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Entreprises & FinanceAutomobile

Fiat-Chrysler: des faiblesses structurelles

Photo de Alain-Gabriel Verdevoye

Alain-Gabriel Verdevoye

Publié le 31 mars 2014 à 13:29 - Mis à jour le 31 mars 2014 à 17:14

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Au-delà des satisfecits officiels des dirigeants, le nouvel ensemble italo-américain souffre d'une quasi-absence en Russie, en Chine, en Inde. Le groupe pâtit également de gros trous dans son offre produits.

"La naissance de Fiat Chrysler Automobiles (FCA) mettra fin au caractère précaire de la vie de Fiat", affirme ce lundi son président, John Elkann, lors de l'Assemblée générale des actionnaires ce lundi. "Aujourd'hui pour la première fois, nos perspectives sont différentes: nous n'avons plus besoin de nous livrer à une stratégie de survie (...). Nous pouvons espérer beaucoup de bonnes nouvelles à l'avenir." Bref, tout baigne depuis la fusion entre l'italien et l'américain, à en croire les dirigeants.

6 à 7 millions de potentiel

Les ventes mondiales "devraient augmenter pour se situer entre 4,5 et 4,6 millions de véhicules (cette année), en hausse par rapport aux 4,4 millions de l'année précédente, a indiqué pour sa part Sergio Marchionne, administrateur délégué et patron opérationnel du consortium italo-américain, issu de Fiat et de Chrysler, dont le piémontais détient officiellement 100% depuis le 21 janvier 2014, suite à la transaction de 4,35 milliards de dollars (3,35 milliards d'euros) pour le rachat des 41,46% du capital qui manquaient au turinois."Nous avons la possibilité de fabriquer  6 à 7 million de véhicules par an", a même assuré le dirigeant, soulignant cependant: "je ne suis pas sûr que nous y parvenions".

L'administrateur délégué a confirmé par ailleurs aux actionnaires les prévisions pour 2014 d'un bénéfice d'exploitation  compris entre 3,6 et 4 milliards d'euros et d'un chiffre d'affaires d'environ 93 milliards. Soit une marge de 4%, honorable mais faible par rapport à Volkswagen, aux spécialistes allemands ou aux japonais comme Toyota. Chrysler, dont les résultats sont intégrés à ceux de sa maison-mère, a dégagé un bénéfice net de 2,76 milliards de dollars (2,1 milliards d'euros)  l'an dernier  (+65%) et un chiffre d'affaires en hausse de 9,7% à 72,14 milliards (55 milliards d'euros). Sans Chrysler, Fiat aurait été déficitaire à hauteur de 911 millions d'euros. Soit une perte supérieure à celle de 2012 (787  millions).

Quasi-absence en Russie, Chine, Inde

Au-delà des satisfecits officiels,  la situation stratégique du nouveau groupe n'est pas pourtant  si prometteuse que ça. Loin de là. Chrysler réussit certes aujourd'hui. Mais il est presque uniquement tourné vers l'Amérique du nord, où ses ventes ont progressé de 9% en  2013 à 1,8 million d'unités en 2013. Quatrième acteur aux Etats-Unis derrière Toyota, le constructeur d'Auburn Hills (Michigan) profite à plein du boom de l'automobile aux Etats-Unis, mais reste à la merci d'un nouveau cycle baissier, comme le précédent qui l'avait amené à une quasi-faillite en 2009. Fiat est pour sa part très présent en Italie, en Turquie et au Brésil où il est traditionnellement le premier acteur. Mais il demeure fort faible partout ailleurs.

Le nouvel ensemble est en effet pratiquement absent des grands marchés émergents de Russie, où il a écoulé 13.600  véhicules à peine l'an dernier - soit 0,5% de part de marché - et de Chine. Fiat a vendu l'an passé dans l'ex-Empire du milieu moins de 40.000 Viaggio, une  berline compacte à quatre portes produite dans le cadre d'une co-entreprise avec le chinois GAC. Soit quatorze fois moins de véhicules que PSA, qui demeure lui-même un "petit" en Chine! Le constructeur italo-américain espère en écouler 70 à 80.000 unités cette année. Une nouvelle version à cinq portes sera lancée prochainement, l'Ottimo. Jeep, fleuron de Chrysler, devrait y produire à terme son 4x4 Cherokee.

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Mais, pour l'heure, FCA est sans doute le plus petit constructeur étranger présent dans l'ex-Empire du milieu. Fâcheux: Iveco (filiale poids-lourds de Fiat Industrial) y avait fait oeuvre de pionnier dans les années 80 avec Volkswagen et Peugeot! Fiat est aussi absent de l'Inde, alors qu'il s'était approché un temps du groupe local Tata. Bref, FCA  n'a que trois point forts dans les grands marchés: les Etats-Unis, l'Italie, le Brésil... Un peu juste comme base géographique.

Des lacunes en termes de produits

En termes de produits, s'il est réputé pour ses utilitaires légers (principalement produits en Turquie et en Italie),  ses petites 500 (fabrication en Pologne et au Mexique),  Panda (assemblage en Italie) ainsi que Uno et Palio (essentiellement au Brésil), le constructeur italien est aujourd'hui très peu présent dans tous les autres segments de marché. Son ancienne marque haut de gamme Lancia n'écoule plus en gros que des mini-Ypsilon en Italie!Triste déclin pour le champion du monde des rallyes des années 70.

Quant au fameux label Alfa Romeo, il a livré moins de 80.000 unités l'an passé, c'est-à-dire qu'il est revenu aux scores de la fin des années 60... après avoir culminé à plus de 200.000! Sergio Marchionne promet certes de dévoiler début mai un grand plan de relance la marque à connotation sportive. Mais, les premiers modèles, censés replacer Alfa Romeo dans le haut de gamme, ne sont pas attendus avant trois ans. Ce sera bien tard.

Quant à Chrysler, il n'offre que des produits très américains pour la plupart et inadaptés aux autres marchés. En outre, les enquêtes de satisfaction auprès des consommateurs ne les classent pas favorablement. Seule sa gamme Jeep, qui a vendu un record de plus de 732.000 véhicules l'an dernier, se veut à vocation mondiale. Mais, pour que le spécialiste emblématique du 4x4 puisse réellement se mondialiser, il faut attendre l'arrivée avant l'été du 4x4 compact Cherokee et surtout, à la rentrée, du Renegade, un petit "SUV" produit chez Fiat en Italie. A l'heure actuelle, Jeep reste polarisé comme les marques Chrysler et Dodge  sur les marchés d'Amérique du nord.

FCA dispose heureusement dans son portefeuille de très belles marqués prestigieuses comme Ferrari et Maserati, mais celles-ci sont relativement confidentielles par leur vocation même. Maserati, qui vient de dévoiler de nombreuses nouveautés (limousines Ghibli et Quattroporte) vise les 50.000 unités annuelles à terme avec le 4x4 Levante qui sera lancé en principe en 2015. 50.000 unités, à condition que la firme au trident les atteigne, c'est toutefois quatre fois moins que les ventes de Porsche!

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Enfin, FCA souffre d'un gros point faible. Le groupe apparaît très en retard dans les nouvelles technologies écologiques, permettant d'atteindre les normes de CO2 fixées pour 2020. FCA ne compte quasiment pas de voitures électriques ni d'hybrides dans sa gamme, contrairement aux deux autres américains comme GM et Ford, par exemple. FCA ne compte pas non plus sortir à moyen terme d'hybride rechargeable. Une grosse lacune, alors que japonais et allemands investissent énormément dans ces technologies.

Alain-Gabriel Verdevoye

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