Voitures électriques: Stellantis et Orano abandonnent leur projet de coentreprise de recyclage de batteries
latribune.fr
La fin prématurée de ce partenariat « ne remet pas en cause les ambitions d'Orano dans le recyclage des batteries », a précisé le groupe (photo d'illustration).
Le projet de coentreprise spécialisée dans le recyclage de batteries de véhicules électriques entre le constructeur automobile Stellantis et le groupe français Orano ne verra finalement pas le jour. Les deux entreprises l'ont annoncé mercredi soir sans avancer plus d'explication.
Stellantis et Orano ne s'associeront finalement pas. Quasiment un an après avoir annoncé la création de leur coentreprise spécialisée dans le recyclage de batteries de véhicules électriques en fin de vie et de rebuts de fabrication des gigafactories, le constructeur automobile et la société française de combustibles nucléaires rétropédalent. Ils « ne la finaliseront pas (...)conformément au protocole d'accord non-engageant annoncé par les deux parties en octobre 2023 », indique un bref communiqué publié mercredi soir. Sans plus d'explication.
Pour rappel, l'usine prévue devait voir le jour en 2026. Elle aurait dû récupérer tous les composants des batteries automobiles lithium-ion, fabriquer de nouveaux matériaux pour les cathodes et produire également de la « masse noire » ou de la « masse active » à partir des métaux contenus dans les batteries usagées, laquelle avait vocation à être raffinée par Orano puis « réutilisée dans les batteries, fermant ainsi la boucle de l'économie circulaire ».
Les deux entreprises se disent « reconnaissantes de la relation de collaboration qu'elles ont développée » et disent « explorer d'autres relations commerciales potentielles compte tenu de la qualité du procédé de recyclage d'Orano ».
La fin prématurée de ce partenariat « ne remet pas en cause les ambitions d'Orano dans le recyclage des batteries », a précisé de son côté le groupe, qui dit « poursuivre » des discussions partenariales « avec d'autres acteurs de l'écosystème ». Il travaille depuis 2020 sur un procédé de recyclage avec le Liten, un laboratoire grenoblois du Commissariat à l'énergie atomique (CEA), spécialisé dans les technologies de la transition énergétique. Son ambition, à terme, est que ce processus « constituejusqu'à 30% des approvisionnements » des futures batteries qui seront fabriquées sur son site prévu à Dunkerque, comme l'avait indiqué au printemps 2023, Didier David, directeur du projet batteries pour Orano.
Le groupe français porte, en effet, un projet industriel dans le nord de la France «pour la fabrication de composants de batteries pour véhicules électriques », qu'il précise dans son communiqué ne pas non plus être remis en cause. Pour rappel, il l'a annoncé l'année dernière, en association avec le chinois XTC New Energy. Tous deux prévoient de construire un site de production de matériaux critiques destinés aux cathodes des batteries de voitures comprenant une usine de recyclage de batteries à côté.
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En France, d'autres entreprises développent des projets sur ce créneau du recyclage des batteries, à l'image de Véolia, spécialisée dans le traitement des déchets et de l'eau, et de la start-up Mecaware. C'est le cas aussi du groupe minier Eramet et de Suez, spécialisé également dans le traitement des déchets et de gestion de l'eau, qui portent un projet de complexe industriel de recyclage des batteries de véhicules électriques, également à Dunkerque. Il se composerait d'une usine amont de démantèlement d'une capacité de 50.000 tonnes de modules de batteries par an - soit l'équivalent de 200.000 batteries de véhicules électriques -, et une usine aval où les métaux, tels que le lithium, le cobalt et le nickel, seront extraits pour être réutilisés dans la production de nouvelles batteries, comme indiqué en janvier dernier. Le démarrage est fixé en 2027.
Il faut dire que recycler les métaux rares est crucial pour l'avenir. « D'ici dix ans, on fabriquera tellement de batteries qu'il faudra absolument recycler le lithium. Autrement, il n'y en aura pas suffisamment », prévenait en mars 2023 Philippe Barboux, professeur de chimie à l'université PSL à Paris. L'Agence internationale de l'énergie (AIE) craint elle aussi des « tensions » dans l'approvisionnement mondial en minerais et métaux critiques en raison notamment du développement des voitures électriques.
Extraire les métaux issus de batteries en fin de vie plutôt qu'aller les sourcer ailleurs - la grande majorité de ceux utilisés en Europe sont en effet importés, particulièrement de Chine - est une façon aussi d'assurer son approvisionnement. Les constructeurs de batteries n'auront de toute façon pas le choix. La réglementation européenne impose le recyclage, dès 2027, de 90% du cobalt, du cuivre et du nickel, 50% du lithium, et en 2031, de 95% du cobalt, du cuivre et du nickel et de 80% du lithium. Et selon un accord trouvé en décembre 2022 par l'UE, les batteries des véhicules électriques devront, à partir de 2031, incorporer 16% de cobalt recyclé ainsi que 6% de lithium et nickel recyclés.