Le syndicat agricole qui contrôle la Chambre d'agriculture de l'île alerte sur l'urgence de la relance de la production, dont dépend la capacité à se nourrir des Mahorais. Elle mettra le sujet à l'ordre du jour de son rendez-vous de lundi avec le Premier ministre.Un mois depuis le cyclone qui a dévasté Mayotte, un défi reste insuffisamment adressé par les autorités: la relance de l'agriculture. C'est ce que dénonce la Confédération paysanne, troisième syndicat agricole français, qui contrôle la Chambre agriculture de l'île -sa seule en France par ailleurs. « Certes, à Mayotte l'agriculture n'a pas le même poids économique que, par exemple, à La Réunion, où elle a une vocation exportatrice. Mais elle fait vivre grand nombre de Mahorais », note Christophe Van Hoorne, référent pour l'outre-mer du syndicat.
Bien que seulement 1.300 exploitations soient affiliées à la Mutualité sociale agricole (MSA), qui n'existe que depuis 2015, elles sont en réalité bien plus nombreuses. Le recensement agricole de 2020 décompte notamment 4.315 exploitants agricoles « professionnels » sur l'île, c'est-à-dire ayant un projet de commercialisation. Ils occupent 6.000 hectares de surface agricole utile. A cela s'en ajoutent quelque 2.500 qui ne font que de l'autoconsommation, calcule la Chambre agricole locale.
« Cette agriculture est essentiellement vivrière »: l'essentiel de la production (surtout des bananes, mais aussi d'autres fruits et des tubercules) est en effet consommé sur place, rappelle la porte-parole de la Confédération paysanne, Laurence Marandola. La capacité de la population à se nourrir en dépend donc. 9.000 salariés dépendent en outre de l'activité agricole.
Des exploitations fragiles
Avant même le cyclone, l'agriculture mahoraise était économiquement très fragile. Les exploitations sont petites, de 1,4 hectares en moyenne, et dépassent rarement les 10 hectares. Pour 80% d'entre elles, la production brute standard annuelle est inférieure au 25.000 euros, et seule 2% dépassent les 100.000 euros. « Après les dégâts extraordinaires du cyclone, elles sont totalement désemparées », alerte Kadafi Saïd, directeur par intérim de la Chambre d'agriculture de Mayotte.