Pétrole : plus du quart des raffineries européennes fermera d'ici 2040

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La marge brute des raffineries européennes s'est ainsi établie à 22 euros par tonne en 2014, et à 20 euros en moyenne entre 2009 et 2013, quand il faudrait 30 euros par tonne pour équilibrer les coûts, selon le dirigeant
La marge brute des raffineries européennes s'est ainsi établie à 22 euros par tonne en 2014, et à 20 euros en moyenne entre 2009 et 2013, quand il faudrait 30 euros par tonne pour équilibrer les coûts, selon le dirigeant (Crédits : Reuters)
Déficitaires, les raffineries européennes souffrent depuis plusieurs années de la baisse de la demande de produits pétroliers finis en Europe, en particulier d'essence.

L'activité de raffinage de pétrole en Europe, actuellement déficitaire, devrait connaître une sévère restructuration a estimé mardi Francis Duseux, président de l'Union française des industries pétrolières (Ufip). "On estime qu'on devrait avoir une restructuration d'environ 25 voire 30% du raffinage à l'horizon 2035-2040", soit la fermeture de 20 à 30 raffineries sur les 79 actuellement en activité dans l'Union européenne, a déclaré le dirigeant de l'Ufip, lors d'une conférence de presse sur le bilan annuel de l'industrie pétrolière française.

Baisse de la demande

Les raffineries européennes souffrent depuis plusieurs années de la baisse de la demande de produits pétroliers finis en Europe, en particulier d'essence. Leur taux d'utilisation est ainsi tombé à 79% en 2013, contre 89% en 2005, a rappelé Francis Duseux. A ce niveau là, "vous avez du mal à être profitable", a-t-il souligné, rappelant qu'il fallait tourner à 90% pour l'être.

La marge brute des raffineries européennes s'est ainsi établie à 22 euros par tonne en 2014, et à 20 euros en moyenne entre 2009 et 2013, quand il faudrait 30 euros par tonne pour équilibrer les coûts, selon le dirigeant. Et si, sur les deux premiers mois de 2015, cette marge est montée à 45 euros, les surcapacités sont telles que cela ne saurait durer, a-t-il estimé.

Une forte concurrence

Le secteur subit aussi une concurrence accrue des autres zones géographiques: Inde et Arabie Saoudite ont augmenté leurs capacités de raffinage, tandis que les Etats-Unis, soutenus par le boom des hydrocarbures de schiste, ont fortement réduit leurs importations de produits pétroliers et commencent même à en exporter. Le président de l'Ufip déplore ainsi :

"La France est prise en tenaille entre les exportations des Etats-Unis, le Moyen Orient et l'Inde"

Une réglementation trop sévère

Le président de l'Ufip a en outre mis en cause la réglementation, qu'il juge extrêmement pénalisante. Il avertit ainsi que certaines compagnies préfèreront fermer des sites plutôt que d'effectuer les investissements rendus nécessaires par la directive européenne sur les émissions industrielles et déplore que des normes spécifiques à la France viennent se surajouter au cadre européen.

L'Ufip préconise également le déblocage des permis d'exploration - précisant qu'il s'agit d'hydrocarbures conventionnels - afin de conserver l'expertise de la France en la matière.

Rééquilibrer la fiscalité

Il appelle aussi à un "rééquilibrage" de la fiscalité entre l'essence et le gazole, aujourd'hui favorable à ce dernier alors que les raffineries françaises produisent surtout de l'essence. Il précise :

"Le véhicule diesel qui sort aujourd'hui est aussi polluant qu'un véhicule à essence, mais il dégage 20% d'émissions de CO2 de moins".

D'où l'intérêt pour un conducteur d'opter pour l'option diesel, pourvu qu'il fasse plus de 20.000 kilomètres par an, assure-t-il, sans quoi mieux vaut choisir un petit véhicule essence.

Le groupe pétrolier français Total a annoncé en février la suppression de 30% des effectifs de sa raffinerie anglaise de Lindsey et fera des annonces "au printemps" concernant ses cinq raffineries françaises. Il a toutefois affirmé qu'"aucun site industriel" français ne serait fermé.

