Cartographie des compétences, communication auprès des étudiants, lobbying à Bruxelles, préparation du salon international WNE... Le groupement des industriels français de l’énergie nucléaire mène de front plusieurs grands chantiers pour permettre à la filière de mettre en service six nouveaux EPR d'ici à 2035. Une préparation qui se fait à marche forcée sans attendre la décision de l'Etat en la matière.Pour le Gifen, le syndicat professionnel de l'industrie nucléaire française, un scénario énergétique sans recours à l'atome civil, et donc uniquement basé sur les renouvelables, n'est pas une option. C'est pourtant une des pistes étudiée par RTE, le gestionnaire du réseau de transport d'électricité à haute tension. En janvier dernier, dans un rapport mené conjointement avec l'Agence internationale de l'énergie (AIE), le gestionnaire a ainsi estimé qu'un scénario 100% énergies renouvelables était techniquement possible en France à l'horizon 2050.
"Un scénario avec zéro nucléaire est totalement illusoire, rétorque Cécile Arbouille, la déléguée générale du Gifen. Un tel scénario aurait un impact direct sur nos modes de vie car l'électricité se stocke toujours mal et les énergies renouvelables sont intermittentes", précise-t-elle, en rappelant que "RTE doit se prononcer à l'automne prochain sur les impacts environnementaux, économiques et sociétaux de ce scénario."
Alors que la décision de lancer, ou non, un nouveau programme nucléaire en France n'interviendra qu'en 2023 (après la mise en service de l'EPR de Flamanville, prévue fin 2022), le syndicat professionnel est déjà dans les starting-blocks pour permettre à la filière de mettre en service six nouveaux EPR d'ici à 2035 afin de remplacer une partie des réacteurs anciens qui seront définitivement arrêtés.
Se préparer indépendamment de la décision de l'Etat
"Le nucléaire est une filière de temps long. Si la décision est prise dans 18 mois, il ne sera pas trop tard, mais plus on attend, moins c'est optimisé. Quoi qu'il en soit, nous nous préparons indépendamment de la décision de l'Etat",explique Cécile Arbouille.
Le premier grand chantier pour la filière consiste à s'assurer que toutes les compétences seront au rendez-vous, alors qu'elle peine aujourd'hui à recruter sur une dizaine de métiers en tension. "Ce ne sont pas forcément des métiers propres au nucléaire, mais des métiers recherchés dans toute l'industrie", précise la déléguée générale. Parmi eux : électriciens industriels, chaudronniers, mécaniciens spécialistes des machines tournantes ou encore soudeurs.
Juliette Raynal avec Marine Godelier