La Roumanie, plein gaz sur le schiste

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Dans le village polonais de Grzebowilk en avril 2011. Derrière ces agriculteurs, un appareil de forage pour l'exploration du gaz de schiste. Copyright AFP
Dans le village polonais de Grzebowilk en avril 2011. Derrière ces agriculteurs, un appareil de forage pour l'exploration du gaz de schiste. Copyright AFP (Crédits : AFP)
Après la Pologne, la Roumanie table sur le gaz de schiste pour assurer son indépendance énergétique vis-à-vis de la Russie, malgré la polémique sur les risques pour l'environnement et la santé.

Après la Pologne, la Roumanie parie elle aussi sur le gaz de schiste. Les polémiques concernant les risques liés à son extraction n'effraient pas outre mesure Bucarest, surtout si cela lui permet de renoncer aux coûteuses importations de gaz russe.

Roumanie, Bulgarie et Hongrie totaliseraient 538 milliards de mètre cubes de gaz de schiste

Ce jeudi, plus de 2.000 personnes ont manifesté à Barlad, dans l'Est du pays, contre un projet d'exploration de l'américain Chevron dans leur région, dénonçant les risques de pollution. "Le gaz de schiste représente l'avenir", estime de son côté le président de l'Agence roumaine pour les ressources minérales (ANMR) Alexandru Patruti interrogé par l'AFP. Si l'ANMR vient de lancer une étude pour évaluer les réserves potentielles, un rapport de l'Agence américaine d'Information sur l'énergie estime que les ressources de la Roumanie, Bulgarie et Hongrie totaliseraient 538 milliards de mètre cubes.

"Une opportunité majeure pour la Roumanie"

Plusieurs géants énergétiques sont à l'affût dont l'américain Chevron, le canadien Sterling Resources et le hongrois MOL. Chevron, qui a obtenu une concession sur 600.000 hectares dans la région de Barlad dans l'Est du pays, veut y entamer l'exploration au second semestre 2012, s'il obtient les autorisations. "Le gaz de schiste représente une opportunité majeure pour la Roumanie", a déclaré à l'AFP le directeur pour ce pays de Chevron Upstream Europe, Thomas Holst, citant la sécurité énergétique, les investissements et les emplois. Chevron doit maintenant choisir le site pour les premiers forages exploratoires. Trois sont à l'étude mais Thomas Holst préfère ne pas les nommer pour ne pas soumettre les habitants à des "pressions inutiles".

 La fracturation hydraulique, méthode d'extraction contestée

Car la méthode d'extraction, la fracturation hydraulique, est accusée par les défenseurs de l'environnement de polluer les nappes phréatiques, de fragiliser les sols voire de favoriser les tremblements de terre. Interdite par des pays comme la France et la Bulgarie, cette méthode consiste à injecter à haute pression dans la roche d'énormes quantités d'eau additionnées de sable et d'additifs chimiques. "La fracturation implique des risques majeurs dont la contamination de l'eau, en plus des difficultés à se débarrasser de substances toxiques", a déclaré à l'AFP Miruna Ralea de l'association écologiste Alma-Ro.

 

En France, la création d'une commission d'évaluation suscite la colère des ONG

Une commission nationale d'évaluation des techniques d'exploration et exploitation des gaz et huiles de schistes, aux seules fins de la recherche, a été officiellement créée par décret jeudi, soulevant un tollé parmi les ONG écologistes. "La Commission nationale d'orientation, de suivi et d'évaluation des techniques d'exploration et d'exploitation des hydrocarbures liquides et gazeux a notamment pour mission d'évaluer les risques environnementaux liés aux techniques de fracturation hydraulique ou aux techniques alternatives", précise le décret. Cette commission avait été prévue par la loi du 13 juillet 2011 par laquelle la France interdisait d'explorer et d'exploiter les gaz et huiles de schiste par la technique de la fracturation hydraulique, consistant à injecter de grandes quantités d'eau et de produits chimiques dans la roche.

Une dizaine d'ONG, du réseau Sortir du Nucléaire à ATTAC en passant par Greenpeace, les Amis de la Terre et France Libertés entre autres, ont dénoncé jeudi "l'hypocrisie du gouvernement" qui "contourne en douce une interdiction mise en scène à travers la loi". Les écologistes remettent en doute, dans un communiqué, la nécessité d'une évaluation par une telle commission "alors que tant d'études scientifiques indépendantes démontrent de manière certaine la dangerosité" de la fracturation hydraulique. Ils s'interrogent également sur "l'équilibre des forces" au sein du nouvel organe où ne siégeront que trois représentants d'associations de protection de l'environnement et dont les personnalités scientifiques seront choisies par le gouvernement.

