Handicap : le réemploi des équipements techniques voit le jour

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L'objectif d'Envie est de prévenir la formation de déchets, de créer des emplois mais aussi de permettre aux personnes handicapées de s'équiper à moindre coûts.
L'objectif d'Envie est de prévenir la formation de déchets, de créer des emplois mais aussi de permettre aux personnes handicapées de s'équiper à moindre coûts. (Crédits : Reuters)
Le réseau d'entreprises d'insertion Envie expérimente déjà depuis quatre ans la collecte, réparation et revente de fauteuils roulants, lits médicalisés etc. Il lance désormais son offre au niveau national.

Jusqu'à présent à la marge de l'économie circulaire, l'aide médicale à l'handicap pourrait bientôt avoir une véritable filière de réemploi. Le réseau Envie, qui réunit une cinquantaine d'entreprises d'insertion en France, vient de lancer une nouvelle offre dédiée au niveau national. Dans 13 départements, en 2019, et 22 départements avant 2021, fauteuils roulants, lits médicalisés ou encore matériels d'aide à la toilette inutilisés seront désormais collectés auprès d'Ephad, hôpitaux, particuliers, sociétés de service à la personne. Ils seront ensuite réparés et aseptisés par des personnes en insertion professionnelle, et enfin remis en vente, pour des particuliers ou des professionnels, "avec toutes les conformités et garanties réglementaires" et à un prix entre 70% et 50% inférieur à celui des dispositifs neufs, explique Envie.

Le réseau, qui depuis 34 ans collecte, répare, revend ou recycle des équipements électriques et électroniques, expérimente cette offre, dénommée Envie Autonomie, depuis quatre ans déjà. Un premier atelier de réemploi de matériel d'aide médicale à l'handicap a notamment vu le jour dans un établissement d'Envie à Angers, suivi par d'autres établissements à Rennes, Nancy, Strasbourg, Saint-Etienne, Nantes et La Roche-sur-Yon. 10.000 équipements ont ainsi déjà été collectés, 3.500 rénovés et 2.500 distribués. Les territoires des six sites supplémentaires qui devraient ouvrir en 2019 sont déjà identifiés : Reims, Le Mans, Montbeliard, Angoulême, Lyon et Toulouse.

Des frais importants encore à la charge de l'usager

L'enjeu pour le réseau est multiple. A la prévention de la formation de déchets, s'ajoute la création d'emplois d'insertion : environ 25 ont déjà vu le jour. Il s'agit également de permettre aux personnes handicapées de s'équiper à moindre coûts. Malgré l'intervention de la Sécurité sociale et parfois des assurances complémentaires individuelles, d'importants frais restent en effet à la charge de l'usager, explique Envie : par exemple, lorsqu'il s'agit de s'équiper d'un deuxième appareil pour le lieu de travail ou la résidence de vacances.

Selon les chiffres fournis par le réseau, le montant du reste à charge, après remboursement de la Sécurité sociale et des éventuelles complémentaires santé, représente en effet 7,3 milliards d'euros sur les 13 milliards d'euros dépensés annuellement en France sur les aides techniques médicales - qui comprennent néanmoins aussi les lunettes, les prothèses auditives, l'orthopédie etc. Sans compter que "la complexité du système de prise en charge crée des inégalités de traitement dues, en particulier, à la situation administrative de la personne, son âge, sa pathologie, les délais de gestion des dossiers, son département d'habitation", souligne Envie.

Le frein réglementaire

A terme, Envie espère faire sauter les verrous réglementaires qui empêchent encore aujourd'hui la Sécurité sociale de rembourser l'acquisition de matériel rénové. Dans une douzaine de cas, cinq Caisses primaires d'assurance maladie ont déjà fini par accepter -après un refus initial et en association avec le département et la mutuelle - de sauter le pas, témoigne Philippe Robin, directeur d'Envie Autonomie. "Trois grosses caisses de retraites se sont aussi déjà engagées sur plusieurs régions à financer entre 50% et 100% de nos prix de vente", ajoute-t-il.

Après avoir été sélectionné parmi les acteurs du French Impact (version sociale et solidaire du label French Tech), Envie compte aujourd'hui sur le soutien du Ministère des solidarités et de la santé afin de parvenir à légitimer et généraliser de telles pratiques. Pour l'Etat, la démarche pourrait en effet aussi avoir un effet positif sur le budget. L'extension de l'expérimentation à un panel plus large de territoires doit notamment servir à en mesurer l'impact sociale et économique.

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Commentaires
a écrit le 18/12/2018 à 15:02 :
Bravo à tout ceux qui essayent de générer une économie circulaire, salutaire par définition.

Mais ça demande d'en faire tomber des tabous liés aux copinages privés-public bien souvent hein...

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