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ClimatEnergie & Environnement

Eau de Paris: "Sept ans après la remunicipalisation, nous avons atteint l'âge de raison"

Photo de Giulietta Gamberini

Propos recueillis par Giulietta Gamberini

Publié le 12 juillet 2017 à 05:45 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 02:12

réservoir Passy

réservoir Passy

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L'établissement public qui, depuis 2010, a repris en main la distribution de l'eau aux Parisiens, a montré qu'il savait "concilier performance économique, sociale et écologique", estime Benjamin Gestin, qui le dirige depuis décembre. La régie investit aussi dans son avenir: notamment dans l'entretien du réseau et d'un patrimoine conçu au 19e siècle, ainsi que dans l'intégration des nouvelles technologies .

LA TRIBUNE - Créée en 2009 en tant qu'établissement public à caractère industriel et commercial (Epic), Eau de Paris, régie autonome de la ville de Paris, gère la distribution de l'eau dans la capitale depuis 2010. Quel est le bilan de ces sept années d'activité?

BENJAMIN GESTIN - J'aime souligner que nous avons désormais atteint "l'âge de raison". Les débuts n'ont en effet pas été des plus faciles. Née d'un conflit entre la ville de Paris et ses délégataires Suez et Veolia, à qui l'on reprochait une gestion insuffisamment transparente et des marges trop élevées, Eau de Paris a en effet, dès 2010, voulu marquer la remunicipalisation du service de l'eau par une baisse du prix de 8%. Ce prix, gelé jusqu'en 2015, puis relevé de 1% en 2016 et de 0,8% en 2017, reste encore aujourd'hui nominalement inférieur à celui de 2010, malgré une légère inflation. En même temps, la consommation a pourtant continué de baisser, alors que l'opération de remunicipalisation a coûté pas moins de 30 millions d'euros. De 2010 à 2013, il a donc parfois été difficile de payer les factures.

Mais à présent, la période de constitution de la régie est terminée. En 2016, nous avons produit 44 millions d'euros de bénéfices, entièrement réinvestis dans le service public de l'eau. Plus de 80% de nos besoins sont aujourd'hui autofinancés -le reste atteignant à des réserves. Nous avons planifié 450 millions d'euros d'investissements sur la période 2015-2020: soit, en moyenne, 75 millions par an, à savoir presque la moitié des 167 millions de nos recettes directes, issues de la vente d'eau aux usagers parisiens. Les fondamentaux économiques de l'entreprises sont donc plutôt bons. En sept ans, nous avons par ailleurs su reprendre des métiers que la ville de Paris n'exerçait plus depuis trente ans, et nous avons appris à connaître notre vaste patrimoine.

Sur quoi portent ces investissements?

Le principal chapitre, à savoir 25% de l'enveloppe, est représenté par l'entretien du réseau. Nous en renouvelons chaque année de 0,6% à 0,8%. L'objectif principal est d'améliorer le taux de rendement, la part de l'eau produite qui est facturée au consommateur. De 90%, ce taux est déjà supérieur à la moyenne nationale (80%). Mais nous voudrions atteindre 92% en 2020.

Puisque nous n'avons pas d'actionnaires à qui verser des dividendes, nous pouvons aussi investir sur un autre chantier à très long terme: l'entretien de notre patrimoine. Eau de Paris bénéficie en effet encore d'un système (usines élévatoires, réservoirs et réseau incliné...) conçu par des visionnaires du 19e siècle, et qui permet de prélever des nappes phréatiques et des rivières, puis de stocker et transporter chaque jour 150.000 mètres cubes d'eau sans recours à l'électricité ou à l'énergie fossile. Préserver ce patrimoine est en quelque sorte innover.

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Quelle place réservez-vous justement à l'innovation proprement dite?

