Malgré le "frein puissant" des municipales, les promoteurs déclarent leur amour aux maires

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On nous dit : Vous pouvez déposer votre permis de construire mais nous ne vous l'accorderons pas avant les élections ou bien on nous l'accorde mais on nous demande une lettre où l'on s'engage à construire après, témoigne Marc Villand.
On nous dit : "Vous pouvez déposer votre permis de construire mais nous ne vous l'accorderons pas avant les élections" ou bien on nous l'accorde mais on nous demande une lettre où l'on s'engage à construire après", témoigne Marc Villand. (Crédits : Eric Gaillard)
A dix mois des élections, la Fédération des promoteurs immobiliers a considéré, ce 23 mai 2019, que les "municipales vont peser encore plus que les autres" sur la délivrance des permis de construire et la construction de logements neufs. Si les conseils municipaux changent en 2020, il faudra "un an pour reprendre les décisions", ont alerté les professionnels.

Au premier trimestre 2019, les ventes de logements neufs ont encore chuté : -10,3% pour les ventes en bloc et -1,2% pour les ventes aux particuliers. La fédération des promoteurs immobiliers (FPI), qui rassemble près de 700 professionnels, s'alarme du "frein puissant" que constituent les élections municipales de mars 2020.

"Le marché est bon, le problème c'est la production", souligne son vice-président Marc Villand."La production est compliquée."

Il y a deux mois, invité des Notaires du Grand Paris, le Pdg d'Interconstruction rappelait que le travail des promoteurs consistait à "s'assurer du "oui" de celui qui peut dire "non"...". Ce 23 mai 2019, Marc Villand ne dit pas autre chose : "Hier, le maire d'une grande ville d'Ile-de-France me disait : "Il est sympa, votre petit projet, mais si j'ai 250 petits projets avec 50 mecs à chaque fois, je perds les élections."

"Incertitude" sur la taxe d'habitation

Le vieil adage "maires bâtisseurs, maire battus" est-il pour autant toujours pertinent ? Pas si sûr. Le vice-président de la FPI cite la ville de Courbevoie (Hauts-de-Seine) qui "continue comme si de rien n'était", mais le plus souvent, le promoteur se voit opposer une fin de non-recevoir. «On nous dit : "Vous pouvez déposer votre permis de construire, mais nous ne vous l'accorderons pas avant les élections" ou bien on nous l'accorde mais on nous demande une lettre où l'on s'engage à construire après», témoigne Marc Villand.

Si celui qui est aussi président de la chambre francilienne de la Fédération des promoteurs immobiliers "regrette" cette situation, il dit la "comprendre" entre la baisse des dotations aux communes et "l'incertitude" sur la taxe d'habitation. Les collectivités n'ont en effet toujours pas de visibilité sur ce qui va la remplacer dans les recettes locales.

Un an pour reprendre les décisions

Lorsque ce n'est pas le gouvernement qui ne tranche pas sur ce type de sujets, c'est l'État qui peut prendre des "décisions hors-sol". "L'autre jour, sur une opération d'aménagement contenant 30 à 35% de logements sociaux, les prêts locatifs sociaux (PLS) ont été supprimés. Cela a déséquilibré toutes nos équations économiques !"

Le professionnel estime en outre que les prochaines municipales seront "les plus embrouillées" depuis longtemps avec l'arrivée de "nouveaux entrants". "Ces élections vont encore plus peser que les autres", estime Marc Villand. "Il faudra ensuite un an pour reprendre les décisions..."

Le contre-exemple de Clamart

Outre Courbevoie, la ville de Clamart, également située en première couronne parisienne, continue à délivrer des permis de construire... en deux mois ! Ses élus ont ainsi posé à midi la première pierre d'une résidence de 57 logements au pied du tramway T6. "Quand les choses sont bien faites, comme lorsque nous aménageons ces anciennes friches industrielles pour apporter de la mixité sociale et fonctionnelle, les maires en sortent renforcés", estime son maire (LR) Jean-Didier Berger. "Ceux qui ne sont pas capables de bouger les lignes seront au contraire battus."

Le promoteur de l'opération pour Vinci Immobilier, Bruno Derville, juge, lui, "formidable" de pouvoir compter sur cet édile "dans cette période où beaucoup de permis sont reportés". "C'est d'une ampleur inédite !", s'alarme le professionnel. "Les autorisations administratives sont devenues compliquées à obtenir, avec par exemple des études environnementales de plus en plus longues", renchérit son associé de Pitch Promotion Stéphane Daillet"Mais ces opérations finissent toujours par sortir un jour, la preuve !"

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Commentaires
a écrit le 24/05/2019 à 8:54 :
C'est ce que je n'arrête pas de dire également ! Tu m'étonnes... ^^

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