A cheval entre les départements de la Meuse et de la Haute-Marne, c'est un projet aussi gigantesque que controversé qui pourrait bientôt voir le jour. Un complexe industriel immense qui mobiliserait plus de 700 hectares en surface, l'équivalent de 1.000 terrains de football... et bien plus en sous-sol. Baptisé Cigéo, ce centre de stockage en couche géologique profonde consisterait à enfouir, à 500 mètres sous terre, quelque 80.000 mètres cube de déchets nucléaires à haute et moyenne activité - dont certains resteront radioactifs pendant des millions d'années.
De quoi permettre d'enterrer, en même temps que ces substances issues des 56 réacteurs nucléaires français, le dossier épineux de leur dangerosité - avant que le pays ne puisse se passer de cette source d'énergie ? Si l'on en croit le pilote du projet, l'Andra (Agence nationale de gestion des déchets radioactifs), la réponse est oui : les générations futures n'auront « plus à s'en soucier », fait-elle valoir. La promesse a de quoi séduire...
Reste que de nombreux opposants, riverains ou non, se battent corps et âmes contre son autorisation. « Celle-ci dépendra de beaucoup de choses », explique Patrice Torres, directeur des opérations industrielles et directeur du Centre de Meuse/Haute-Marne de l'Andra. Y compris des résultats d'une enquête indépendante, officiellement lancée le 15 septembre. Composée de cinq membres nommés par le tribunal administratif de Nancy, elle doit permettre d'y voir plus clair sur l'éventuelle utilité publique de Cigéo. Une reconnaissance qui permettrait à l'Andra d'acquérir les 120 hectares restants qui lui sont nécessaires... si besoin par expropriation. Avant une mise en service prévue vers l'année 2035, et la réception à l'échelle industrielle des déchets les plus dangereux d'ici à 2080.
« Aujourd'hui, nous ne sommes plus dans la construction du projet, mais dans sa phase finale : il s'agit de le valider ou de ne pas le valider », a précisé le président de la commission d'enquête, Claude Bastien, retraité, lors d'un point presse à Bar-le-Duc (Meuse) le mardi 14 septembre.