EDF se prépare à conjuguer l’autoconsommation au pluriel

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Confortée par ce qu'elle considère un succès sur le marché de l'autoconsommation individuelle, EDF EN annonce maintenant une offre dédiée à l'autoconsommation collective
Confortée par ce qu'elle considère un succès sur le marché de l'autoconsommation individuelle, EDF EN annonce maintenant une offre dédiée à l'autoconsommation collective (Crédits : EDF ENR)
Alors que son offre individuelle devrait bénéficier du nouveau cadre réglementaire, le groupe se donne 18 à 24 mois avant de lancer son offre d’autoconsommation collective, pourtant encadrée par la loi du 26 février dernier.

Annoncée il y a un an comme une première et avant même la sortie des décrets correspondant, l'offre d'autoconsommation d'EDF énergies nouvelles (EN) « Mon soleil et moi » a séduit depuis 1.700 foyers logés dans des maisons individuelles. C'est plus que la feuille de route, qui en visait 1.000, mais cela ne représente que 12% d'un marché hexagonal chiffré par Enedis à 14.000 raccordements. Et c'est le fruit de 12.000 visites à domicile par quelque 70 conseillers solaires. Des visites, tient à souligner Antoine Cahuzac, le directeur exécutif groupe EDF en charge des énergies renouvelables, qui ne sont pas du démarchage proactif mais résultent au contraire des 120 000 demandes de renseignement déposées sur le site de l'entreprise. Il faut dire que le sujet du démarchage abusif, souligné il y a quelques jours seulement par le médiateur de l'énergie, est particulièrement sensible.

Depuis le lancement de l'offre, le cadre réglementaire a été précisé, et les ménages optant pour l'autoconsommation bénéficient d'une prime de 1.200 euros pour une installation de 3 KWh. Envisagée initialement à 2.100 euros, elle représente 10% de l'investissement consenti. Autre nouveauté : un tarif de rachat fixé à 10 centimes par kWh a également été défini pour le surplus de production que les clients peuvent injecter sur le réseau.

Tendance sociétale plus qu'appât du gain

Nicolas Couderc, directeur des activités France et énergies réparties d'EDF Energies nouvelles, l'affirme : les motivations des clients ont évolué. Désormais, c'est d'abord le souhait de devenir « consom'acteur » en consommant l'énergie produite soi-même (l'économie du potager), d'abaisser sa facture en couvant environ  60% de ses besoins en électricité, et de contribuer à l'effort collectif de réduction des gaz à effet de serre en consommant une énergie décarbonée. Il ne s'agit plus d'une opération financière comme à l'époque des tarifs de rachat et des abus qui ont conduit au moratoire de 2010/2011. C'est pourquoi EDF ne leur parle pas de retour sur investissement, mais d'optimisation de leur taux d'autoconsommation et de couverture de leurs factures. Pour autant, il faut compter environ la moitié de la durée de vie des  installations (de 20 à 25 ans) pour rentrer dans ses frais, et 40% des clients ont recours à la solution de financement proposée par EDF et son partenaire Domofinance.

« Les modules solaires utilisés par EDF, fabriqués par le Français Photowatt (devenu propriété de l'opérateur en 2011 à la demande de l'Etat), ne sont pas les moins chers du marché, reconnaît Antoine Cahuzac. Mais nous les avons qualifiés car nous sommes sûrs de leur qualité, et ce sont ceux dont l'impact carbone est le plus léger. » Un argument surtout valable pour les appels d'offres dans le solaire commercial, mais appréciés également par les clients adeptes du « made in France ».

Encore peu de batteries installées

A l'inverse de ce qui se pratique en Allemagne, où l'on compte pas moins de 50.000 habitations équipées de panneaux solaires en autoconsommation assortis de solutions de stockage, les batteries proposées en option dans l'offre « Mon soleil et moi » ont séduit moins de 10% des clients. « Elles ne sont efficaces que pour quelques heures », rappelle Antoine Cahuzac, qui relativise leur capacité à modifier sensiblement la donne.

