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L'essai auto du week-end : Renault Latitude, une française trop asiatique

Alain-Gabriel Verdevoye

Publié le 28 janvier 2011 à 17:40

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Voilà le nouveau haut de gamme de la firme au losange, "made in Korea" mais sur une base de Laguna. Le confort y est, mais l'esthétique neutre, les plastiques quelconques, l'insonorisation insuffisante, auront du mal à convaincre dans l'Hexagone. Malgré des prestations correctes.

Rarement, une voiture aura fait couler autant d'encre. Elle était très attendue, non sans sarcasmes. Pour remplacer sa très osée Vel Satis, Renault ne lance-t-il pas un haut de gamme sage jusqu'à la banalité, fabriqué en Corée et concocté essentiellement pour les asiatiques aux goûts différents des nôtres ? A priori, pourtant, le cocktail n'est pas déplaisant. Les lignes sont équilibrées, même plutôt jolies, et l'intérieur présente bien, avec des assemblages soignés comme sur une... coréenne ou une japonaise. Seulement voilà : à force de neutralité, le style de cette Renault Samsung SM5 rebaptisée se révèle très passe-partout, un peu à la manière des grandes Nissan Maxima ou Toyota Camry jadis importées en Europe occidentale. Si la Vel Satis était trop excentrique, celle-ci pèche exactement en sens inverse.

Rigoureuse, mais les plastiques sont ordinaires

A l'intérieur, c'est rigoureux, mais avec des plastiques très ordinaires, comme sur la plupart des berlines coréano-nippones. Si la SM5 reprend la planche de bord de la Laguna, Renault a choisi, pour la version européenne, de redessiner l'ensemble. Le hic, c'est que cette planche de bord inédite offre des matériaux moins cossus. Le comble ! Les placages en faux bois piano ne sont pas très valorisants. En revanche, et malheureusement, la firme au losange a conservé la colonne de direction trop basse de la Laguna. Du coup, le haut des cadrans est caché par la jante du volant. Pas malin. Bref, tout ça est globalement honnête, mais sans plus. Et non sans petites erreurs. Rien à voir avec le raffinement d'une Audi ou d'une BMW.

Insonorisation négligée

En outre, l'ex-Régie a négligé l'insonorisation. Les coréens étant habitués au bitume lisse de leur routes, ils n'entendent pas les crissements de mobilier intérieur sur chaussée dégradée. Le problème, c'est que, sur nos départementales bosselées, ça grince et ça crisse. Les bruits de roulement et de suspensions, les résonances en provenance des passages de roues, sont aussi trop présents. Beaucoup plus que sur une Laguna. Fâcheux et inacceptable sur un haut de gamme ! On n'est pas à bord d'un Kangoo, tout de même ! C'est le défaut le plus insupportable de cette Latitude. Renault doit impérativement retravailler ce chapitre. Carlos Ghosn, le PDG, s'est fait une réputation de "cost killer" (tueur de coûts). Mais le client ne doit pas s'en apercevoir, car, sinon, il peut trouver qu'on se f... de lui. Alors, SVP, mettez quelques kilos d'insonorisant ! Puisqu'on parle de sons, notons par ailleurs l'antiparasitage insuffisant de l'autoradio... Et les vibrations de la planche de bord lorsque le diesel tourne au ralenti à froid.

Habitabilité moyenne

L'habitabilité est certes meilleure qu'à bord d'une Laguna - ce n'était pas difficile -, avec un grand coffre (a priori). Mais les places arrière pourraient réserver davantage d'espace pour les grands gabarits. Et le coffre pâtit de recoins peu fonctionnels, qui en limitent le volume utile. En outre, les tôles apparentes dans ledit coffre sont inadmissibles à ce niveau de gamme. A noter en revanche quelques bons points, comme l'accoudoir central avant coulissant ou le siège conducteur électrique, qui recule de lui-même quand on coupe le moteur, pour assurer une meilleure descente et remontée à bord. Cela, c'est bien vu ! Mieux que les portières, qui manquent de retenue. Si on les ouvre trop brutalement, elles se referment non moins brusquement. Et, là, aïe les dégâts si on a la jambe dehors !

Conduite satisfaisante

La conduite ne réserve pas de mauvaise surprise. Le train avant de Laguna combiné à un arrière emprunté chez Nissan donne des prestations satisfaisantes. Avec une souplesse de suspensions à la coréenne. Du coup, si le confort est préservé (sauf sur les petites inégalités abordées trop sèchement), le comportement se révèle un peu mou et pataud. On retrouve toutefois avec plaisir le gros moteur diesel Renault six cylindres de 240 chevaux "made in France", qui émet une sonorité grave agréable et distille des performances séduisantes. Au prix d'une consommation pas très économique mais acceptable avec un moteur aussi puissant (9,5 litres en moyenne). La transmission automatique à six rapports fait preuve d'une douceur exemplaire, tout en étant assez réactive. Mais elle manque d'une position "Sport" qui la rendrait plus prompte à rétrograder. Infiniti, marque de luxe de l'allié Nissan, a d'ailleurs cela en magasin avec le même moteur. Alors ?

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Cher pour une Renault

Le prix de base (32.500 euros en version dCi 150 Business) est très compétitif. Mais, notre modèle V6 dCi en finition Initiale avec cuir, réglages électriques en tous sens, sièges chauffants, caméra de recul, phares tournants et des gadgets futiles comme le diffuseur de parfum qui sent le déodorant pour WC (!), vaut quand même 45.000 euros. Et là, c'est franchement trop cher pour une Renault. Alors, pour ceux qui se laisseraient séduire par cette voiture sage, sans aspérités, mais sans étincelles, un conseil : vu la décote prévisible, attendez un peu, et vous pourrez acquérir une... belle voiture d'occasion pour pas trop cher ! Personnellement, dans ces conditions, on serait presque tentés. D'autant que la qualité-fiabilité des voitures produites par la filiale Renault-Samsung jouit d'une solide réputation. Le réseau après-vente du losange en France est également renommé.

Sans inconvénient majeur ni qualité marquante

La Latitude ne présente pas d'inconvénient majeur (saut l'insonorisation déficiente), ni... de qualité marquante. Et on ne voit pas très bien à qui elle s'adresse. Les notables et pouvoirs publics contraints de rouler français hésiteront devant une voiture produite en Corée. Et ceux qui se moquent de la provenance et ont de l'argent préféreront s'orienter vers une allemande ou une Volvo, autrement plus flatteuses et abouties. Alors, si elle rencontre un grand succès en Corée, la SM5, alias Latitude, peinera partout ailleurs. D'une certaine façon, c'est injuste. Mais les clients se montrent logiquement fort difficiles dans cette zone tarifaire.

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Modèle d'essai : Renault Latitude V6 dCI Initiale : 45.000 euros (+750 euros de malus)
Puissance du moteur : 240 chevaux (diesel)
Dimensions : 4,90 mètres (long) x 1,83 (large) x 1,48 (large)
Qualités : moteur et transmission très agréables, prestations routières correctes, confort (sauf sur des petites inégalités du terrain), présentation honnête
Défauts : bruits divers, lignes banales, plastiques quelconques, comportement mollasson, détails d'ergonomie
Concurrentes : Citroën C6 V6 HDi Business : 49.450 euros, BMW 530d Excellis : 53.600 euros

Note : 13,5 sur 20

Alain-Gabriel Verdevoye

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