Pourquoi l'industrie automobile américaine ne doit pas craindre Donald Trump

 |   |  812  mots
Ford a été accusé par Donald Trump de produire du chômage aux Etats-Unis, en annonçant la fabrication d'une voiture au Mexique.
Ford a été accusé par Donald Trump de produire du chômage aux Etats-Unis, en annonçant la fabrication d'une voiture au Mexique. (Crédits : © Vincent Kessler / Reuters)
Les marchés ont infligé une sévère sanction aux valeurs automobiles ce matin après l'annonce de la victoire de Donald Trump qui a fait campagne sur le protectionnisme industriel. Mais, il se pourrait que le nouveau président soit toutefois attentif aux arguments d'une industrie redevenue florissante notamment grâce au libre-échange...

Le marché automobile américain en plein désarroi... La victoire de Donald Trump à l'élection présidentielle américaine a provoqué la chute des valeurs du secteur automobile européen. Les groupes allemands sont ceux qui souffrent le plus. BMW a ouvert la séance sur une chute de près de 5%, Daimler-Benz s'effondrait de plus de 5,5% tandis que Volkswagen lâchait 3,20%. Le groupe italo-américain Fiat Chrysler automobile était également dans la tourmente enregistrant une perte de 2% dans les premiers échanges à Milan, mais dont le titre à New York lâchait plus de 4%. Les marques françaises, pourtant totalement absentes du marché américain, accusent également le coup et affiche des pertes de plus de 5% pour PSA et Renault. PSA est probablement visé en raison de sa filiale Faurecia très bien implantée aux Etats-Unis, tandis que Renault est très exposé via Nissan dont il possède 44% des parts.

Mais les marchés se sont repris et ont largement modéré cette hécatombe d'ouverture de séance. Les principales valeurs allemandes sont rapidement revenues vers des baisses plus raisonnables, entre 0,70 pour Volkswagen et autour de 2,60 pour BMW et Daimler. PSA, de son côté, a également vu leur chute se résorber pour finir dans le vert, tandis que Renault a terminé sur un recul de 2,12%.

Les ouvriers automobiles tournent le dos aux syndicats

La crainte des investisseurs et que Donald Trump fasse du protectionnisme l'alpha et l'omega de sa politique industrielle afin de favoriser les constructeurs nationaux, Ford et General Motors, ou en tout cas une production nationale. La promesse de Donald Trump tient en un slogan : America First ou l'Amérique d'abord. Sauf que les marchés ont en horreur les réactions protectionnistes qu'ils jugent mauvais pour le commerce et la croissance.

Mais les américains ont été traumatisés par ces images de mégalopoles totalement désertées par ses habitants suite aux fermetures massives d'usines automobiles après la crise des subprimes. Ainsi dans le Michigan où se situe Détroit, le vote Clinton n'allait pas de soi alors que l'Etat est réputé comme un fief Démocrate. L'UAW, le puissant syndicat du secteur automobile avait appelé à voter Hillary Clinton, mais n'a pas été suivi par les ouvriers qui lui ont préféré Donald Trump. "Les gens ont voté pour eux-mêmes avec une envie de changement, pas nécessairement par défiance à la ligne du syndicat", relativise Bertrand Rakoto, analyste automobile installé à Détroit.

Ford au Mexique, "c'est affreux"

Pourtant, les constructeurs automobiles étrangers sont loin d'être les ennemis de l'Amérique. BMW compte 2 importantes usines sur le territoire américain et de 4 centres de recherche, et Honda en possède 4. Toyota est également bien implanté avec 6 usines. A l'inverse, les grands groupes nationaux ne fabriquent pas tout aux couleurs américaines. Ford et General Motors ont énormément délocalisé leur production au Mexique, pays contre lequel Donald Trump veut bâtir un mur... L'annonce il y a quelques semaines par Ford de faire produire sa prochaine petite voiture au Mexique n'avait d'ailleurs pas manqué de faire réagir celui qui n'était encore que candidat à la Maison Blanche. "On ne devrait pas laisser faire ça", avait alors déclaré Donald Trump. "C'est une mauvaise nouvelle pour le Michigan (...), ils vont fabriquer leurs voitures par des milliers de gens qui ne sont pas de ce pays et les vendre à travers une frontière très poreuse sans payer de taxes. Nous n'aurons rien à l'exception du chômage dans le Michigan. C'est affreux", s'était-il alors ému. De son côté, General Motors prévoit plus de 5 milliards de dollars d'investissements au Mexique en deux ans.

     >Lire aussi: L'industrie automobile mexicaine rêve d'un grand marché domestique

L'autre aspect des mesures protectionnistes concerne l'appareil productif automobile américain qui s'approvisionne en masse de pièces détachées produites à moindres coûts au Mexique. Cette division du travail est un atout compétitif majeur pour l'industrie automobile américaine.

Une industrie florissante

En réalité, la délocalisation massive de la production est un mythe car jamais les Etats-Unis n'ont produit autant de voitures sur leur territoire. Plus de 12 millions en 2015 et seulement 10 millions en 2007. Tout l'enjeu est de savoir quelle part est destinée à l'export et celle réservée à l'import. Il n'en reste pas moins que la crise automobile américaine fait partie du passé.  "Il y a proportionnellement peu d'usines fermées pendant la crise qui n'ont pas été réouvertes", indique Bertrand Rakoto.

Au final, l'industrie automobile américaine est florissante en grande partie grâce au libre-échange. Des arguments qui ne pourront pas échapper à Donald Trump, aussi protectionniste qu'il se prétend, il reste un businessman...

___

> Suivez notre DIRECT : Trump 45e président des Etats-Unis
+ Retrouvez notre Dossier PRESIDENTIELLE AMERICAINE 2016

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 10/11/2016 à 18:32 :
Il reste un businessman...qui a eu la chance que son père soit né avant lui et que s'il avait fait faillite en France on n'aurait plus entendu parler de lui.
Réponse de le 11/11/2016 à 13:03 :
@valbel89: faux. Juppé, condamné pour abus de biens sociaux, est dans la course aux plus hautes fonctions. Si Trump avait eu un casier judiciaire, il n'aurait pas pu être élu.
@matins calmes: petite leçon d'histoire pour remettre les choses dans l'ordre: à la fin du 19e siècle, les soldats américains avaient des uniformes verts (raison pour laquelle les Sud-Américains les ont surnommé les Gringos - Green go – sous-entendu go home). Ce sont les Britanniques qui avaient des uniformes rouges (les fameux Red Coats). Par conséquent, un diable rouge yankee ne peut être qu'un espion américain déguisé en Britannique :-)
a écrit le 10/11/2016 à 10:39 :
Le diable rouge yankee, se frotte aux realites du libre echange. Et oui, gros blond peroxyde, tu auras du mal a assurer tes promesses que les sans dents d'ouvriers ricains ont cru en te donnant le pouvoir, eux vont deguster grave, toi, tu vas manger ton chapeau. Quant au mur, je n'evoque meme pas....
a écrit le 10/11/2016 à 10:28 :
Ne craignez rien les gars, Trump c'est à peu près le même que Clinton, c'est seulement qu'il est plus doué pour se faire élire.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :