Chine : automobile, luxe... Ces secteurs européens qui trinquent
latribune.fr
Les entreprises européennes ont longtemps tablé sur l'appétit du marché chinois pour compenser des marchés occidentaux atones, ce qui ne fonctionne plus aujourd'hui.
Jason Lee
Chine : automobile, luxe... Ces secteurs européens qui trinquent
Le ralentissement de l'économie chinoise, entre croissance moins forte et demande plus faible, a des effets sur les entreprises européennes déjà visibles au troisième trimestre. Particulièrement dans l'automobile et le luxe. Un coup de froid qui pourrait s'installer dans la durée.
Les difficultés que traverse l'économie chinoise ne se répercutent pas seulement sur les entreprises locales. Les européennes aussi tirent la langue. De fait, elles ont longtemps tablé sur l'appétit du marché chinois pour compenser des marchés occidentaux atones. Sauf que le moteur coince depuis des mois et pour de multiples raisons : la crise de son secteur immobilier, des tensions commerciales avec les États-Unis et l'Union européenne, la confiance en berne des ménages et des entreprises. Au point que pour relancer l'activité, Pékin a dû mettre la main au portefeuille via plusieurs mesures de relance.
Dans ce contexte, nombre d'entreprises européennes ont commencé à avertir, lors de la publication de leurs résultats du troisième trimestre, d'un déclin de leur activité sur le marché chinois. C'est notamment le cas du géant de l'optique franco-italien EssilorLuxottica. Ce dernier a fait état « d'une dégradation des conditions macroéconomiques » en Chine, en particulier à Hong Kong.
Le groupe hôtelier français Accor s'est lui aussi dit pénalisé par la baisse de la consommation chinoise. Et l'industriel néerlandais Philips a abaissé ses perspectives annuelles à cause de la demande chinoise en berne. Une liste loin d'être exhaustive.
L'automobile et le luxe touchés
Parmi les secteurs les plus affectés, celui de l'automobile. Volkswagen, fleuron de l'industrie allemande, a vu son bénéfice net chuter de 64% sur un an, notamment en raison de la baisse des ventes en Chine, son premier marché. Recul des ventes aussi enregistré chez ses confrères et concurrent Mercedes-Benz et BMW.
D'une part, car les difficultés économiques de la première puissance asiatique freinent la demande. D'autre part en raison de la concurrence croissante que représentent les fabricants locaux de véhicules électriques.
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« On a vu au Mondial de l'automobile (en octobre à Paris) la présence plus forte des constructeurs chinois, qui avaient anticipé le ralentissement de la dynamique du marché intérieur depuis des années. Pour chercher des relais de croissance, il y a expansion sur le territoire européen », relève Eric Kirstetter, du cabinet Roland Berger.
Du côté du luxe, le secteur a été dopé durant des années par la Chine. Mais les résultats se révèlent désormais loin de ces sommets atteints. Les groupes français Kering et LVMH ont ainsi annoncé des ventes en recul au troisième trimestre. Si l'italien Prada a réussi à sortir son épingle du jeu, son PDG Andrea Guerra a toutefois prévenu fin octobre que le marché chinois était « plus compliqué aujourd'hui ». Et qu'il « ne s'améliorera pas nécessairement dans un avenir proche ».
Des craintes confirmées par de nombreux experts. « Les ménages en Chine ne dépensent pas de la même manière qu'avant, avec plus de dépenses dans les services, moins dans les biens », explique Françoise Huang, économiste pour l'assureur Allianz Trade.
« La Chine connaît une transformation structurelle. Les périodes de croissance très élevée que nous avons connues en Chine au cours des dernières décennies appartiennent au passé »,appuie Famke Krumbmüller, du cabinet de conseil EY.
À cela s'ajoute l'incertitude liée au second mandat à venir de Donald Trump comme président des États-Unis. Avant même de prendre ses fonctions le 20 janvier, il a déjà promis d'augmenter les droits de douane sur les produits chinois importés dans son pays. Il a d'ailleurs officialisé mardi une hausse de 10%, qui vient s'ajouter à ceux existants actuellement.
Ce qui ne pourrait être qu'un début puisque, durant sa campagne électorale, il avait avancé une augmentation pouvant aller jusqu'à 60%. Une mesure qui pourrait coûter 827 milliards de dollars (768 milliards d'euros) à la Chine, d'après une étude du cabinet de conseil Roland Berger.
Cela laisse donc planer de sérieux doutes sur une embellie de la demande chinoise. Mais Françoise Huang se veut rassurante. « Il y a des poches de croissance, notamment dans des villes de deuxième ou troisième rang en Chine, où le pouvoir d'achat de la classe moyenne s'améliore », estime-t-elle.
Reste à voir quel impact cela pourrait avoir au global. Pour 2024, Pékin vise en tout cas une croissance « d'environ 5% ». Un objectif que le gouvernement juge toujours atteignable, bien que nombre d'économistes s'affichent sceptiques.