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ClimatEnergie & Environnement

Eau : un an après Irma, Saur remplace Veolia à Saint-Martin

Photo de Giulietta Gamberini

Giulietta Gamberini, à Saint-Martin

Publié le 14 décembre 2018 à 05:15 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:11

Usine de dessalement à Saint-Martin

Usine de dessalement à Saint-Martin

Giulietta Gamberini

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Le groupe français vient de remporter la délégation des services publics de production et de distribution de l'eau potable ainsi que d'assainissement dans l'île de Saint-Martin, dont Veolia a souhaité sortir de manière anticipée. Il espère faire de ce contrat l'une des vitrines de sa stratégie de développement, soutenue par son tout nouvel actionnaire de contrôle : le groupe d'investissement suédois EQT.

Toits arrachés, immeubles éventrés, bateaux renversés. Plus d'un an après Irma, quelques heures dans l'île suffisent pour le constater : les vestiges de l'ouragan sont encore là. Le président du Conseil territorial de Saint-Martin, Daniel Gibbs, le confirme d'ailleurs : pour des raisons financières comme logistiques, moins de 50% du parc public et privé a depuis été reconstruit.

Mais, en matière d'eau, cette fin d'année marque une nouvelle étape. Depuis le 1er décembre, un nouveau concessionnaire gère pour la collectivité d'outre-mer les services publics de production et de distribution de l'eau potable ainsi que d'assainissement : le groupe Saur. Le troisième opérateur français du secteur remplace ainsi Veolia qui, via deux contrats détenus par deux de ses filiales, gérait auparavant l'ensemble de ces services. Le géant français avait déjà annoncé avant Irma son intention de quitter progressivement la région. Alors que ses délégations de service public devaient durer jusqu'en 2020, il a préféré signer un accord de sortie anticipée, explique l'Établissement de l'eau et de l'assainissement de Saint-Martin (EEASM).

Des taux de rendement et d'impayés à améliorer

Le contrat souscrit par Saur l'engage à plusieurs améliorations du service considérées comme essentielles par la collectivité afin d'accompagner la relance de l'île. Dès le mois de janvier, l'objectif est de mettre à jour les fichiers clientèle et les inventaires patrimoniaux, aujourd'hui incomplets. Le rendement du réseau, actuellement de 57% (contre 63,5% en 2016), devra atteindre 72% en 2020 et 80% en 2028. L'eau potable économisée pourra ainsi être utilisée pour répondre aux besoins des hôtels encore non raccordés, que la collectivité espère convaincre à abandonner des pratiques illégales de dessalement autonome par des tarifs au mètre cube plus raisonnables (8,40 euros contre 15 actuellement).

Quant au taux d'impayés, de 20%, l'enjeu est de le faire descendre à 5% avant la fin du contrat, tout en améliorant l'image du service de l'eau vis-à-vis des consommateurs. Saur prévoit 1,4 million d'investissement en 2019, pour un chiffre d'affaires de 9 millions d'euros (qui devraient devenir 11 millions en 2028).

L'usine de dessalement d'eau de mer de la partie française de l'île, construite par Veolia il y a 12 ans et gravement endommagée par Irma, doit en outre d'abord être redigitalisée, puis progressivement modernisée. L'objectif est de parvenir à couper par deux la consommation énergétique du processus d'osmose inverse, aujourd'hui de 4,5 kW par mètre cube, qui coûte quelque 800.000 euros par an. EEASM, à qui reste la charge de ces investissements, compte sur des économies de 150.000 à 200.000 euros annuels d'ici trois ans.

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Conquête commerciale et proximité avec le client

Pour Saur, ce nouveau contrat est un nouveau pion dans la stratégie de redéveloppement que le groupe, après avoir traversé d'importantes difficultés en 2013, a élaboré depuis 2017, et qui devrait lui permettre de multiplier par 1,5 son chiffre d'affaires actuel (1,3 milliard) en atteignant 2 milliards d'euros en 2022.

Recentré sur les métiers de l'eau depuis la cession de Coved à Paprec l'année dernière, il souhaite aujourd'hui s'étendre géographiquement, en conquérant de nouveaux marchés en France comme à l'international. Saint-Martin vient notamment compléter l'offre aux Antilles du groupe, déjà présent depuis les années 80 en Guadeloupe et en Martinique, ainsi qu'à Saint-Barthélémy depuis 2013 dans la distribution d'eau potable et depuis avril 2018 (à la place de Veolia, qu'ici aussi a anticipé sa sortie du contrat) dans l'assainissement -services qu'il a donc dû rapidement restaurer après Irma.

« Saint-Martin était la seule expansion commerciale possible dans la région jusqu'en 2023, car avant cette date il n'y aura plus de marchés publics en sortie »,explique Christophe Pinardaud, directeur régional Antilles, en laissant aussi entendre qu'après cette date le groupe convoite le contrat de production d'eau potable de Saint-Barthélémy, dans les mains de Veolia encore pour plus de quatre ans.

Sans compter que pour l'entreprise, dont la résilience se fonde justement sur la multiplication de contrats dont aucun ne représente plus de 2% du chiffre d'affaires global, celui avec Saint-Martin fera ainsi désormais partie des plus gros.

Un « investisseur industriel » comme nouvel actionnaire

Ce contrat sera aussi l'occasion d'éprouver deux autres axes de sa stratégie de développement : la mise en avant d'une « culture client » - vis-à-vis des collectivités comme des consommateurs - censée découler d'un modèle historiquement orienté vers les petites et moyennes municipalités, ainsi que celle de son « excellence de l'exploitation ». Saint-Martin sera notamment intégré aux système des "centres de pilotage opérationnel" (COP) de Saur : des tours de contrôle qui centralisent les données collectées par les capteurs des réseaux, pilotent les interventions en temps réel et permettent d'anticiper d'éventuels incidents. Saur prévoit également le déploiement d'autres technologies, comme la télé-relève des compteurs et l'écoute acoustique des conduits.

Pour la mise en œuvre de ce contrat comme pour le déploiement de l'ensemble de sa stratégie, le groupe français peut compter sur le soutien de son tout nouvel actionnaire de contrôle, le fonds d'investissement EQT. Annoncée en juin, l'opération vient tout juste d'être finalisée. Le fonds suédois, qui réalise ainsi son premier investissement dans les infrastructures en France, se présente comme un « investisseur industriel » donnant la priorité à « la croissance et au développement opérationnel » de ses entreprises.

Il affirme donc être prêt à soutenir financièrement Saur dans les acquisitions de sociétés qui pourraient lui permettre d'avancer dans sa conquête commerciale ou de renforcer ses capacités d'innovation - dans le sillon des trois déjà réalisées entre 2017 et 2018 : de la startup française ImaGeau, des actions lui permettant de contrôler l'espagnole Emalsa et de l'entreprise occitane Alliance environnement.

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EQT souligne également la valeur ajoutée de son modèle de gouvernance, intégrant le conseil d'industriels expérimentés dans les secteurs couverts par ses investissements, ainsi que de la possibilité de transferts de connaissances et de synergies avec d'autres sociétés de son porte-feuille. La recette a jusqu'à présent permis au chiffre d'affaires de ses pupilles d'atteindre une croissance moyenne de 35%, qui se maintient à 9% cinq ans après le retrait du fonds. EQT est confiant qu'elle fonctionnera aussi pour Saur.

Giulietta Gamberini, à Saint-Martin

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