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Commentaires
a écrit le 11/03/2015 à 10:33 :
C'est dame Nature qui va être contente de ces fermeture.
a écrit le 11/03/2015 à 6:09 :
Je ne suis pas d'accord avec cette phrase là : "Le véhicule diesel qui sort aujourd'hui est aussi polluant qu'un véhicule à essence"....
Est ce vrai ? Preuves scientifiques à l'appui ? C'est pour ça que l'air à Paris provoque les maladies ?
Réponse de le 11/03/2015 à 7:07 :
La circulation ( essence et diesel ensemble) n'est responsable que de 15% de la pollution à Paris. Le reste (85%) est dû aux chauffages ( collectifs ou non), aux industries autour de Paris, et surtout aux centrales thermiques ( fuel et gaz) principalement allemandes.
Il faut enfin arrêter de fantasmer sur le diesel qui est un bouc-émissaire politique très facile!
Un diesel récent ( euro5 ou 6) pollue moins qu'un essence.
a écrit le 10/03/2015 à 22:45 :
Toujours les memes litanies. La realite est que nous achetons du petrole qui n'est plus raffine en Europe mais dans les pays producteurs. En clair, on importe notre raffinage et on ferme nos raffineries.
a écrit le 10/03/2015 à 20:28 :
Exxon, BP et Shell vont les reprendre, pas de problème. ^^
a écrit le 10/03/2015 à 18:54 :
Dans 25 ans, nous aurons largement dépassé le Peak oil et nous serons entrés dans une phase post-pétrole. Il n'y a aucun intérêt à construire des raffineries en Europe, tout au plus a entretenir celles en place et fermer les plus anciennes.
Réponse de le 10/03/2015 à 21:00 :
Raison de plus pour récolter un maximum dès maintenant et, surtout, polluer aussi un maximum.
Réponse de le 10/03/2015 à 21:04 :
Ca fait 30 ans qu'on nous la fait le coup du peak oil, voire 40 meme. Sauf qu'on a jamais découvert autant de pétrole que ces dernières années ...
Réponse de le 10/03/2015 à 22:49 :
Le peak oil du pétrole conventionnel a été passé il y a quelques années. Heureusement le pétrole non-conventionnel (sables bitumeux, offshore en eaux profondes) a pris le relais. Cependant le pétrole non-conventionnel est beaucoup plus cher que le conventionnel ! Plus le pétrole se raréfie, plus son exploitation est chère, et plus son prix représente un danger pour l'économie mondiale. Il faut commencer la transition énergétique dès maintenant, même si le pétrole est bon marché en ce moment à cause de la crise.
a écrit le 10/03/2015 à 18:26 :
Pas grave, elles seront toutes remplacées par des raffineries US et british.... ^
a écrit le 10/03/2015 à 18:08 :
Je trouve Monsieur Duseux particulierement optimiste quant à l"évolution des capacités de raffinage en Europe . Outre la competition grandissante de certains pays pour l'export de produits raffinés ( Inde , Arabie Saoudite et USA ) , la plus grande menace pour le raffinage est la desertion a venir des consommateurs d'hydrocarbures . les engagements des pays europeens dans la reduction des Ges d'ici 2020 passe par une réduction drastique de certains produits comme les fiouls domestiques et le gasoil . Je pense que la restructuration sera plutot pour 2020/2025 à moins de reduire les imports ce qui n'est pas l'interet de certains pétroliers .
Réponse de le 10/03/2015 à 20:18 :
"une réduction drastique de certains produits comme les fiouls domestiques et le gasoil" et l'essence, le kérosène, etc ? Le gazole a une taxe carbone plus faible en Suède que l'essence parce que les moteurs consomment moins et donc émettent moins de CO2. Pour le GES, il faut basculer tout le monde à la pile à combustible, 100% hydrogène / eau. Et réserver le pétrole à la pétrochimie, les médicaments, autres....

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