 Les manifestants de Barlad ont espéré jeudi que la Roumanie interdira à son tour la fracturation. "L'extraction n'est pas une activité respectueuse de l'environnement (...) mais nous allons nous assurer que les lois en la matière sont strictement respectées", déclare Alexandru Patruti. Sauf que, si elle promet de s'aligner sur les règles de l'UE, la Roumanie ne dispose pas en ce moment de législation spécifique sur le gaz de schiste. Chevron se dit déterminé à respecter les lois roumaines et européennes. "Les activités qui suscitent des polémiques n'interviendront que d'ici plusieurs années", indique Thomas Holst, selon qui "Chevron utilisera des techniques conventionnelles pour déterminer si des réserves existent". Si c'est le cas, des dizaines de millions de dollars seront investis dans le développement et l'exploitation.

"Les gens craignent que la zone soit ravagée"

Mais le maire de Barlad, ville de 69.000 habitants, Constantin Constantinescu, ne veut pas que le groupe américain creuse aux alentours de sa ville. "A mon avis, l'impact négatif de cette activité est plus important que la pseudo-prospérité promise", dit-il à l'AFP, reprochant à Chevron de ne pas avoir informé la communauté de ses projets. "Les gens craignent que la zone soit ravagée", ajoute-t-il. Thomas Holst assure que Chevron encourage le débat public. "Lorsque les faits seront connus, les citoyens seront d'accord que si des réserves importantes existent, les bénéfices seront beaucoup plus importants que les risques", dit-il. Mais pour Miruna Ralea, "sachant que plusieurs pays ont banni cette technique controversée, pourquoi la Roumanie s'empresse-t-elle de l'adopter ?"

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a écrit le 24/03/2012 à 8:17 :
LE profit vaut il la mort future de milliers de gens??????
Réponse de le 24/03/2012 à 15:51 :
Cet argument est tellement faible, vide de sens et éculé qu'on est tenté de répondre positivement, tout en précisant, "ça dépend qui".
a écrit le 24/03/2012 à 0:47 :
Le bilan énergétique des gaz de schiste est faible : entre 1 et 2 unités d?énergie
obtenue pour 1 unité d?énergie nécessaire, ce qui n?en fait pas un candidat intéressant à l?indépendance énergétique souvent mise en avant. Un puits peut donner accès à des quantités de gaz très variables et les réserves potentielles sont surestimées pour rendre la technique plus attrayante qu?elle ne l?est, comme l?ont mis en lumière les experts de l'Aspo. Les méthodes d?exploitation sont coûteuses, en particulier celle de Gasfrac par gel gpl. Les émissions de gaz à effet de serre (GES) sont plus élevées que celles du charbon et du mazout (comme l?a démontré entre autres l?Université de Cornell - Robert W. Howarth http://www.enerzine.com/12/11812+le-gaz-de-schiste-contribue-au-rechauffement-climatique+.html L?exploitation exige de multiples forages au km2 (les puits sont fracturés 8 fois en moyenne et parfois 17 fois). Cela nécessite des infrastructures dont stockages, des norias de camions (800 mouvements en moyenne par forage). Pour être sûr de rentabiliser un champ il faut une forte densité de percements à grandes profondeurs avec des conséquences lourdes associées : risques de pollutions des eaux à court comme à long terme sans responsable avec le temps. Pollutions de l?eau, de l?air, impacts forestiers et agricoles : à la fois par les produits utilisés et la diffusion de métaux lourds ou radioactifs et polluants du sous-sol. Sur 278 produits utilisés étudiés, 93% affectent la santé et 43% sont aussi durablement des perturbateurs endocriniens (impacts sur la fertilité, la différenciation sexuelle, régulation hormonale, stérilité, facteurs de diabète, cancers etc). - parmi les divers polluants, complexes BTEX « benzène, toluène, éthyl benzène, xylène », oxydes nitreux, oxyde de soufre, méthane, cov, métaux lourds, mercure, arsenic etc - Les polluants peuvent parcourir des centaines de mètres par jour dans les sous-sols. http://www.tiogagaslease.org/images/BVW_02_20_09.pdf
Les études menées aux Etats-Unis se multiplient et dressent un portrait toujours un peu plus sombre des impacts attendus. Un rapport rédigé par la Commission de l'Energie et du Commerce de la Chambre des Représentants des Etats-Unis souligne que cette technologie est controversée en raison de ses dégâts sur l'environnement. Elle a nécessité entre 2005 et 2009 l'utilisation de plus de 2.500 produits chimiques dont des substances cancérigènes et polluantes.
http://atctoxicologie.free.fr/archi/bibli/BILAN_TOXICOLOGIE%20_CHIMIE_GAZ_DE_SCHISTE.pdf
Cette exploitation temporaire, polluante, risquée, de faible bilan énergétique, ne profiterait qu?à quelques exploitants ne versant au mieux que quelques subsides relatifs à des communautés pour qu?ils ferment les yeux et afin se décharger de leurs responsabilités en cas de problème et elle ne ferait que retarder les adaptations et l?innovation à l?image de beaucoup pays producteurs ce qui contrairement aux idées souvent propagées ne ferait qu?hypothéquer encore plus l?avenir, comme on l?a fait jusqu?à présent en exploitant au jour le jour sans vision globale évolutive ni plan prévisionnel.
a écrit le 23/03/2012 à 20:17 :
L"énergie libre bordel!! manifester pour l'énergie libre!!!!

