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ClimatEnergie & Environnement

EDF se prépare à conjuguer l’autoconsommation au pluriel

Photo de Dominique Pialot

Dominique Pialot

Publié le 07 juin 2017 à 14:53 - Mis à jour le 07 juin 2017 à 14:55

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Alors que son offre individuelle devrait bénéficier du nouveau cadre réglementaire, le groupe se donne 18 à 24 mois avant de lancer son offre d’autoconsommation collective, pourtant encadrée par la loi du 26 février dernier.

Annoncée il y a un an comme une première et avant même la sortie des décrets correspondant, l'offre d'autoconsommation d'EDF énergies nouvelles (EN) « Mon soleil et moi » a séduit depuis 1.700 foyers logés dans des maisons individuelles. C'est plus que la feuille de route, qui en visait 1.000, mais cela ne représente que 12% d'un marché hexagonal chiffré par Enedis à 14.000 raccordements. Et c'est le fruit de 12.000 visites à domicile par quelque 70 conseillers solaires. Des visites, tient à souligner Antoine Cahuzac, le directeur exécutif groupe EDF en charge des énergies renouvelables, qui ne sont pas du démarchage proactif mais résultent au contraire des 120 000 demandes de renseignement déposées sur le site de l'entreprise. Il faut dire que le sujet du démarchage abusif, souligné il y a quelques jours seulement par le médiateur de l'énergie, est particulièrement sensible.

Depuis le lancement de l'offre, le cadre réglementaire a été précisé, et les ménages optant pour l'autoconsommation bénéficient d'une prime de 1.200 euros pour une installation de 3 KWh. Envisagée initialement à 2.100 euros, elle représente 10% de l'investissement consenti. Autre nouveauté : un tarif de rachat fixé à 10 centimes par kWh a également été défini pour le surplus de production que les clients peuvent injecter sur le réseau.

Tendance sociétale plus qu'appât du gain

Nicolas Couderc, directeur des activités France et énergies réparties d'EDF Energies nouvelles, l'affirme : les motivations des clients ont évolué. Désormais, c'est d'abord le souhait de devenir « consom'acteur » en consommant l'énergie produite soi-même (l'économie du potager), d'abaisser sa facture en couvant environ  60% de ses besoins en électricité, et de contribuer à l'effort collectif de réduction des gaz à effet de serre en consommant une énergie décarbonée. Il ne s'agit plus d'une opération financière comme à l'époque des tarifs de rachat et des abus qui ont conduit au moratoire de 2010/2011. C'est pourquoi EDF ne leur parle pas de retour sur investissement, mais d'optimisation de leur taux d'autoconsommation et de couverture de leurs factures. Pour autant, il faut compter environ la moitié de la durée de vie des  installations (de 20 à 25 ans) pour rentrer dans ses frais, et 40% des clients ont recours à la solution de financement proposée par EDF et son partenaire Domofinance.

« Les modules solaires utilisés par EDF, fabriqués par le Français Photowatt (devenu propriété de l'opérateur en 2011 à la demande de l'Etat), ne sont pas les moins chers du marché, reconnaît Antoine Cahuzac. Mais nous les avons qualifiés car nous sommes sûrs de leur qualité, et ce sont ceux dont l'impact carbone est le plus léger. » Un argument surtout valable pour les appels d'offres dans le solaire commercial, mais appréciés également par les clients adeptes du « made in France ».

Encore peu de batteries installées

A l'inverse de ce qui se pratique en Allemagne, où l'on compte pas moins de 50.000 habitations équipées de panneaux solaires en autoconsommation assortis de solutions de stockage, les batteries proposées en option dans l'offre « Mon soleil et moi » ont séduit moins de 10% des clients. « Elles ne sont efficaces que pour quelques heures », rappelle Antoine Cahuzac, qui relativise leur capacité à modifier sensiblement la donne.

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Confortée par ce qu'elle considère un succès sur le marché de l'autoconsommation individuelle, EDF EN, qui espère atteindre 3.000 ventes la deuxième année grâce à la publication des décrets, annonce maintenant une offre dédiée à l'autoconsommation collective, baptisée... « Notre soleil et nous ». Autorisée par la loi du 26 février 2017, celle-ci ne concerne encore que les points de soutirage et d'injection situés en aval d'un même compteur, donc au sein d'un même immeuble ou du même îlot de bâtiments.

Deux ans pour tester les différents cas de figure

Mais ce nouveau cadre ne suffit pas à résoudre tous les défis techniques et juridiques posés par le partage entre plusieurs consommateurs d'une électricité produite par une installation unique. Cela exige notamment des dispositifs de comptage intelligent (ce qui devrait être facilité par le déploiement du compteur Linky, comme ne manque pas de le souligner Enedis), de créer une structure juridique unique regroupant producteurs et consommateurs sous la forme d'une personne morale et d'optimiser l'autoconsommation à l'échelle de l'immeuble ou des différents bâtiments concernés, qui peuvent regrouper à la fois des habitations, des bureaux et des commerces.

C'est pourquoi EDF EN lance une phase expérimentale d'une vingtaine de projets avant de passer à l'industrialisation de cette offre prévue pour fin 2018 ou début 2019. Une période de latence identique à celle annoncée par Enedis récemment. Même si, précise Antoine Cahuzac, « nous ne nous intéressons pas aux mêmes aspects du sujet, et nos offres sont complémentaires ».

La rémunération des réseaux en question

Autre sujet en suspens actuellement en cours de discussion à la Commission de régulation de l'énergie (CRE) le niveau d'un TURPE (tarif d'utilisation des réseaux publics d'électricité, qui constitue 90% des recettes d'Enedis), autoconsommation permettant à ces clients d'avoir une moindre contribution au financement des réseaux que les consommateurs les utilisant pour 100% de leur consommation. « Trop élevé, il pourrait soit freiner l'autoconsommation, soit favoriser le développement de réseaux privés. »

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Pendant ce temps, en Allemagne, des autoconsommateurs équipés de panneaux solaires et de batteries s'échangent leur production au sein de communautés. S'ils ne peuvent pas encore s'affranchir du réseau, ils peuvent en revanche recourir gratuitement à un complément d'électricité verte, achetée par l'animateur de la communauté grâce à la valorisation de l'agrégation des capacités de stockage de ses adhérents sur le marché de capacité. Un schéma totalement inimaginable aujourd'hui en France...

Dominique Pialot

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