A Colombes, une ferme urbaine bientôt remplacée par un parking

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En 2009, la ville de Colombes accepte d'accueillir le projet R-Urban qui s'est bien développé depuis. 400 habitants viennent régulièrement dans cet espace communautaire.
En 2009, la ville de Colombes accepte d'accueillir le projet R-Urban qui s'est bien développé depuis. 400 habitants viennent régulièrement dans cet espace communautaire. (Crédits : AAA)
R-Urban, un projet combinant jardin communautaire, éco-construction et recyclage, à Colombes (proche banlieue de Paris) est menacé de fermeture. A la place, la nouvelle municipalité souhaite construire un parking, au grand dam des usagers et soutiens au projet.

Remplacer un jardin communautaire par un parking ? A deux mois de la COP21, la proposition peut dérouter. C'est pourtant ce qui risque d'arriver au projet R-Urban, à Colombes, une commune des Hauts-de-Seine située au nord-ouest de Paris et qui compte quelque 80.000 habitants. La mairie refuse de renouveler la convention qui la lie à Architecture Autogérée Autonome (AAA), l'association qui s'occupe du projet.

Le terrain municipal, où se trouve l'espace vert, doit être utilisé pour la construction d'un parking, dans le cadre de la rénovation urbaine du quartier Fossés-Jean, envisagée avec l'Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU). Ce parking, provisoire, serait utilisé pendant deux ans, avant de devenir un terrain vague, n'ayant pas de nouvelles affectations pour 2018.

Un modèle de développement durable en milieu urbain

Ce jardin est pourtant l'exemple type de projets locaux tournés vers le développement durable encouragés par le gouvernement. Tout commence en 2008, lorsque Constantin Petcou et Donia Petrescu, deux architectes fondateurs de l'association Atelier d'Architecture Autogérée (AAA), démarchent plusieurs communes pour implanter leur projet. Leur objectif était clair : l'autogestion, par ses habitants, d'un espace urbain délaissé pour amener tout à la fois plus de démocratie et plus d'écologie.

Colombes accepte le partenariat en 2009. Une agence pilote la mise en place des premières créations: "RecyLab" est dédié au recyclage et à la transformation des déchets pour l'éco-construction ; "AgroCité" met en place une agriculture urbaine autogérée, depuis 2012. L'« ECoHab », des logements et espaces collectifs, auto-construits en partie, devait conclure cette démarche. Mais cette facette de l'R-Urban ne pourra voir le jour, s'il doit quitter le terrain municipal où il est installé. Pourtant, aujourd'hui, 400 habitants participent régulièrement à la vie du jardin, une quarantaine vient quotidiennement et des collectifs ont vu le jour (apiculture, école de compostage, recyclage..) créant de l'emploi local.

Un projet modèle, cofinancé par l'Union Européenne

L'association AAA a trouvé peu à peu des fonds. En 2010, un premier accord de financement est conclu avec la ville de Colombes. L'année suivante, R-Urban obtient une subvention européenne via le programme Life+, pour la gouvernance environnementale. En 2012 et en 2013, de nouvelles subventions viennent du Conseil régional d'Ile-de-France et du Conseil général des Hauts-de-Seine. Autant de soutiens qui rendent la décision de la mairie d'autant plus surprenante.

Chaque semaine des personnes de communes voisines, d'autres régions mais aussi d'autres pays (Allemagne, Grande Bretagne, Suède, etc.) viennent visiter l'Agrocité et le Recyclab pour prendre exemple sur R-Urban, modèle de nouvelle gestion urbaine et de transformation de la ville. Si exemplaire que même le quotidien anglais The Guardian s'est indigné de cette fermeture annoncée.

Des relations difficiles avec la nouvelle équipe municipale

La communication est devenue difficile entre les élus et l'association depuis les élections de mars 2014. Nicolas Gouéta (LR) a retrouvé son siège, battant l'ex-maire socialiste Philippe Sarre, qui soutenait R-Urban. L'association AAA a très vite contacté la nouvelle mairie, moins intéressée par le projet. Constantin Petcou, coordonnateur du projet R-Urban précise :

" Nous avions une réunion avec des élus et des techniciens tous les mois et demi, sous la mairie précédente, conformément au contrat du projet. Mais les relations avec les nouveaux élus sont complexes. L'élu à l'environnement (Samuel Métias, UDI) a visité le jardin, qui lui a plu. Mais il a précisé que certains au conseil municipal voyaient le projet d'un mauvais oeil. Je ne sais pas pourquoi. Quand Mme la maire était dans l'opposition elle relayait sur son blog des articles positifs sur R-Urban ."

