Anne Lauvergeon contre Areva : la bataille est lancée

 |   |  1123  mots
Copyright Reuters
Copyright Reuters (Crédits : <small>Reuters</small>)
Anne Lauvergeon était au Tribunal de grande instance ce matin. L'ancienne patronne du groupe nucléaire demande une expertise du rapport Apic qui a conclu en 2010 que l'achat d'Uramin était « une opération très douteuse ». "Requête sans fondements juridiques", rétorque Areva. Le jugement sera rendu le 29 février. Cet après-midi, Atomic Anne sera au Tribunal de Commerce pour réclamer le versement de son indemnité de départ de 1,5 million d'euros.

Anne Lauvergeon a engagé une véritable bataille judiciaire contre le groupe qu'elle a créé et dirigé pendant dix ans. Première manche ce mercredi avec les plaidoiries dans deux affaires distinctes. A 9h30, le tribunal de grande instance de Paris a examiné en référé sa demande d'expertise du rapport commandé par Areva en 2010 à une toute petite société d'intelligence économique, Apic, sur les conditions d'achat des mines Uramin pour 1,7 milliard d'euros. Devant la (petite) affluence des journalistes qui se pressaient ce matin autour de l'ex patronne d'Areva, l'audience, prévue dans le cabinet du magistrat, Mme Provost-Lopin, a été déportée dans la majestueuse salle des criées. Sans surprise, les plaidoiries ont été l'occasion d'échanger quelques amabilités entre les deux camps.

D'emblée, Jean-Pierre Versini- Campinchi, avocat d'Anne Lauvergeon, a tenu à camper le décor en reprenant la thèse du complot, chère à Atomic Anne. « Toutes les avanies qui lui sont faites depuis plusieurs années viennent de proches du pouvoir actuel qui cherchent à découper Areva », a-t-il affirmé en préambule. Sur le fond, l'ex patronne d'Areva demande cette expertise parce qu'elle considère que les conclusions de ce rapport Apic lui portent préjudice. Affirmant qu'Areva a été l'objet d'une « escroquerie », et que l'opération était « extrêmement douteuse », « voire frauduleuse », les conclusions de ce rapport s'étalent dans toute la presse depuis début janvier. Surtout, ce sont ces conclusions « alarmantes » que Sébastien de Montessus, membre du directoire d'Areva, met en avant pour justifier la commande au printemps 2011 d'un autre rapport, à Alp Services, qui donnera lieu à des écoutes illégales du mari d'Anne Lauvergeon, Olivier Fric.

Areva affirme qu'Anne Lauvergeon a eu connaissance du rapport Apic

« En obtenant des éclaircissements sur le circuit Apic, on aura une meilleure compréhension du circuit anti-Lauvergeon », résume un de ses avocats, Alexandre Merveille. Par cette procédure, les conseils d'Anne Lauvergeon demandent que soit désigné un expert « qui dise si cela ressemble à un rapport d'intelligence économique ou à une commande de complaisance ». Ils s'interrogent sur le choix d'un consultant qui travaille seul avec sa femme, dans un petit village de Haute Savoie, sans surface financière, ni références. Et surtout sur le contenu du rapport qu'ils qualifient de « salmigondis », « émaillé de considérations confuses et ineptes ». Au détour de ce rapport, publié la semaine dernière sur le site de la Lettre A , est relatée une « tromperie » visant à convaincre EDF d'investir aux côtés d'Areva dans Uramin. « Sans aucun élément de preuve », soulignent les conseils d'Anne Lauvergeon.

Areva, de son côté, par la voix de son avocat Jean Reinhart, conteste formellement le fondement juridique de ce recours. « Anne Lauvergeon n'a pas de motif légitime pour demander cette expertise », affirme Jean Reinhart. « Il n'y a pas de préjudice. Le rapport Apic ne fait que décrire, certes sur un monde plus déclaratoire que fouillé, des égarements autour du l'affaire Uramin. Son nom n'est pas cité. Elle n'est pas visée », a insisté l'avocat. « Elle ne découvre pas l'affaire Uramin, c'est elle qui a mené cette OPA ruineuse », a-t-il lancé sous l'?il sombre d'Anne Lauvergeon, assise sur sa droite. La magistrate a, de fait, plusieurs fois demandé aux conseils d'Atomic Anne de préciser les fondements juridiques de leur action. On saura si elle a été convaincue le 29 février, date de rendu de son ordonnance.