Confortée par ce qu'elle considère un succès sur le marché de l'autoconsommation individuelle, EDF EN, qui espère atteindre 3.000 ventes la deuxième année grâce à la publication des décrets, annonce maintenant une offre dédiée à l'autoconsommation collective, baptisée... « Notre soleil et nous ». Autorisée par la loi du 26 février 2017, celle-ci ne concerne encore que les points de soutirage et d'injection situés en aval d'un même compteur, donc au sein d'un même immeuble ou du même îlot de bâtiments.

Deux ans pour tester les différents cas de figure

Mais ce nouveau cadre ne suffit pas à résoudre tous les défis techniques et juridiques posés par le partage entre plusieurs consommateurs d'une électricité produite par une installation unique. Cela exige notamment des dispositifs de comptage intelligent (ce qui devrait être facilité par le déploiement du compteur Linky, comme ne manque pas de le souligner Enedis), de créer une structure juridique unique regroupant producteurs et consommateurs sous la forme d'une personne morale et d'optimiser l'autoconsommation à l'échelle de l'immeuble ou des différents bâtiments concernés, qui peuvent regrouper à la fois des habitations, des bureaux et des commerces.

C'est pourquoi EDF EN lance une phase expérimentale d'une vingtaine de projets avant de passer à l'industrialisation de cette offre prévue pour fin 2018 ou début 2019. Une période de latence identique à celle annoncée par Enedis récemment. Même si, précise Antoine Cahuzac, « nous ne nous intéressons pas aux mêmes aspects du sujet, et nos offres sont complémentaires ».

La rémunération des réseaux en question

Autre sujet en suspens actuellement en cours de discussion à la Commission de régulation de l'énergie (CRE) le niveau d'un TURPE (tarif d'utilisation des réseaux publics d'électricité, qui constitue 90% des recettes d'Enedis), autoconsommation permettant à ces clients d'avoir une moindre contribution au financement des réseaux que les consommateurs les utilisant pour 100% de leur consommation. « Trop élevé, il pourrait soit freiner l'autoconsommation, soit favoriser le développement de réseaux privés. »

Pendant ce temps, en Allemagne, des autoconsommateurs équipés de panneaux solaires et de batteries s'échangent leur production au sein de communautés. S'ils ne peuvent pas encore s'affranchir du réseau, ils peuvent en revanche recourir gratuitement à un complément d'électricité verte, achetée par l'animateur de la communauté grâce à la valorisation de l'agrégation des capacités de stockage de ses adhérents sur le marché de capacité. Un schéma totalement inimaginable aujourd'hui en France...

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a écrit le 08/06/2017 à 11:52 :
Soit dit en passant, ce n’est pas une honte de démarcher des clients, des milliers d’entreprises font ça tous les jours et dans de nombreux secteurs d’activités.
Même les présidents de la république sont obligés de faire cela.

Bien sur, si l’on peut se permettre de traiter uniquement les demandes entrantes, c’est l’idéal, mais cela n’est possible que sur un marché non concurrentiel, ou si l'on dispose d’une offre exclusive.

Ce sont des objectifs relativement modestes, par rapport à la dimension d'un groupe tel qu'EDF.
Pour 1700 installations vendues, disons 1000 en 3 KW et 700 smartflower à 2,3 Kwc cela fait un total de 4,6 MW, c’est l’équivalent en termes de puissance de 2 éoliennes moyennes de type E-82 E2. Certes les installations PV inférieures à 36 KWc ne représentent qu’une part marginale de la puissance totale produite (voir chiffres sur site https://www.edf.fr/groupe-edf/espaces-dedies/l-energie-de-a-a-z/tout-sur-l-energie/produire-de-l-electricite/le-solaire-photovoltaique-en-chiffres), mais c'est un marché en croissance.
Je ne doute pas de la compétence et de la volonté de l’équipe d’EDF EN, mais le problème doit être ailleurs ? C'est de l’autorestriction à voir l'attente de 2 ans sur un marché à fort potentiel.

Quand au made in France, tant mieux pour Photowatt si EDF a pu les sauver, ce n'est pas grand chose vu ce que coûte areva... mais pourquoi pas Soitec Solar, SILLIA, Voltec solar, etc … ce n’est pas une critique, j’ai moi-même des vieux modules bi verre Photowatt.