En juin, la nouvelle autorité en place demande à R-Urban de quitter les lieux sans offre de relocalisation. Le contrat avec la subvention européenne Life+ se terminant fin septembre, les autorités ont décidé de ne pas renouveler leur partenariat avec l'association.  L'annonce surprend beaucoup les usagers. Constantin Petcou explique:

"En juin 2014  nous avons reçu un courrier qui demandait l'arrêt d'AgroCité avant le 31 août 2014 pour "des travaux en perspective" à l'horizon. En tant que partenaire coordonnateur, nous avons écrit un courrier pour avoir plus de détails et pour expliquer les objectifs et contrats du projet, sans réponse. Puis un deuxième courrier recommandé, toujours sans réponse et enfin un troisième"

Mais la mairie est claire. Le quartier de Fossés-Jean doit être renouvelé et la ville a besoin d'un parking provisoire. Jérome Desnard, chef de cabinet à la mairie de Colombes répond :

" La mairie et l'État ont prévu cet énorme projet de renouvellement urbain du quartier des Fossés-Jean,depuis 8 ans. Il coûte plusieurs dizaines de millions d'euros et demande de condamner provisoirement un parking. Le seul terrain disponible pour le remplacer étant celui alloué par la mairie précédente à l'association"

Pourtant, certains habitants expriment leurs doutes sur Médiapart :

" Nous souhaitons que le projet de parking de substitution soit installé ailleurs. Nous avons remarqué que plus de la moitié des parkings voisins restent vides et inoccupés. Pourquoi choisir d'installer un parking sur un terrain où nous travaillons à développer et protéger l'environnement et la biodiversité au cœur de la ville ? Nous sommes contre cette dépense d'argent et d'énergie qui gaspillerait l'argent du contribuable européen et cela, sans concertation ! Nous sommes pour l'installation convenable du parking sur d'autres terrains disponibles, sans dépenses ! "

Aucune proposition de relocalisation de R-Urban

Malgré les échanges de courriers et plusieurs réunion, le projet devrait prendre fin, le 30 septembre. La mairie communique depuis 3 mois, déjà, sur le futur parking. L'association propose pourtant de relocaliser R-Urban, comme, lors de la dernière réunion avec les élus et l'Europe, un des investisseurs du projet. Constantin Petcou, coordinateur du projet, détaille :

" AAA a repéré 25 terrains à Colombes et nous avons envoyé les détails à la mairie afin qu'elle vérifie s'il y a déjà un projet dessus et à partir de quelle date. La mairie n'a répondu que sur 15 terrains, en indiquant qu'ils sont tous occupés, mais sans nous dire lesquels ou pour combien de temps. Et en oubliant qu'ils se sont engagés à la Commission Européenne de "faciliter au mieux le déplacement et la relocalisation des unités du projet afin d'en assurer la dissémination et la réplication" » (citation du courrier de la Mairie et de la CE du 13/05/2015)

Pour la municipalité, ces propositions n'ont jamais existé. Jérôme Desnard, chef de Cabinet à Colombes explique :

"Le cabinet du maire n'a pas eu connaissance des 25 propositions de relocalisation et s'en est remis à l'avis des services techniques.Nous avons un problème de foncier et peu de terrains disponibles."

La relocalisation pourrait pourtant faire perdurer le projet, si elle est préparée à temps. AAA a notamment besoin de nouveau financement, comme le détaille Constantin Petcou, coordinateur de R-­Urban:

"Déménager prend entre 1 an et demi et 2 ans. Il faut trouver un terrain, déconstruire les bâtiments, les déplacer et les reconstruire. Tout cela coûte cher, probablement plus de 150.000 euros par bâtiments. Il faut, donc, trouver le financement et l'intégrer dans le budget. Il faut aussi adapter le projet au terrain et faire en sorte que les habitants se l'approprient"

Pour l'heure, AAA a lancé une pétition, adressée, notamment, au Ministre de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie et à la maire de Colombes, afin de conserver son terrain. Elle a, déjà, reçu 1.279 signatures en deux mois. Constantin Petcou, coordinateur de R­Urban, veut rester optimiste :

"On espère qu'ils vont se rendre compte du caractère exemplaire du projet dans cette époque de lutte contre la pollution et le changement climatique. C'est un projet qui fait aussi une bonne publicité à Colombes, en ayant été exposé et publié dans des dizaines de journaux, livres et expositions en France et à l'international. Il y a d'autres municipalités qui viennent s'inspirer, pour donner un meilleur cadre de vie aux citoyens qui les ont élus."

