Les ventes de voitures neuves en 2021 dans l'UE, pires qu'en 2020, le plus bas chiffre jamais enregistré

2021 devait être l'année du redécollage pour l'industrie automobile européenne après 2020 "année blanche" due au déferlement de la pandémie. C'est raté, et dans les grandes largeurs. Avec seulement 9,7 millions de véhicules vendus dans l'Union européenne, les immatriculations de voitures neuves ont fait pire qu'en 2020, pire qu'en 2013 ou 1993 années marquées d'une pierre noire. Explications.
Jérôme Cristiani

6 mn

(Crédits : CHINA STRINGER NETWORK)

On le voyait venir avec appréhension début décembre en lisant les chiffres de novembre qui consolidaient un recul affligeant des immatriculations sur cinq mois consécutifs:  l'année 2021, pour l'industrie automobile européenne, s'annonçait pire que celle de 2020.

C'est fait, le pire est arrivé.

|Lire: Immatriculations : 2021 pourrait être pire que 2020

Et pourtant, cette année 2021, devait être celle du redécollage pour toute l'industrie automobile. Après des ventes 2020 catastrophiques -mais parfaitement compréhensibles dans le contexte du déferlement surprise de la pandémie de coronavirus avec la multiplication consécutive des confinements de population et des fermetures d'usines-, les constructeurs s'attendaient à un fort rattrapage des ventes.

Immat' 2021, le chiffre le plus bas jamais enregistré

Mais la reprise espérée n'a pas eu lieu: les ventes de voitures neuves en Europe ont marqué un nouveau record à la baisse en 2021, avec seulement 9,7 millions de véhicules vendus dans toute l'Union européenne, selon les données publiées mardi par les constructeurs. Les immatriculations de voitures neuves ont ainsi atteint un plus bas pire qu'en 2013 et 1993, déjà considérées comme des années noires pour l'industrie automobile. Et ce qui semblait inimaginable, après ce sixième mois de baisse consécutif réalisé décembre, les ventes européennes ont reculé en 2021 de -2,4% par rapport à l'année 2020, celle du déferlement de la pandémie, avec son cortège de confinements de population et la paralysie des appareils productifs nationaux. En 2020, elles avaient déjà reculé de -22,8%, par rapport à 2019.

C'est même tout simplement le chiffre le plus bas jamais enregistré depuis la création de cette série statistique en 1990.

Semi-conducteurs: la pénurie scotche l'Europe sur la grille de départ

Problème, en 2021, la tempête est surtout européenne: car le marché chinois en extrême-Orient a retrouvé des couleurs (+4,4%), tandis qu'à de l'autre côté de l'Atlantique, le marché américain s'est aussi légèrement repris (+3,7%).

"Cette chute est la conséquence de la pénurie de semi-conducteurs qui a freiné la production automobile pendant toute l'année, et plus particulièrement au second semestre", a expliqué dans un communiqué de l'association des constructeurs européens (ACEA) consulté par l'AFP.

En 2021, l'Allemagne, premier marché automobile européen, a encaissé une des plus gros plongeons avec une baisse de -10,1% sur un an et 2,6 millions de véhicules écoulés. Et pourtant, après les restrictions sanitaires et les fermetures d'usines à répétition de l'année 2020, l'automobile allemande connaissait une reprise soutenue début 2021.

Et en Europe comme dans d'autres parties du monde, la pénurie de semi-conducteurs (capteurs, composants électroniques, désormais indispensables à l'assemblage des voitures) liée aux perturbations des chaînes logistiques ont conduit à la multiplication des goulets d'étranglements paralysant les chaînes d'approvisionnement mondiales, notamment celles des constructeurs, douchant leurs espoirs de reprise durable.

L'Allemagne n'est pas le seul État membre touché. Belgique, Pays-Bas et Danemark ont aussi vu leurs ventes de voitures neuves chuter. La France est restée stable (+0,5%) mais au plus bas, avec 1,66 million d'unités écoulées en 2021, soit un niveau proche de celui de 1975.

L'Espagne, qui avait été un des pays les plus durement touchés en 2020, reste aussi au plus bas (+1%). L'Italie, durement touchée aussi en 2020, affiche une légère reprise en 2021 (+5,5%).