Finalement ce qui manque, c’est peut être de connaitre le statut exact d’EDF : soit c’est un compétiteur comme un autre, soit c’est une institution, mais il faudrait éviter que cela devienne un sanctuaire ou la voiture balai des erreurs de stratégie et des échecs en tous genres.

Le marché des modules PV est devenu un marché global, un marché de masse très concurrentiel. Donc, soit on automatise, soit on produit massivement, soit on vend cher.
Cela explique la faillite d’une partie de l’industrie photovoltaïque Allemande, qui avait pourtant plus d’une décennie d’avance sur le reste du monde. Il a suffi de quelques années à des groupes Chinois pour prendre le leadership. L’Américain First Solar a résisté mais avec une technologie CdTe particulière, des volumes et des prix au Wc très compétitifs.

L’autoconsommation va se développer et c’est aussi un changement d’état d’esprit et d’organisation, menant à des modèles de production décentralisée, ou répartie et une opportunité d’intégrer des technologies smartgrids, smartcity et la blockchain.

Alors bonne chance à EDF EN, car on a un sacré retard à combler en termes production photovoltaïque.
D’après Eurostat, en 2015 la France produisait à peine autant que le Royaume Uni et 5 fois moins que l’Allemagne. En 2015 c'est l’Angleterre qui a fait le plus installations, à croire qu'ils ont un meilleur ensoleillement.
a écrit le 07/06/2017 à 21:10 :
J'ai contacté EDF pour une offre panneaux solaires en souhaitant une offre comprenant mes besoins plus la revente et la surprise EDF n' accepte plus de racheter de l'énergie mais vous indique que votre surplus de production ira aux petits oiseaux . Autre surprise sur mon terrain deux résidences même famille deux compteurs à un seul nom pas possible son compteur EDF impose selon ses règles même pas un gagnant gagnant et forcément au détriment du client . Après une offre détaillée à l'avantage d'EDF à contrario d'un baratin digne des vendeurs de savonnettes pour faire croire que le client potentiel est gagnant avec une étude de rentabilité comprenant beaucoup d'approximations pour allécher le client. Une autre étude plus claire moins savonnettes montre que pour un particulier l'offre est LOIN d'être mirobolante. Je conseille à ceux qui seraient tentés de faire extrêmement attention à l'offre EDF et de demander une autre évaluation.
a écrit le 07/06/2017 à 18:52 :
Pas étonnant qu'on manque d'emplois sains..., avec ce retard en technologies propres du côté des énergies renouvelables par rapport à l'Allemagne; Ce n'est pas la raison et le pragmatisme qui conduit nos évolutions de structures et de technologie, mais surtout les intérêts de lobbies étatiques ou autres.

Tout notre retard par rapport à l'Allemagne devrait être analysé à fond par nos dirigeants, au lieu de faire trop souvent mine de changer dans le bon sens avec de fausses mesures uniquement administratives creuses !

Combien de nos dirigeants et citoyens sont formés pour dire que leur "JE SUIS affirmant" est intelligence supérieure et charité bien ordonnée (qui commence par soi-même, mais sans excès à tout attendre des autres, y compris l'oubli de l'amour de soi...!). Que d'erreurs de responsabilité continuelle intérieure, mal partagée et enseignée !
Réponse de le 07/06/2017 à 22:45 :
Bon puisaue vous croyez ce que l'on vous dit qu'en allemagne ca va bien, je vais vous soigner d'urgence.
Ce qui va bien: Les chiffres éco et le plein emploi.
Le prix: Peux de travail des femmes, une natalité en vrac qui réduit l'investissement dans les nouvelles générations.
Après l'alleöagne a été le prix de la gouvernance US en europe puisque la France avait décliné l'AMGOT. Et a coup d'invest direct et de surpirx ils ont fait la vitrine allemande. Rien de miraculeux, mais il faut dépasser le discours de nos médias pour comprendre la cause originelle et que certaines choses ne pourrons pas être reproduites. Il va falloir inventer notre propre modèle.

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