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Commentaires
a écrit le 05/10/2015 à 16:42 :
L’ancienne municipalité (2008-2014) a souscrit à un projet d’occupation temporaire de terrains en friche pour promouvoir l’écologie urbaine et le développement durable. Une convention a été signée en ce sens entre R-URBAN, la ville de Colombes et l’Union Européenne, laquelle prévoyait que ce terrain serait libéré à l’issue du projet, soit le 30 septembre 2015. Il est donc inexact de dire, et pire encore de laisser croire que cette date est une surprise.

Il est également important de souligner que ce terrain devait être libéré au 30 septembre 2015 parce qu’il est indispensable à la bonne réalisation des travaux programmés de rénovation urbaine du quartier des Fossés Jean.

En un mot, réduire les intentions de la municipalité pour ce terrain à un parking est juste mensonger et occulte volontairement le plus important : la rénovation urbaine.
Réponse de le 29/02/2016 à 13:05 :
La rénovation urbaine est aussi incompatible que ça avec une expérimentation comme cette ferme urbaine? Je ne pense pas. Si elle fonctionne et satisfait les habitants du territoire, pourquoi ne pas réfléchir à l'intégrer au projet de rénovation urbaine .... aahhh parceque le terrain devait être libéré pour le 15 septembre.... et on ne réfléchie pas en concertation, on ne consulte pas on fait ...!!!! Bravo.
a écrit le 15/09/2015 à 22:12 :
inadmissible !! a l'heure du bio, du climat et son evolution.... pourquoi toujours plus urbaniser ? je ne vous comprends pas Madame Gouetta !! Je pensais que vous étiez revenue en restant la même. Pour ça et beaucoup d'autres choses .... Grande déception !!
a écrit le 15/09/2015 à 12:23 :
Qui gèrera ce parking ?
Les copains de Vinci ou de Q-park ?!?
a écrit le 15/09/2015 à 11:19 :
Le bidule écolo machin coute une fortune en subventions a la mairie donc nos impôts,un parking rapportera de l'argent a la mairie.
Facile a comprendre non? Les politique ont trop l'habite de disposer de notre argent pour satisfaire le égo.
Réponse de le 15/09/2015 à 12:31 :
C'est vrai le bitume c'est tellement mieux que de l'herbe, on devrait raser tous les parcs de France pour faire des parkings.
Réponse de le 29/02/2016 à 13:07 :
Et combien il rapporte en terme de lien social ? ah pardon ... ça, ça ne rapporte rien ...!!!
a écrit le 15/09/2015 à 10:52 :
Ce parking permettra une renaissance économique et commerciale du quartier, à notre époque de refroidissement économique, c’est vital. Et puis ralentira l’exode urbain.
Réponse de le 15/09/2015 à 12:03 :
Si betonner etait la solution, l espagne serait la locomotive de l europe et la suisse ou l allemagne la lanterne rouge ...
Ca sent plutot le reglement de compte politique (jardin=ecolo=allie du PS de quoi faire voir rouge a un maire LR)

surtout qu apparement il y a d autre sparking non remplis a cote ...
Réponse de le 15/09/2015 à 18:37 :
Enfin, la moitié des parkings des Fossés Jeans sont déja vides ! pleins de foyers la bas n'ont ni les moyens d'avoir une voiture, ni celle de louer une honéreuse place de parking ;)
Surtout que le dit parking qui doit être construit n'est qu'un parking TEMPORAIRE pour soit disant pallier a la perte de place disponibles dans la cité lors de la démolition d'une barre.
a écrit le 15/09/2015 à 10:41 :
Ben oui après tout, pourquoi mettre des espaces verts à un endroit où on pourrait très bien mettre un parking ? Ce pays est vraiment à désespérer.

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