Européennes à la peine... ... sud-coréennes au firmament

Les constructeurs leaders du marché accusent le coup: le numéro un Volkswagen recule à -4,8% avec 2,4 millions de voitures vendues. La marque principale du groupe recule à -6,7%, Skoda -9,8% et Audi -3,3%, tandis que Porsche et Seat rebondissent.

Stellantis recule à -2,1% sur un an avec 2,1 millions d'exemplaires vendus: le groupe limite la baisse sur ses marques principales Peugeot, Fiat et Citroën, et enregistre de bonnes ventes chez Jeep.

Le groupe Renault, malgré les bons scores de sa marque Dacia, a annoncé hier lundi que ses ventes avaient continué de baisser de -4,5% en 2021, pour la troisième année consécutive, sous l'effet de la pénurie de puces électroniques qui met à mal l'opération "résurrection" engagée par le constructeur. Le 13 janvier, le directeur général Luca de Meo avait confirmé une perte de production de l'ordre de 500 000 véhicules.

A noter, les ventes d'Alpine, qui est devenu le label sportif du groupe en Formule 1, ont presque doublé avec le succès de son A110, vendue à 2.659 exemplaires, avant l'arrivée d'une compacte et d'un SUV.

Du côté des premiums allemands, BMW reste stable (+1,5%) tandis que Daimler recule (-12,4%), fortement freinée par la pénurie de puces.

S'agissant des ventes de Tesla, l'ACEA ne les comptabilise pas.

La situation est toute différente pour le groupe sud-coréen Hyundai Motor Group (propriétaires des marques Hyundai et Kia) qui voit ses ventes bondir à  +18,4% grâce à son offre de voitures électriques et hybrides, qui comprend notamment des SUV.

La pénurie oblige Toyota à suspendre des lignes de production

Quant au géant Toyota, qui en 2021 a fait chuter General Motors de son piédestal aux États-Unis, l'association des constructeurs européens (ACEA) note un bond des ventes en 2021 de +9,1%.

Mais le géant asiatique, lui aussi, est mis en difficulté par la pénurie de semi-conducteurs. Il a prévenu mardi qu'il ne devrait pas atteindre son objectif de production pour son exercice en cours 2021/22, qui se terminera le 31 mars, du fait de perturbations persistantes liées à cette pénurie. L'objectif de produire 9 millions de véhicules Toyota et Lexus sur l'ensemble de son exercice en cours (déjà abaissé par rapport à celui de septembre à 9,3 millions) semble désormais hors de portée, souligne le communiqué.

Toyota a annoncé en même temps qu'il allait suspendre pendant plusieurs jours 11 lignes de production sur huit de ses 14 usines japonaises en février. Cela va réduire à 700.000 unités son plan de production le mois prochain, soit une baisse de près de 18% par rapport à ses ambitions précédentes.

Le 9 février prochain, le japonais divulguera les résultats de son troisième trimestre 2021/22.

Le redémarrage pas pour demain

Et la reprise pourrait tarder, car la pénurie de composants va continuer.  "Le début d'année 2022 va encore être difficile en termes d'approvisionnement en puces", a indiqué à l'AFP Alexandre Marian, du cabinet AlixPartners.

Il offre cependant une lueur d'espoir:

"Ça devrait se détendre en milieu d'année mais ça ne veut pas dire que d'autres problèmes ne vont pas apparaître, sur des sujets liés aux matières premières, à la logistique, ou aux pénuries de main-d'œuvre."

(avec AFP)

Jérôme Cristiani

6 mn

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Commentaires 2
à écrit le 19/01/2022 à 2:28
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Je prédis que 2022 sera pire que 2021 et 2023 que 2022. Entre l'ouverture naïve aux modèles chinois et l'inadéquation entre offre, besoin et législation, l'industrie européenne n'a pas fini de s'enfoncer. La faute à un défaut de vision stratégique d...

à écrit le 18/01/2022 à 14:24
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J'avais du mal à y croire c'est en effet un phénomène majeur puisque nous étions bien plus mobiles en 2021 qu'en 2020, même si pour aller bosser essentiellement c'est donc bel et bien le passage à l'électrique qui pose problème comme nombreux s'en do...

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