Anne Lauvergeon retourne les soupçons vers Sébastien de Montessus

L'avocat d'Areva a cependant levé un peu le voile sur la genèse de cet étrange rapport. « Il a été commandé début 2010 par le directeur financier d'Areva, puis transmis à Sébastien de Montessus et à Thierry d'Arbonneau, en charge à l'épique de la sécurité chez Areva. La question portait un éventuel conflit d'intérêt de Daniel Wouters, salarié d'Areva qui a participé à l'opération Uramin et actionnaire par ailleurs de la société Swala Ressources qui semblait impliquée dans l'affaire ». Surtout, Jean Reinhart affirme qu'Anne Lauvergeon a été mise au courant en mai 2010 des conclusions du rapport Apic. Il a produit une attestation de l'ex numéro deux d'Areva, Gérard Arbola, affirmant avoir parlé à l'ex PDG d'Areva des soupçons exprimés par l'amiral d'Arbonneau après la lecture du rapport Apic. Interrogée à ce sujet à la sortie de l'audience, Anne Lauvergeon élude. « Je me souviens des questionnements à l'époque sur le rôle de Daniel Wouters, oui. Si j'avais eu ce rapport, j'aurais demandé le remboursement des 20.000 euros qu'il a coûté », assure-t-elle dans un sourire. Elle préfère détourner les regards -et les soupçons- vers Sébastien de Montessus, dont elle était proche, et qui l'a trahie. « Beaucoup d'autres questions, sur beaucoup d'autres sujets se posent aujourd'hui sur Sébastien de Montessus, notamment d'autres dissimulations », glisse-t-elle.

Seconde affaire, plus prosaïque, la question des indemnités de départ de l'ex patronne d'Areva. Après un début d'audience, vendredi dernier devant le tribunal de commerce, l'affaire a été reportée à ce mercredi à 15h. Du côté d'Anne Lauvergeon, on demande que soit signé par Areva le protocole transactionnel établi au terme d'un longue négociation, et qui fixe à 1,5 million d'euros ses indemnités de départ. Anne Lauvergeon, qui réclamait en premier lieu plus de deux millions, estime que c'est sa plainte, déposée mi décembre, au sujet des écoutes illégales dont a été victime son mari, qui a bloqué le processus. De son côté, Areva affirme que le comité des rémunérations a suspendu mi-décembre l'accord dans l'attente des différents audits lancés sur l'affaire Uramin, avant de transmettre néanmoins, fin janvier, le protocole au ministre de l'économie, pour validation. Tutelle d'Areva, celui-ci a deux mois pour le signer, jusqu'au 25 mars.

« Qu'à cela ne tienne, qu'ils nous transmettent le protocole signé par Areva », insistent les avocats d'Anne Lauvergeon. « Impossible. La signature du ministre est un préalable à la régularisation par Areva », affirme le conseil du groupe nucléaire. Au passage, l'avocat d'Areva précise que ce protocole exige, dans son article 4, qu'Anne Lauvergeon s'engage par écrit à ne pas dénigrer Areva. « A-t-elle rédigé cette lettre ? A-t-elle respecté cet engagement ? », s'interroge Jean Reinhart. Certains affirment que le gouvernement refuse de verser ces indemnités, qui feraient figure de quitus pour Anne Lauvergeon, alors que l'affaire Uramin n'est pas éclaircie. « Il est sûr que cela les gêne de signer », souligne Alexandre Merveille, conseil d'Anne Lauvergeon, qui exige la transmission du protocole, sous astreinte de 10.000 euros par jour de retard. Le tribunal a mis sa décision en délibéré au 22 février.
 

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :