ENQUÊTE. Vécues comme des drames, les fermetures de casernes se sont souvent avérées bénéfiques pour la croissance économique, la démographie et l'urbanisme des communes moyennes. Zoom sur quelques réussites emblématiques, souvent complexes mais très économes en foncier.Construire la ville sur la ville : cette injonction, qui traduit un impératif écologique de sobriété foncière, contraint durablement les politiques d'aménagement et de rénovation urbaine. Et en libérant plusieurs milliers d'hectares, dont une grande partie à aliéner dans les villes moyennes, les plans successifs de restructuration des armées ont apporté du grain à moudre aux aménageurs.
Trois décennies se sont écoulées depuis le plan Armées 2000 (à partir de 1989), suivi par la refonte de la carte militaire à partir de 2008. Le vide laissé par le départ des militaires a mobilisé la créativité des élus.
Trois fermetures simultanées à Mulhouse
« À partir de 1993, Mulhouse a dû faire face à trois fermetures simultanées des plus grandes casernes situées sur son territoire », se souvient Jean-Marie Bockel, maire de la commune du Haut-Rhin de 1989 à 2010. « La ville comptait déjà son lot de friches industrielles, issues du textile ou de la construction mécanique. On ne pouvait pas tout gérer à la fois », concède l'ancien élu.
Ces 20 hectares libérés par les militaires allaient devenir des éléments structurants dans les décisions d'aménagement et d'urbanisme. « Il a fallu régler un problème après l'autre, reconnaît Jean-Marie Bockel. D'abord la caserne Drouot, dont il a fallu préserver quelques lots pour leur valeur patrimoniale. Nous y avons installé des activités artisanales, une école du cirque dans l'ancien manège à chevaux de l'armée et un peu d'habitat, avec succès. Ensuite, il a fallu régler la caserne Barbanègre, en essayant aussi de préserver des bâtiments remarquables pour faire de l'habitat, et cela a bien fonctionné. Le projet sur la caserne Lefebvre a été le plus compliqué. C'était un immeuble massif, de grande valeur patrimoniale, comparable selon certains au Palais Pitti de Florence. Une partie a été transformée en habitat social, l'autre a été rasée ».
Olivier Mirguet, avec les bureaux régionaux de La Tribune