C'est l'un des autres grands chapitres de notre politique d'investissement, notamment en ce qui concerne le traitement de l'eau. Nous ne pouvons nous permettre aucun incident sur l'approvisionnement de nos 3 millions d'usagers! La Société anonyme de gestion des eaux de Paris (SAGEP) [ancêtre d'Eau de Paris, Ndlr] a d'ailleurs innové dans ce domaine dès les années 1990-2000: elle a été la première régie publique à utiliser la technique  membranaire. Mais, avec l'émergence continue de nouveaux polluants et l'accumulation des pollutions durables, telles celle agricole, le défi est permanent. 70 de nos agents travaillent en permanence sur la recherche sanitaire, et nous modernisons nos équipements tous les huit ans. L'année dernière, nous avons par exemple investi 30 millions d'euros dans notre usine d'Orly pour mettre en place un nouveau procédé de traitement permettant de mieux absorber les micro-polluants.

L'innovation porte aussi sur la numérisation de nos services. Paris a été la première ville à installer des compteurs de télé-relève: 94.000, qui devront être rénovés avant 2020. Ce sera l'occasion de moderniser également la technologie de comptage, désormais en temps réel, qui sera intégrée à celle de télé-relève. Les nouveaux compteurs installés dans le réseau sont en outre de plus en plus multi-paramètres et connectés. Le prochain défi est donc de moderniser l'organisation, l'archivage puis l'exploitation de ces données, notamment afin de mieux anticiper les risques, mais aussi d'accroître notre performance. Nous comptons toutefois nous engager dans ce processus progressivement, afin de maîtriser chaque étape de la chaîne: en achetant éventuellement des solutions, mais sans nous appuyer intégralement sur des délégataires. Et nous ne comptons pas remplacer massivement les hommes par les machines.

(Benjamin Gestin, directeur général d'Eau de Paris. Photo : Sacha Lenormand)

Vous insistez sur votre "gestion durable" de l'eau. En quoi consiste-t-elle?

Nous dépendons de cette ressource et agissons afin de la préserver. Cela implique tout d'abord de protéger les 240.000 hectares d'aires sensibles qui entourent nos sources. Nous en promouvons un usage agricole bio. Mais, tout en étant propriétaires de la grande partie de ces terrains, nous ne disposons souvent pas de moyens de contrainte, en raison de l'ancienneté des baux ruraux. Nous misons donc surtout sur les partenariats avec les acteurs locaux (collectivités locales, associations, etc.) afin d'impulser la transition. Nous recourons à cette même démarche partenariale afin de préserver la biodiversité autour de nos installations, notamment des aqueducs.

Nous nous inquiétons toutefois aussi de notre propre empreinte écologique. L'eau consacrée au nettoyage de la voirie et à l'arrosage, pompée en Seine ou dans le canal de l'Ourcq, est non potable, donc plus simple à traiter. En 2016, nous sommes parvenus à réduire notre consommation énergétique de 12% et nos émissions de gaz à effet de serre de 15% par rapport à 2004. La même année, nous avons consommé 95% d'énergie renouvelable, et nous en avons même produit grâce à la valorisation des boues issues du traitement de l'eau et à l'installation de panneaux photovoltaïques sur les toits de nos usines. Nous venons par ailleurs de mettre en service une centrale géothermique dans le quartier Clichy-Batignolles, qui utilise la chaleur de l'eau de la nappe de réserve de crise de l'Albien. Ele permettra de satisfaire 75% des besoins énergétiques de cette nouvelle zone d'aménagement concerté (ZAC).

Vous êtes néanmoins suspendu aux aléas du changement de la majorité municipale...

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Rien ne peut en effet être exclu, puisque nos statuts peuvent être modifiés par le Conseil de Paris. Mais, ce qui nous protège, c'est que nous sommes parvenus à nous ériger en exemple positif de gestion publique moderne, en conciliant performance économique, sociale et écologique.

Propos recueillis par Giulietta Gamberini

Propos recueillis par Giulietta Gamberini

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