Automobile, aéro, spatial… EDF s’inspire d’autres industries pour redresser la filière nucléaire

En intégrant des bonnes pratiques venant de chez PSA, Airbus ou encore Naval Group, l'énergéticien veut démontrer sa capacité à allier qualité industrielle et efficacité du premier coup. EDF vise ainsi une baisse de coût de l'ordre de 30% pour la construction d'un EPR nouvelle génération.
Après 22 années passées chez PSA, Alain Tranzer pilote le plan Excell visant à sauver la filière nucléaire française.
Après 22 années passées chez PSA, Alain Tranzer pilote le plan Excell visant à sauver la filière nucléaire française. (Crédits : DR)

Alors que le plan de réorganisation Hercule, qui fait l'objet d'intenses tractations entre l'Etat et les autorités européennes, pourrait menacer le groupe EDF d'un démantèlement, l'énergéticien français planche en parallèle sur un tout autre plan. Le plan Excell. Dévoilé il y a presqu'un an en réponse au sévère rapport de Jean-Martin Folz sur les dérives de la filière nucléaire française, Excell vise à améliorer la fabrication des équipements et l'exécution des chantiers. Il est doté d'un budget de 100 millions d'euros.

Lire aussi : EDF présente son plan pour sortir la filière du nucléaire de l'impasse

Ce jeudi 15 septembre, EDF a fait un premier point d'étape devant la presse pour partager ses avancées, ses engagements et ses nouvelles méthodes de travail. L'échéance est proche : mi-2021, le groupe entend convaincre les autorités publiques de la construction de nouveaux modèles d'EPR (des EPR deuxième génération), plus simples, moins coûteux et surtout tirant les leçons du chantier de l'EPR de Flamanville (Manche), dont le coût et les délais de construction ont explosé.

Estimé à trois milliards d'euros lors de sa présentation il y a 16 ans, l'EPR de Flamanville devait initialement entrer en service en 2012. Selon les dernières estimations, le coût pourrait s'élever à 12,4 milliards d'euros tandis que le chargement du combustible est désormais prévu pour la fin 2022. La crise sanitaire, elle, n'aurait eu qu'un impact modéré sur les avancées du chantier.

Diviser par dix le nombre de reprises

C'est toute la filière nucléaire, troisième industrie en France avec quelque 220.000 emplois, qui est en jeu. Pour mener à bien ce vaste chantier, le PDG d'EDF Jean-Bernard Levy a recruté un ancien de PSA, Alain Tranzer, au poste de délégué général à la qualité industrielle et aux compétences nucléaires. "Le plan Excell n'est pas le plan d'EDF, c'est le plan de toute la filière nucléaire française", a insisté ce spécialiste de l'industrie automobile, qui a fait ses premiers pas dans le nucléaire le 29 avril dernier, en plein confinement.

Son objectif : diviser par au moins dix le nombre de reprises d'études et de fabrications sur un projet de nouvelle centrale par rapport à Flamanville. "C'est essentiel pour sécuriser les gains prévus en termes de coûts et de qualité pour toutes les nouvelles centrales que nous allons avoir, je l'espère, à construire", a-t-il souligné.

Pour y parvenir, ce coach nucléaire a articulé le plan de redressement autour de cinq axes : la gouvernance, la compétence, la fabrication, la supply chain et la standardisation, dans lesquels il a introduit des bonnes pratiques issues d'autres horizons.

"Notre industrie [le nucléaire, ndlr] n'est pas une industrie à part", assure-t-il. "Un certain nombre de bonnes pratiques pour conduire de très grands projets s'appliquent au nucléaire, en termes de gouvernance, de relations fournisseurs et en termes de standardisation", a-t-il poursuivi.

Un bonus pour les fournisseurs

En matière de gouvernance, par exemple, EDF veut opérer un changement de culture en s'inspirant des méthodes de Naval Group pour ses sous-marins, d'Airbus pour son A350 ou encore de PSA. L'idée, entre autres, est de garantir une maturité à 100% à chaque étape avant de passer à l'étape suivante en mettant en place une autorité indépendante de contrôle des grands projets.

