Face à l'escalade des violences en Birmanie, Total se retire du pays

Le géant français TotalEnergies a annoncé vendredi son retrait de Birmanie où il était partenaire et opérateur du champ de gaz de Yadana.

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(Crédits : Stephane Mahe)

Face à l'escalade des violences en Birmanie, TotalEnergies se retire du pays asiatique où était partenaire et opérateur du champ de gaz de Yadana. C'est ce qu'a annoncé vendredi le groupe français, qui avait déjà mis fin au projet de développement d'un nouveau gisement, arrêté ses campagnes de forage et suspendu des versements aux actionnaires d'un gazoduc, parmi lesquels figure une entreprise contrôlée par l'armée birmane.

"Le contexte qui ne cesse de se dégrader au Myanmar, en matière de droits humains et plus généralement d'Etat de droit, depuis le coup d'Etat de février 2021 nous a conduits à réévaluer la situation et ne permet plus à TotalEnergies d'apporter une contribution positive suffisante dans ce pays", a indiqué le groupe dans un communiqué. Une position que demandait des ONG de défense des droits humains.

Le processus de retrait "prévu aux contrats du champ de Yadana et de la société de transport MGTC au Myanmar" a été initié, et ce "sans aucune contrepartie financière pour TotalEnergies", précise le géant de l'énergie, implanté de longue date dans le pays.

Il sera effectif à l'issue du préavis de six mois et les intérêts de TotalEnergies seront répartis entre les partenaires actuels "sauf refus de leur part", tandis que les opérations seront reprises par l'un d'eux.

TotalEnergies est partenaire (31,24%) et opérateur du champ de Yadana (blocs M5 et M6) aux côtés des Américains Unocal-Chevron (28,26%), de PTTEP (25,5%), filiale de la société nationale d'énergie thaïlandaise, et de la société d'Etat birmane MOGE (15%).

L'opérateur norvégien Telenor se désengage aussi

Cette décision intervient alors quatre jours après l'annonce du désengagement de l'opérateur norvégien Telenor de sa filiale de télécoms en Birmanie, Digital Money Myanmar Limited (Wave Money). Conséquence du putsch militaire l'an dernier, le groupe norvégien avait annoncé en juillet la vente de sa filiale de télécoms en Birmanie, Telenor Myanmar, l'un des principaux opérateurs du pays. En septembre, Telenor avait accusé la junte militaire d'exiger l'installation d'équipements permettant d'espionner les télécommunications, une exigence que le groupe disait avoir refusée.

L'opération annoncée lundi reste elle aussi soumise à différentes conditions, y compris au feu vert de la banque centrale birmane.

Un an après le coup d'Etat du 1er février 2021 qui a renversé Aung San Suu Kyi et mis fin à une parenthèse démocratique de 10 ans, la Birmanie reste plongée dans le chaos. Des milices anti-junte ont pris les armes contre les généraux qui étouffent dans le sang la contestation, avec près de 1.500 civils tués, selon une association locale de défense des droits de l'Homme. Jeudi, l'ONG Human Rights Watch avait à nouveau appelé les Etats-Unis et l'Union européenne à "imposer des mesures indispensables pour cibler les fonds qui financent le régime abusif de la junte", après avoir reçu un lettre du PDG de TotalEnergies Patrick Pouyanné soutenant "la mise en œuvre de sanctions ciblées".

Embargo sur les armes de Bruxelles

Fin décembre, après Washington, l'UE avait annoncé soutenir l'imposition d'un embargo international sur les armes à destination de la Birmanie et s'est déclarée prête à durcir ses sanctions, à la suite d'un massacre imputé à l'armée dans lequel deux membres d'une ONG ont été tués.

"Face à l'escalade des violences en Birmanie, des actions préventives supplémentaires sont nécessaires au niveau international, y compris un embargo sur les armes" qui pourrait être acté au niveau de l'ONU, avait indiqué le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell, dans un communiqué.

Depuis le coup d'Etat du 1er février et la répression qui a suivi, qui ont plongé le pays dans le chaos, Bruxelles a placé sur liste noire près de 30 personnes et six entités, les sanctionnant d'une interdiction d'entrée dans l'UE et d'un gel des avoirs.

Bruxelles a également décidé de continuer à bloquer l'aide financière destinée directement au gouvernement et de geler toute aide de l'UE qui pourrait être considérée comme légitimant la junte, ne fournissant plus qu'une aide strictement humanitaire à la Birmanie.

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Commentaires 3
à écrit le 21/01/2022 à 17:58
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Il était temps !!!! Quel scandale ce pays ! Comment la communauté internationale peut laisser faire ces exactions ? Complice ?

à écrit le 21/01/2022 à 12:30
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Ils savaient pour les effets néfaste sur le climat de leur produit miracle appelé énergie faux cils. C'est important ! cela prouve la thèse de plus en plus plausible que le capitalisme est interessé par les destructions par ce qu'elles créent de l...

à écrit le 21/01/2022 à 10:03
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Cela ferait peur à des sociaux démocrates ou des conservateurs mais est-ce que cela aura une incidence sur des dictateurs, puis alors fiers de l'être en plus, ils insistent dans ce régime. Je pense qu'il vaut mieux rester même s'il est évident que le...

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