Coronavirus : les quatre technologies gagnantes pour un vaccin

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Alors que différentes agences sanitaires estiment qu'il faudra 8 milliards de doses pour vacciner la population mondiale, la production sera un vrai tour de force, même pour les big pharmas.
Alors que différentes agences sanitaires estiment qu'il faudra 8 milliards de doses pour vacciner la population mondiale, la production sera un vrai tour de force, même pour les "big pharmas". (Crédits : ANDREAS GEBERT)
Quel labo arrivera à fabriquer en premier un vaccin contre le Covid-19, et grâce à quelle recette ? Entre les quatre technologies propres à créer des vaccins, les "big pharmas" font leurs choix et développent leurs candidats en procédure accélérée. Objectif : créer un portefeuille de vaccins adaptés aux différents types de patients et aux divers modes de vaccination. Explications.

La guerre des vaccins s'accélère. Six mois après la découverte du virus SARS-CoV-2 à Wuhan, pas moins de dix essais de vaccins ont déjà débuté sur l'homme. Et au moins dix autres sont prêts à être lancés début juillet. Du jamais-vu.

En trois phases, ces essais contrôleront que le vaccin est bien toléré par l'organisme humain, qu'il convient aux différents profils de patients et qu'il se montre efficace en cas de contamination. Et pour mettre au point leur précieux cocktail, les laboratoires ont le choix entre quatre technologies différentes, de celle que l'on utilise depuis longtemps jusqu'à une toute nouvelle, séduisante, mais pas encore homologuée pour des vaccins humains.

Quatre technologies pour un vaccin

Tout d'abord, la technologie traditionnelle reste dans la course. Elle consiste à atténuer le virus de la maladie par traitement chimique avant de l'injecter. Elle permet aux défenses immunitaires de développer des anticorps spécifiques contre le vrai virus. Ces vaccins sont efficaces, mais longs à mettre au point. C'est la technologie adoptée par de nombreux laboratoires chinois, comme Sinopharm.

La technologie des protéines virales est différente: elle consiste à injecter seulement des protéines, semblables à celles qui constituent la surface du virus. À leur contact, le système immunitaire fabrique normalement des anticorps. Mais, avec cette technique, il a parfois besoin d'être aidé, ce qui nécessite de doper la formule avec des adjuvants. Cette technique est celle du vaccin contre l'hépatite B ou contre le papillomavirus. Pour la Covid-19, Novavax ou Clover pharmaceuticals ont choisi cette formule tout comme Sanofi en partenariat avec GSK.

Les deux autres stratégies concernent des vaccins dits "génétiques", faisant appel à du matériel génétique du virus.

La technologie du vecteur viral consiste à injecter un autre virus que celui de la maladie qui va servir. Ce virus sert à transporter le vaccin dans les cellules du patient, mais il a été génétiquement modifié et possède des séquences génétiques du SARS-CoV-2. Ces séquences vont pousser les cellules à fabriquer les protéines virales, ce qui déclenche la production d'anticorps. Cette technique est déjà utilisée dans la thérapie génique et le vaccin contre Ebola. Pour la Covid-19, elle a été retenue par Johnson & Johnson et AstraZeneca.
 
Enfin, la technologie par ARNm est la plus innovante. Elle consiste à injecter un morceau génétique du virus appelé ARN "messager". Tout comme la stratégie précédente, cet ARNm est censé amener les cellules du patient à produire des protéines virales pour que le système immunitaire fabrique des anticorps. Cette technologie est déjà utilisée pour des vaccins vétérinaires, mais elle n'a pas encore été homologuée pour l'homme. Ses avantages : une production bien plus rapide qu'avec les autres stratégie et un stockage simple hors chaîne du froid. Pour la Covid-19, elle a été choisie par Pfizer en partenariat avec BioNtech, Sanofi en partenariat avec Transet Bio, tout comme Moderna Therapeutics et la biotech allemande Curevac que les Américains avaient cherché à racheter au printemps.

