Mauvais résultats, suppressions de postes : Estée Lauder s'effondre en Bourse

Maxime Heuze

La société prévoit d'engager des frais de restructuration et d'autres charges comprises entre 1,2 et 1,6 milliard de dollars.
DR

Maxime Heuze

La société prévoit d'engager des frais de restructuration et d'autres charges comprises entre 1,2 et 1,6 milliard de dollars.
DR
La crise du luxe n'est pas terminée. Le groupe de cosmétiques américain Estée Lauder a vécu une journée noire à la Bourse de New York ce mardi. Le titre du groupe chutait ainsi de 18,14 % à 17 heures à Paris, à 67,84 dollars.
Un effondrement dû à des résultats du deuxième trimestre 2025 décalé moroses. Les ventes du deuxième trimestre de son exercice décalé, achevé fin décembre, ont reculé de 6 % à 4 milliards de dollars. Surtout, contrairement au pronostic du consensus des analystes de FactSet, qui attendaient un bénéfice net de 118 millions de dollars, le groupe a annoncé ce mardi une perte nette de 590 millions du fait de charges de restructurations et d'amortissements d'actifs. Rapporté par action et hors éléments exceptionnels, référence pour les marchés, Estée Lauder réalise un bénéfice net de 62 cents, contre 88 cents un an plus tôt.
Estée Lauder souffre depuis plusieurs trimestres consécutifs de la baisse de la consommation en Asie et, tout particulièrement, en Chine. « Nous pensons qu'Estée Lauder a une myriade de défis à surmonter à court terme, y compris des facteurs hors du contrôle de ses dirigeants, comme la faiblesse de la demande des consommateurs en Asie », ont commenté les analystes de TD Cowen, qui s'attendent à ce que « la pression se maintienne sur les ventes au second semestre ». Selon eux, le groupe doit accroître ses collaborations en termes d'innovation pour accélérer le développement de produits.
Et le futur ne s'annonce pas meilleur. Ce mardi, la direction ne s'est aventurée qu'à des prévisions pour son troisième trimestre fiscal (janvier-mars) : les ventes devraient reculer de 12 % à 15 % sur un an et le bénéfice net par action devrait se situer autour de 20 à 30 cents, contre 97 cents un an plus tôt.
« Compte-tenu des défis du groupe dans le commerce de détail lié aux voyages en Asie, plombé par le sentiment des consommateurs en Chine et en Corée, et dans un environnement géopolitique mondial incertain, le groupe anticipe une volatilité pérenne et une faible visibilité à court terme », a relevé Estée Lauder, dans son communiqué de résultats.
Chaque jour à 13h, l’essentiel de l’actualité industrielle.

Pour renouer avec la croissance, le groupe a annoncé ce mardi la suppression de 5 800 à 7 000 postes nets d'ici fin 2026 dans le cadre d'un plan d'affaires destiné à remonter la pente, après un nouveau trimestre de recul des ventes mondiales. Sans préciser les zones géographiques ni les branches qui seront affectées par ces suppressions de poste, le groupe a indiqué qu'il s'agirait notamment d'éliminer des postes après reconversion et redéploiement de certains employés pour « réorganiser et adapter la taille de certains secteurs » et pour « simplifier et améliorer les processus ».
Il a aussi annoncé le lancement d'un plan stratégique, baptisé « Beauty Reimagined » (beauté réinventée), ayant pour objectif de « restaurer une croissance durable des ventes et de parvenir à une rentabilité plus forte ».
Enfin, dans un communiqué distinct, le nouveau patron du groupe Stéphane de la Faverie a annoncé une nouvelle équipe de direction à partir du 1er avril pour mener à bien cette « vision ». Cette gouvernance sera notamment articulée autour de quatre foyers géographiques, avec un responsable uniquement pour la Chine continentale.
Cette restructuration va cependant coûter cher. La société prévoit d'engager des frais de restructuration et d'autres charges comprises entre 1,2 et 1,6 milliard de dollars, avant impôts, qui correspondent aux coûts liés aux employés, aux résiliations de contrats, aux dépréciations d'actifs et à d'autres coûts liés à la mise en œuvre de ces initiatives.
Si Estée Lauder fait face à des difficultés, c'est loin d'être le seul. En 2024, LVMH a vu son bénéfice net chuter de 17 %. Une annonce qui a fait plonger le cours du champion français de 4,98 % lors de la publication des résultats, le 28 janvier.
À lire également
En moyenne, les entreprises du secteur ont vu leur croissance caler, selon Kepler Cheuvreux. Il s'agit de « la pire année depuis 2009 si l'on exclut la pandémie du Covid-19 », affirmait son analyste spécialiste du luxe, Charles-Louis Scotti, à La Tribune, début janvier. Et « 2025 va encore être sur une année de digestion où nous attendons entre 2 et 4 % de croissance », ajoutait Charles-Louis Scotti.
(Avec agences)
Maxime Heuze
Décarbonation de l’aviation : le pari du e-SAF dans le sud de la France
Trump rallume la chaudière du charbon américain avec 700 millions de dollars
Micro-réacteurs nucléaires : Antares franchit le cap décisif de la criticité
L’industrie française repasse les 10% du PIB, mais les usines continuent de fermer