Ramachadran Gopalan, le patron de l'usine chimique Tuticorin Alkali Chemicals implantée dans l'état indien du Tamil Nadu est clair. S'il a fait appel aux services de Carbon Clean Solutions (CCSL) pour capturer le CO2 en sortie de la centrale à charbon qui jouxte son usine, ce n'est pas par souci de l'environnement. Non, c'est pour s'assurer un approvisionnement fiable et peu coûteux en dioxyde de carbone, matière première indispensable à ses activités de chimiste. En effet, le solvant mis au point par les deux jeunes chimistes fondateurs de la startup permet de séparer les molécules dans un flux de gaz pour un coût environ deux fois inférieur à celui des technologies aujourd'hui en vigueur. Il fait l'objet d'un brevet et le modèle économique de CCSL repose sur la vente de licence.
Cette première application mondiale de leur procédé à échelle industrielle n'a pas séduit que le patron de Tuticorin Alkali Chemicals, qui, grâce aux 60 000 tonnes capturées, opère désormais sans aucune subvention une usine quasiment neutre en CO2. CCSL, née en Inde il y a 8 ans mais aujourd'hui basée en Angleterre où elle bénéficie d'une bourse de l'Imperial College et du statut « entrepreneur », a également été repérée par Veolia.
« Il y a deux parties dans le captage et l'utilisation de CO2 (CCU) », rappelle Yohann Clere, responsable Open Innovation du groupe. Et, si de nombreuses startups travaillent sur la valorisation du CO2, qui pourra bientôt « se transformer en plastique, matériaux de construction ou encore carburants », c'est sur l'amont, à savoir le captage, qu'est positionnée CCSL. « Alors que tout le monde attend un prix élevé du carbone ou un durcissement de la réglementation, cette technologie, qui revient à un coût de 30 à 40 euros la tonne de CO2 capturée contre au moins 70 euros pour les autres méthodes (lavage aux amines, purification par membrane ou cryogénie), permet d'agir dès maintenant. »
De nombreux industriels (parmi lesquels de grands comptes de Veolia) utilisent le CO2 comme matière première. La plupart du temps, ils se le font livrer sous forme liquéfiée par camions citernes, alors même que certains équipements de leur site émettent du dioxyde de carbone, à commencer par les centrales thermiques. D'où l'idée de leur proposer le principe récemment validé en Inde : capturer le CO2 sur site et le ré-injecter directement dans leurs process industriels. C'est dans cette perspective qu'a été signé entre Veolia et CCSL un partenariat stipulant un droit d'exclusivité sur les principales cibles commerciales. Avec l'objectif de développer en quatre ans au moins deux projets similaires à celui du Tamil Nadu, qui représente un chiffre d'affaires de 3 millions de dollars. A terme, CCSL estime que sa technologie pourrait permettre d'absorber et valoriser de 5 à 10% des émissions mondiales.
C'est donc ensemble que Johann Clere et les fondateurs de CCSL sont actuellement en tournée en Chine afin de proposer leur solution aux clients industriels asiatiques du groupe. Les collectivités, autres grands clients de Veolia, pourraient également se montrer intéressées.
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Dans un deuxième temps, ils ne s'interdisent pas de démarcher d'autres utilisateurs de CO2. D'ailleurs, Veolia s'intéresse aussi à la partie aval, l'utilisation du CO2, qui pourrait représenter en 2030 un marché de 800 milliards de dollars.
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Même si le marché du CCS (captage et stockage du CO2), qui avait vu éclore de nombreux projets il y a quelques années, se mue peu à peu en un marché du CCU (Captage et utilisation du CO2), dans lequel le stockage géologique est remplacé par la valorisation du dioxyde de carbone ce qui en accroît la rentabilité, il n'en nécessite pas moins une baisse des coûts du captage telle que celle permise par CCSL, pour enfin décoller.
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