Un "portefeuille vaccinal" plutôt qu'un grand gagnant

Pour les experts scientifiques, les multiples développements en cours ne donneront pas un grand gagnant. Ils permettront surtout d'obtenir un portefeuille de vaccins adaptés à différents types de patients et différentes situations vaccinales. Car, en l'état actuel des connaissances, certaines techniques seraient plus efficace sur des patients âgés dont le système immunitaire se montre moins réactif, alors que d'autres ont l'avantage de ne présenter aucun risque pour l'organisme, même si leur efficacité est un peu moindre. De plus, suivant l'état du système de santé du pays, certaines formules seront mieux adaptées pour résister à l'absence de stockage à basse température et de chaîne de froid.

« Nous aurons besoin d'un portefeuille de vaccins avec des technologies et des quantités différentes, selon les besoins spécifiques des populations, estime Olivier Nataf, président d'AstraZeneca France. Il faudra voir sur quel type de patient le vaccin est le mieux toléré et le plus efficace en termes de protection contre l'infection et d'interruption de la transmission, et dans quelles conditions pourra s'effectuer la vaccination.»

Selon le laboratoire Pfizer, les nouvelles technologies vaccinales par ARNm nous permettront de mieux faire face aux mutations des virus :

« La plateforme ARNm pourrait être particulièrement utile pour les pandémies et les épidémies annuelles, en raison de sa rapidité potentielle à modifier l'antigène codé selon la séquence virale et de sa capacité potentielle à répéter le dosage chaque fois que nécessaire. »

Pour Patrice Biecheler, associé en charge de la Practice Santé globale de Roland Berger :

« Un des gros avantages de ce développement est la plateforme technologique qu'il permettra de créer. Les précédentes épidémies du premier SRAS et du MERS s'étaient éteintes rapidement et les labos n'ont pas trouvé le potentiel de contamination qui leur permette de développer leurs candidats jusqu'au bout. Pour le nouveau virus, la pandémie semble durer et ce sera possible. Nous pouvons penser que ce type de plateforme et les connaissances accumulées sur ce nouveau virus seront malheureusement utiles plus tard. Car les prochains grands dangers pour l'Humanité seront probablement plus microbiens que nucléaires. »

Un développement en accéléré

En attendant cette plateforme prometteuse, le cocktail qui nous protègera du Covid-19 est très attendu. Pour lui permettre d'arriver au plus vite en pharmacie, certains pays assouplissent un peu leurs règles sanitaires et soutiennent différents candidats par pré-achat avant homologation. La Maison Blanche a ainsi inventé la procédure "Warp Speed" (*) qui coordonne les efforts des labos les plus avancés avec les agences sanitaires comme la FDA (Food and Drug Administration). Parmi leur sélection de candidats prometteurs : ceux d'AstraZeneca, de Johnson & Johnson, Merck, Moderna Therapeutics et Pfizer.

Alors que différentes agences sanitaires estiment qu'il faudra 8 milliards de doses pour vacciner la population mondiale, la production sera un vrai tour de force, même pour les "big pharmas". Cela explique que les grands labos soient contraints d'associer leurs efforts et nouer des partenariats pour améliorer leurs capacités de production, en cas d'homologation. Car l'heure est à l'urgence. Si, en temps normal, le développement d'un vaccin et son autorisation prennent facilement dix ans, cette fois, et selon les annonces des laboratoires pharmaceutiques en pointe, il pourrait être prêt à la fin de l'année.

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(*) Warp Speed fait référence à une vitesse exceptionnelle ("distorsion") évoquée dans la saga de science-fiction "Star Trek".

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Commentaires
a écrit le 27/06/2020 à 11:34 :
Bonjour à tous

les anglais ont sorti en quelques heures ou très peu de jous un antibiotique grâce un ordinateur quantique. Pourquoi on ne l'utilise pas ?
a écrit le 26/06/2020 à 22:09 :
La naissance des GAFA pharmaceutiques.

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