http://interobjectif.net/thrive-que-faut-il-sur-terre-pour-prosperer-en-francais/
a écrit le 23/03/2012 à 15:35 :
Et dans 20 ans, changement de "mode" : les réserves seront épuisées, donc retour à la case départ (car tout l'investissement aura disparu dans les forages et pas dans la recherche de solutions durables), et les nappes phréatiques totalement polluées ! Les roumains et les polonais manifesteront à tour de bras contre ce scandale ... dans le vide, les politiques responsables se seront mis à l'abri ou sucreront les fraises (donc non-poursuivables) et les industriels auront disparus à "l'étranger" derrière leur statut anonyme de cadre de multinationales !
a écrit le 23/03/2012 à 9:29 :
Au vu des risques, les gaz de shiste peuvent sans doute être exploité, mais uniquement à mon avis par des compagnies d'état sous contrôle. On peut critiquer (et à juste titre) des société comme l'EDF "d'avant la privatisation", ou le France télécom "d'avant la privatisation", mais dans ce rôle là, celui de développer un secteur en gardant le controle de la situation, elle avait remplis leur office.
a écrit le 23/03/2012 à 9:19 :
JB38 est dans le vrai!
Ce qui est dommage est cette propension a aller vers la facilité, et de refuser de regarder vers demain. Le pillage du sous sol est une solution de courte vue, il est impératif de s'orienter vers les énergies renouvelables. Au vu des connaissances de ce jour, elles ne feront pas tout, c'est évident, mais si nous ne nous donnons pas les moyens de les développer, elles resteront indéfiniment marginales.

Réponse de le 23/03/2012 à 11:18 :
Quant à la notion de "pillage du sous-sol", ça confine à la débilité profonde. Qui est pillé ? Gaia ? LOL
Réponse de le 26/03/2012 à 9:51 :
En matière de débilité profonde vous avez l'air de pas mal vous y connaître - lisez par exemple le commentaire d'energie + (voir plus haut) et essayez d'apporter un peu d'argumentation pour nous expliquer en quoi l'extraction de ces gaz est une bonne idée...
a écrit le 23/03/2012 à 8:09 :
La pression des compagnies pour exploiter les gaz et huiles de schistes prouve que les réserves de pétrole sont en phases décroissantes, et qu'elles ont besoin d'exploiter cette source d'énergie fossile. Les lieux d'instabilité vont se déplacer là où se trouvent ces gisements.
a écrit le 23/03/2012 à 8:09 :
La pression des compagnies pour exploiter les gaz et huiles de schistes prouve que les réserves de pétrole sont en phases décroissantes, et qu'elles ont besoin d'exploiter cette source d'énergie fossile. Les lieux d'instabilité vont se déplacer là où se trouvent ces gisements.
Réponse de le 23/03/2012 à 10:12 :
Vous avez une curieuse façon d?interpréter l'exploitation des gaz de schistes comme une PREUVE que les réserves de pétrole sont en décroissance (ce qui est possible, mais depuis 1973, on arrête pas de dire qu'il n'y en a plus que 15 ans de réserves). Je crois plutôt que tous les pays, à l'exception notable de la France, souhaitent s'affranchir des coûts ruineux d'importation de gaz (les USA sont devenus indépendants il y a 40 ans, ce qui leur a économisé des trilliards de dollars)
a écrit le 23/03/2012 à 6:34 :
Depuis quelques mois le schiste gazeux est en réclames aussi fortes quelles puissent être ,cette fois parait-il en Roumanie pour concurrencer soit votre Biélorussie ,votre Texas des Amériques du Nord et notre Provence d'Azur celà serait peut-être mieux malgré l'Ultramondial comme en 1973 le fameux sucre industriel et d'autres comédiens cherchant leur propre pétroléum en guise de l'ancienne lampe à pétrole plus gagée que les roumains dans leur seule Roumanie avec les Roms n'y engageant aucune forme humaine législative.
Réponse de le 23/03/2012 à 9:25 :
Je n'ai rien compris...
Réponse de le 23/03/2012 à 10:43 :
Quoi ???
Réponse de le 23/03/2012 à 11:52 :
Faut pas trop inhaler de gaz de schiste...

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