Crise du logement : Bouygues demande des « mesures incitatives » au gouvernement

Malgré un chiffre d'affaires en hausse de 7% sur un an dans la branche construction et services, la filiale immobilière de Bouygues accuse une baisse de 11% par rapport au premier semestre 2021. Le président de Bouygues Immobilier Bernard Mounier pointe un marché où l'offre ne suit pas la demande et exige des mesures incitatives des pouvoirs publics. Lui-même a 5.000 projets de logement suspendus à cause de recours juridiques des riverains... Explications.
César Armand
(Crédits : Charles Platiau)

Le ministre du parcours résidentiel. C'est en ces termes que s'est défini Olivier Klein interrogé par le député (PS) de la 4ème circonscription des Pyrénées-Atlantiques, Iñaki Echaniz, lors de la séance de questions au gouvernement du 26 juillet dernier. « Quels logements sommes-nous capables de proposer à nos concitoyens à chaque étape de leur vie ? » a explicité le ministre de la Ville et du Logement devant l'hémicycle de l'Assemblée nationale.

Après avoir rencontré le délégué général de la Fondation Abbé Pierre, Christophe Robert, la présidente de l'Union sociale pour l'habitat, Emmanuelle Cosse, ou encore Olivier Salleron de la Fédération française du bâtiment, Olivier Klein l'assure : il s'agit de « réfléchir à la production avec l'ensemble du monde immobilier ». Objectif : formuler des « nouvelles propositions » dès le congrès HLM fin septembre.

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Les groupes cotés au CAC 40 s'impatientent

Dans l'intervalle, les groupes cotés au CAC 40 s'impatientent. Après le PDG de Vinci, Xavier Huillard, qui a interpellé le gouvernement sur la crise du logement le 29 juillet, c'est au tour du groupe Bouygues. Lors de sa présentation de ses résultats semestriels ce 2 août, le géant du BTP et des médias a communiqué sur un chiffre d'affaires en hausse de 7% sur un an - de 3% à périmètre et change constant - dans la branche construction et services.

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Des résultats malgré tout en trompe-l'œil. Dans le détail, le chiffre d'affaires de la filiale Bouygues Immobilier, troisième promoteur français derrière Nexity et Altarea, est en baisse de 11% par rapport au premier semestre 2021. Dans la déclaration transmise à la presse, la multinationale évoque un marché du logement résidentiel qui « continue de bénéficier d'une demande soutenue et profite d'un effet de rattrapage significatif sur le volume sur les permis de construire ».

« Le marché est sous-offreur »

En réalité, « le marché est sous-offreur », explique le président de Bouygues Immobilier Bernard Mounier, sollicité par La Tribune. Autrement dit, la demande est toujours là, mais l'offre ne suit pas. A la manière des responsables politiques marqués à droite, il plaide donc pour la construction de 500.000 logements neufs, contre les 300 à 400.000 autorisés puis commencés bon an mal an.

« On en fait plus qu'en 2020 et 2021 - la situation se débouche -, mais on ne délivre toujours pas assez de permis de construire, alors que le besoin reste important », ajoute Bernard Mounier. « Nous en appelons à des mesures incitatives », poursuit le patron de Bouygues Immo.

La transformation de bureaux en logements en exemple

Le professionnel cite en exemple la transformation de bureaux en logements pour laquelle il appelle à des délais d'instruction de permis de construire plus rapides. Sur le papier, ces opérations sont en effet vertueuses d'un point de vue environnemental car elles permettent de reconstruire la ville sur elle-même sans artificialiser de nouvelles terres.

Sur le terrain, les maires peuvent s'y opposer puisqu'elles nécessitent de construire de nouveaux équipements publics (crèches, écoles, gymnases...) Sans oublier que le modèle économique se tient grâce à l'ajout de mètres carrés supplémentaires au bâtiment initial.

5.000 logements sous recours !

