faire autrement",

Moi parler simple francais, ete aux ecoles, appliquer principe de Boileau: "Ce qui se concoit bien s'enonce clairement"
Réponse de le 03/08/2020 à 11:22 :
""Ce qui se concoit bien s'enonce clairement" "

Oui mais ça tous les manipulateurs le savent gros hein... -_-

Signalé.
a écrit le 02/08/2020 à 18:43 :
Il fut un temps où le boucher achetait ses animaux au paysan éleveur ou à un maquignon de sa connaissance. Le principe de base était la confiance. Une affaire se faisait en se topant les mains et ça finissait généralement au bistrot du coin. Certains bouchers abattaient et travaillaient leur propre viande. La plupart des éleveurs abattaient aussi quelques animaux, porcs, agneaux, chevreaux, parfois une génisse.
Sans parler de toutes les volailles.... Pour leur consommation personnelle,en principe, mais une bonne partie était vendue. Des conditions sanitaires précaires ? Pas si sûr!
Le niveau de propreté n'était pas dans l'inox ou les produits sophistiqués de la chimie agro alimentaire, mais tout à fait suffisants par la conscience des risques, conjointement à celui de devoir jeter une marchandise avariée par une propreté douteuse.
A l'époque "fallait pas gâcher".
Autre avantage, en cas de problème, le nombre de personnes "emboucannées" était forcément limité. L'excès sanitaire, l'hygienisme forcené sont finalement contre productif pour les éleveurs et les consommateurs...pas pour les financiers de l'agrobusiness.
a écrit le 02/08/2020 à 11:31 :
Un corolaire de l'abattage à la ferme est que l'éleveur récupère la maitrise de la chaîne de production et peut dealer directement avec les bouchers en vue d'une vente directe.

Potentiellement ça met hors jeu une partie de la grande distribution... et ils ne vont pas aimer.
Par contre c'est tout bénéfice pour la vente directe à la ferme, ou via des coopératives, pour les cantines scolaires ou professionnelles.
a écrit le 01/08/2020 à 23:00 :
"l'État serait bien inspiré de débloquer quatre, cinq millions d'euros pour débloquer les quatre, cinq projets les plus aboutis".

Et pourquoi ? Entreprise et initiative privee (plutot bonne d'ailleurs)
=> financement privée
L'etat n'est deja bien que trop present en france
Réponse de le 02/08/2020 à 9:36 :
Parce que vu que l'état subventionne massivement l'agro-industrie il est logique qu'il subventionne également l'agriculture et l'élevage raisonnés, ce serait de la concurrence déloyale autrement.

Et si les deux n’étaient plus du tout subventionnés ce serait adieu BAYER et ses plus de 40 milliards de dette par exemple mais également Lactalis, Danone et-c...

Bref tu trolls.
Réponse de le 02/08/2020 à 11:26 :
Pourquoi ? Parce que, actuellement, les pouvoirs publics financent des abattoirs, et ce ne serait donc que substituer le financement d'une filière industrielle vers une filière plus éthique... et ce pour une part négligeable de l'enveloppe globale !
En aucun cas il ne s'agirait de rajouter du financement public, mais de le réorienter vers une filière éthique...
De plus, si le financement public actuel est récurrent, il s'agirait ici d'un financement de projets-tests qui permettrait le lancement de ce mode d'abattage éthique !
a écrit le 01/08/2020 à 17:35 :
C’est pour vanter les mérites du régime vegan qu’une agence britannique a eu l’idée de lancer un "concours" original. Elle propose à trois mangeurs de viande de s’abstenir pendant un mois et de devenir végétalien. Le tout pour une récompense de 2.000 livres, soit plus de 2.000 euros. Ils devront alors bannir de leur alimentation tout ce qui provient des animaux, donc la viande, mais aussi les œufs, le lait, le poisson et tout produit qui a requis l’exploitation d’un animal. Les personnes intéressées doivent habiter dans les villes où l’on mange le plus de viande au Royaume-Uni : Newcastle, Glasgow, Birmingham, Liverpool ou Londres.
a écrit le 01/08/2020 à 15:51 :
Je connais un gars qui fait ça à la ferme, au black forcément grâce à l'UE, tuant les animaux d'un coup de masse, les souffrances de l'animal sont ainsi réduites par mille au moins, presque inexistantes même si on ne pourra jamais rien contre leur instinct et c'est pour cela d'ailleurs qu'il ne veut pas tuer les chevaux car il n'y arrive pas d'un seul coup et qu'ensuite ça le perturbe autant dire ce que l'on fait vivre aussi aux humains salariés de ces abattoirs immondes.

Redevenons humains.

"Présidé par M. Bigard, le syndicat défendant les intérêts des industriels Culture viande n'a pas répondu aux sollicitations de l'AFP"

Le secteur agro-industrielle étant repus à faire porter sa voix par les pouvoirs publics français et européens a pour habitude de faire parler ces derniers. Une révolution qui sera certainement freinée des deux pieds par l’obscurantisme européiste agro-industriel.

Bravo et courage à tous les protagonistes qui portent ce projet particulièrement progressiste car dans l'air du temps les associations extrémistes, comme L214 ne sont nées que des pratiques extrémistes agro-industrielles il est quand même déplorable qu'au sein de sociétés se disant civilisées on n'arrive jamais à faire bouger le monstre.
a écrit le 01/08/2020 à 11:06 :
c'est pas plus mal
pour une fois que les ecolos n'ont pas des idees a la con inapplicables, faut les feliciter

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