A Colombes, une ferme urbaine bientôt remplacée par un parking

Maud Sarano

Maud Sarano
Remplacer un jardin communautaire par un parking ? A deux mois de la COP21, la proposition peut dérouter. C'est pourtant ce qui risque d'arriver au projet R-Urban, à Colombes, une commune des Hauts-de-Seine située au nord-ouest de Paris et qui compte quelque 80.000 habitants. La mairie refuse de renouveler la convention qui la lie à Architecture Autogérée Autonome (AAA), l'association qui s'occupe du projet.
Le terrain municipal, où se trouve l'espace vert, doit être utilisé pour la construction d'un parking, dans le cadre de la rénovation urbaine du quartier Fossés-Jean, envisagée avec l'Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU). Ce parking, provisoire, serait utilisé pendant deux ans, avant de devenir un terrain vague, n'ayant pas de nouvelles affectations pour 2018.
Ce jardin est pourtant l'exemple type de projets locaux tournés vers le développement durable encouragés par le gouvernement. Tout commence en 2008, lorsque Constantin Petcou et Donia Petrescu, deux architectes fondateurs de l'association Atelier d'Architecture Autogérée (AAA), démarchent plusieurs communes pour implanter leur projet. Leur objectif était clair : l'autogestion, par ses habitants, d'un espace urbain délaissé pour amener tout à la fois plus de démocratie et plus d'écologie.
Colombes accepte le partenariat en 2009. Une agence pilote la mise en place des premières créations: "RecyLab" est dédié au recyclage et à la transformation des déchets pour l'éco-construction ; "AgroCité" met en place une agriculture urbaine autogérée, depuis 2012. L'« ECoHab », des logements et espaces collectifs, auto-construits en partie, devait conclure cette démarche. Mais cette facette de l'R-Urban ne pourra voir le jour, s'il doit quitter le terrain municipal où il est installé. Pourtant, aujourd'hui, 400 habitants participent régulièrement à la vie du jardin, une quarantaine vient quotidiennement et des collectifs ont vu le jour (apiculture, école de compostage, recyclage..) créant de l'emploi local.
L'association AAA a trouvé peu à peu des fonds. En 2010, un premier accord de financement est conclu avec la ville de Colombes. L'année suivante, R-Urban obtient une subvention européenne via le programme Life+, pour la gouvernance environnementale. En 2012 et en 2013, de nouvelles subventions viennent du Conseil régional d'Ile-de-France et du Conseil général des Hauts-de-Seine. Autant de soutiens qui rendent la décision de la mairie d'autant plus surprenante.
Chaque semaine des personnes de communes voisines, d'autres régions mais aussi d'autres pays (Allemagne, Grande Bretagne, Suède, etc.) viennent visiter l'Agrocité et le Recyclab pour prendre exemple sur R-Urban, modèle de nouvelle gestion urbaine et de transformation de la ville. Si exemplaire que même le quotidien anglais The Guardian s'est indigné de cette fermeture annoncée.
Chaque semaine, les enjeux clés de la transition écologique.

La communication est devenue difficile entre les élus et l'association depuis les élections de mars 2014. Nicolas Gouéta (LR) a retrouvé son siège, battant l'ex-maire socialiste Philippe Sarre, qui soutenait R-Urban. L'association AAA a très vite contacté la nouvelle mairie, moins intéressée par le projet. Constantin Petcou, coordonnateur du projet R-Urban précise :
En juin, la nouvelle autorité en place demande à R-Urban de quitter les lieux sans offre de relocalisation. Le contrat avec la subvention européenne Life+ se terminant fin septembre, les autorités ont décidé de ne pas renouveler leur partenariat avec l'association. L'annonce surprend beaucoup les usagers. Constantin Petcou explique:
Mais la mairie est claire. Le quartier de Fossés-Jean doit être renouvelé et la ville a besoin d'un parking provisoire. Jérome Desnard, chef de cabinet à la mairie de Colombes répond :
Pourtant, certains habitants expriment leurs doutes sur Médiapart :
Malgré les échanges de courriers et plusieurs réunion, le projet devrait prendre fin, le 30 septembre. La mairie communique depuis 3 mois, déjà, sur le futur parking. L'association propose pourtant de relocaliser R-Urban, comme, lors de la dernière réunion avec les élus et l'Europe, un des investisseurs du projet. Constantin Petcou, coordinateur du projet, détaille :
Pour la municipalité, ces propositions n'ont jamais existé. Jérôme Desnard, chef de Cabinet à Colombes explique :
La relocalisation pourrait pourtant faire perdurer le projet, si elle est préparée à temps. AAA a notamment besoin de nouveau financement, comme le détaille Constantin Petcou, coordinateur de R-Urban:
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Pour l'heure, AAA a lancé une pétition, adressée, notamment, au Ministre de l'Écologie, du Développement durable et de l'Énergie et à la maire de Colombes, afin de conserver son terrain. Elle a, déjà, reçu 1.279 signatures en deux mois. Constantin Petcou, coordinateur de RUrban, veut rester optimiste :
Maud Sarano