Seven & i Holdings (7-Eleven) contre-attaque pour éviter une prise de contrôle de Couche-Tard
latribune.fr
Si l'opération se concrétisait, elle donnerait naissance à un mastodonte mondial de la distribution : aux enseignes de Seven & i s'ajouteraient les 16.700 magasins de Couche-Tard dans 31 pays.
Le géant japonais de la distribution Seven & i Holdings a grimpé en Bourse lundi, des médias évoquant son projet de céder plusieurs activités pour se concentrer sur ses supérettes 7-Eleven et compliquer ainsi une potentielle prise de contrôle par son rival canadien Couche-Tard.
Le canadien Couche-Tard (ACT) va avoir bien du mal à mettre la main sur les 84.000 supérettes 7-Eleven, propriété du groupe japonais Seven & i Holdings. Selon plusieurs médias, le géant nippon de la distribution projette de se défendre activement en cédant des « activités non essentielles » pour se concentrer sur 7-Eleven. Conséquence immédiate : l'entreprise a vu son titre bondir de plus de 3% dans les échanges matinaux à la Bourse de Tokyo, finissant en hausse de 2,55% à 2.250 yens à la mi-journée.
«Seven & i Holdings cherche des moyens de doper le cours de son action et renforcer ainsi ses défenses avant une seconde offre publique d'achat de la part d'ACT», qu'il « croit imminente », a rapporté lundi le Financial Times.
Selon le quotidien britannique, le groupe envisage notamment d'accélérer la cession de ses parts dans sa branche financière Seven Bank, ce qu'indique également la radio japonaise NHK. Le groupe a par ailleurs accéléré son projet de cession de ses activités de supermarchés, dont l'enseigne japonaise « Ito-Yokado », indique l'influent quotidien économique Nikkei.
Interrogé par l'AFP, un porte-parole de Seven & i s'est refusé à tout commentaire. Le patron du groupe doit s'exprimer jeudi devant la presse, après la publication de résultats trimestriels. Couche-Tard a indiqué de son côté vouloir poursuivre sa tentative de rachat, et l'opérateur du fonds de retraite québécois (CDPQ) s'est dit prêt à soutenir financièrement l'opération, selon les déclarations d'un de ses responsables à l'agence Bloomberg, rapportées lundi.
Seven & i Holdings avait demandé début septembre au groupe canadien de revoir son offre, la jugeant sous-évaluée. Le géant nippon l'avait estimée « largement sous-évaluée » et « opportuniste ». Le groupe avait précisé que l'offre était de 14,86 dollars par action (13,37 euros), ce qui correspond pourtant à peu près à la valeur marchande de Seven & i.
Outre le prix, le groupe japonais avait également pointé des préoccupations réglementaires. « Votre proposition ne reconnaît pas de manière adéquate les défis multiples et importants auxquels une telle transaction serait confrontée de la part des agences américaines chargées de l'application du droit de la concurrence dans l'environnement réglementaire actuel », avait aussi déclaré le groupe japonais dans la lettre.
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En jeu, la naissance d'un mastodonte mondial de la distribution
Si l'opération se concrétisait, elle donnerait naissance à un mastodonte mondial de la distribution: aux enseignes de Seven & i s'ajouteraient les 16.700 magasins de Couche-Tard dans 31 pays, qui incluent la marque Circle K. Par ailleurs, début janvier, Couche-Tard avait la main sur plus de 1.500 stations-services exploitées par TotalEnergies en Allemagne et aux Pays-Bas.
De son côté, 7-Eleven est la plus grande chaîne de magasins de proximité au monde. Un quart d'entre eux se trouvent au Japon, où ces supérettes omniprésentes vendent aussi bien des plats à emporter que des billets de concerts et proposent des services (distributeurs bancaires, paiement de factures, photocopieuse...). Ce serait donc la plus grosse acquisition étrangère jamais réalisée d'une entreprise japonaise, évaluée à environ 35 milliards d'euros.
Entreprise «essentielle» au secteur de l'industrie
Le gouvernement japonais n'a pas, lui non plus, facilité cette opération. Il a, en effet, classé mi-septembre Seven & i comme entreprise « essentielle » au secteur de l'industrie, compliquant une prise de contrôle étrangère.
«Les industries essentielles sont celles pour lesquelles une notification préalable est requise en raison d'un risque important d'atteinte à la sécurité nationale», expliquait alors le ministère sur son site.
Le système de « notification préalable », signifie que les autorités japonaises ont le pouvoir d'émettre une ordonnance de suspension et d'abstention, y compris à l'égard des investisseurs étrangers dans certains cas de rachats.
Parmi les autres entités classées « essentielles » au Japon figurent les fabricants des secteurs du nucléaire, des métaux rares et des puces électroniques, ainsi que les entreprises du secteur de la cybersécurité et des infrastructures.