Autre problématique : les recours. Censés être mieux régulés depuis la loi sur l'évolution du logement, de l'aménagement et de l'urbanisme (Elan) de 2018, ces derniers se multiplient. En cause : de plus en plus de populations, déjà logées, refusent d'avoir un immeuble qui ferait de l'ombre vis-à-vis à leur maison et pétitionnent sur les réseaux sociaux. « Nous avons 5.000 logements sous recours ! » illustre Bernard Mounier.

Ce n'est pas près de s'arranger, alerte encore le président de Bouygues Immobilier. En 2023, les maires seront à mi-mandat (2020-2026) et risquent de refuser toujours plus de chantiers pour ne pas brusquer leurs administrés. L'adage est connu : « maire bâtisseur, maire battu ». Une fatalité contre laquelle le promoteur entend se battre : « regardons les endroits où l'on ne construit pas assez et mettons en place des mesures incitatives ».

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Les chiffres officiels donnent raison aux promoteurs immobiliers

Force est de constater que les chiffres publiés le 29 juillet par le service des données et études statistiques du ministère de la Transition écologique et de la Cohésion des territoires, dont dépend le ministère de la Ville et du Logement, donnent raison à Bernard Mounier.

Au deuxième trimestre 2022, le nombre de permis de construire délivrés a chuté de presque 10% (9,5%) comparé au premier trimestre. Toutes sources confondues, il reste pourtant 12 millions de précaires énergétiques, 4 millions de mal-logés - en cohabitation forcée, en suroccupation... - ou encore 2 millions de demandeurs de logement social...

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Rachat d'Equans : Bouygues « à ce stade plutôt serein »

Le hasard fait (parfois) bien les choses. Juste avant la présentation des résultats semestriels du groupe Bouygues ce 2 août, l'Autorité de la concurrence britannique (CMA) a communiqué sur la fusion du géant du BTP et des médias avec Equans.

La Competition and Markets Authority déclare avoir « examiné les engagements offerts » et « annonce qu'elle considère qu'il existe des motifs raisonnables de croire que l'engagement offert, ou une version modifiée de celui-ci, pourrait être accepté par la CMA pour remédier à la diminution substantielle de la concurrence identifiée par la CMA ».

Autrement dit, quinze jours après qualifié Bouygues et l'ex-filiale d'Engie de « proches concurrentes dans la fourniture de caténaires », l'Autorité de la concurrence britannique a déjà examiné les « remèdes » proposés le 26 juillet par le groupe coté au CAC 40 pour valider l'acquisition d'Equans en Grande-Bretagne.

Londres a désormais jusqu'au 28 septembre 2022 pour « décider d'accepter ou non l'engagement » voire jusqu'au 23 novembre 2022 « si elle estime qu'il existe des raisons particulières » de prolonger ce délai. « A ce stade, nous sommes plutôt sereins », a réagi le directeur général du groupe Bouygues, Olivier Roussat.

Il ne dira pas le contraire. Depuis l'annonce du rachat en novembre 2021 de cette filiale d'Engie spécialisée dans les installations électriques, la mécanique, la robotique, le numérique et les services généraux, la multinationale promet de finaliser l'opération au second semestre 2022.

César Armand

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Commentaires 3
à écrit le 03/08/2022 à 11:32
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Traduction: "Heu le fric rentre moins dans nos paradis fiscaux en ce moment faudrait vous bouger les fesses les serviteurs là hein !" Merci Audiard !

à écrit le 02/08/2022 à 22:13
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La politique d'aménagement du territoire et du logement relève de l'état qui n'a en aucune manière d'injonction à recevoir de grands groupes privés. Sur les recours, soit les riverains sont de vrais emmerdeurs, soit les projets de construction sont ...

à écrit le 02/08/2022 à 19:56
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Vite des chantiers publics pour subventionner Colas, la vache à lait de la famille Bouygues... Sinon l'IPO de Bouygues Telecom est-elle toujours prévue pour les calendes grecques? A moins que la famille Bouygues craigne que son bilan puisse d...

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