Concernant ses relations avec les fournisseurs, EDF veut davantage  s'inscrire dans une logique partenariale et va mettre en place un mécanisme d'incitation financière, une sorte de bonus de manière à ce que les fournisseurs aient autant d'intérêt qu'EDF à terminer les chantiers dans les délais. "Si l'industriel fait mieux [que ce qui est prévu au contrat], il y aura une redistribution de ces surperformances", explique Alain Tranzer. L'énergéticien prévoit également de mettre en place un binôme métier/achat pour chaque contrat supérieur à 100 millions d'euros afin de le suivre de bout en bout. Une pratique courante dans les autres industries.

Standardiser et répliquer pour baisser les coûts de 30%

Autre axe de travail : la standardisation et la réplication. "C'est une levier majeur, auquel je crois énormément, pour dérisquer les projets en termes de coûts et de délais", assure-t-il. "Tous les industriels nous le disent, non seulement l'automobile, avec ses grandes séries, mais également Alstom ferroviaire, Airbus aviation, Airbus spatial, Naval Group, et même nos concurrents", développe-t-il. Selon lui, cette approche permettrait "de gagner 30% sur les délais d'ingénierie et 30% sur les coûts".

Pour illustrer ses propos, il donne un exemple concret : celui du Catalogue D'usage Obligatoire (le Cado dans le jargon) appliqué aux robinets. "Il y en a des milliers dans une nouvelle centrale nucléaire et les robinets c'est 40% des reprises de fabrication des équipements de Flamanville, hors soudures", souligne-t-il. L'objectif est de rationaliser ce catalogue, qui compte aujourd'hui plus de 13.300 références, en ne retenant que les robinets les plus fiables et les plus faciles à maintenir "en partant du vécu du parc" existant.

Un centre de formation pour une soudure zéro défaut

EDF entend étendre cette approche à dix familles d'équipements à l'horizon mi-2021 et également standardiser les méthodes et les outils. Selon Alain Tranzer, cette approche pourrait être extrêmement utile pour le soudage, qui fait l'objet d'un "mini plan Excell à lui tout seul". 316.000 soudures doivent être réalisées lors de la construction d'une nouvelle centrale et l'objectif est "de souder bien du premier coup avec zéro défaut", explique Marjorie Hazeveld, en charge de ce plan. Pour y parvenir, EDF va notamment créer une centre d'excellence à Cherbourg. Il délivrera sa première formation mi-2021 et sera pleinement opérationnel en 2022, avec pour objectif de former 100 personnes par an.

Reste désormais à mettre rapidement en musique cette nouvelle partition.

"Nous avons mangé notre pain blanc. Faire le diagnostic et prendre les décisions c'est le plus facile. C'est 10% du boulot. La phase que nous avons devant nous représente 90% du boulot. Il faut désormais exécuter de manière rigoureuse les décisions qu'on a prises sur tous les terrains de jeux et vérifier qu'on obtient les résultats escomptés à mi-2021", reconnaît l'ancien cadre de PSA.

L'urgence de délivrer

"Mi-2021, c'est le moment où on a prévu de remettre l'offre engageante d'EPR 2. C'est le moment où on veut prouver qu'on a raison de nous faire confiance parce qu'on a obtenu déjà des résultats visibles sur notre capacité à délivrer les futures centrales qu'on voudra bien nous commander", a expliqué Alain Tranzer. Pour lui, Excell rime avec vitesse. "Je ne crois pas au changement lent. Le changement il est rapide ou il n'est pas. Et il y a urgence à délivrer des résultats concrets, visibles, sur le terrain", a-t-il conclu.

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Commentaire 1
à écrit le 16/10/2020 à 9:05
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C'est bien plus raisonnable en effet plutôt que de copier l'obscurantisme agro-industriel, vous n'êtes pas aussi influents !

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