Si le Royaume-Uni misait sur les renouvelables, il économiserait 50 milliards d'euros

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Le ministère de l'Energie britannique, réfutant l'analyse de la Intergenerational Foundation, a néanmoins réaffirmé les avantages du nucléaire, notamment la non dépendance de facteurs météorologiques.
Le ministère de l'Energie britannique, réfutant l'analyse de la Intergenerational Foundation, a néanmoins réaffirmé les avantages du nucléaire, notamment la non dépendance de facteurs météorologiques. (Crédits : © Suzanne Plunkett / Reuters)
Une critique de plus contre le projet nucléaire de Hinkley Point C: la construction et la gestion de deux nouveaux réacteurs atomiques coûteraient bien plus cher au pays que celles d'un parc solaire ou éolien équivalent en production, explique un rapport publié mardi par un think tank britannique. Pourtant, le Pdg d'EDF, qui mènera le projet, a répété le même jour que ledit projet ne sera pas abandonné.

Alors que Jean-Bernard Levy exclut tout report du projet, les doutes demeurent outre-Manche quant à la pertinence de la construction de deux réacteurs nucléaires supplémentaires à la centrale de Hinkley Point. Un article publié mardi par The Guardian met notamment en avant la somme que le Royaume-Uni économiserait en abandonnant le projet pour parier plutôt sur les énergies renouvelables. Selon une analyse menée par le think tank Intergenerational Foundation, citée par le journal britannique, construire et faire tourner des infrastructures éoliennes ou solaires permettant de produire la même quantité d'énergie que la nouvelle centrale nucléaire jusqu'à sa fin de vie estimée ferait économiser, respectivement, 31,2 et 39,9 milliards de livres sterling (soit 38,7 et 49,6 milliards d'euros).

     | Lire: Hinkley Point C: le Pdg d'EDF exclut tout report du projet

Le calcul se fonde sur les coûts de construction des infrastructures et le prix payé par les consommateurs pour l'électricité -en tenant compte des projections de Bloomberg notamment sur les évolution du solaire et de l'éolien. Selon l'accord avec EDF, le gouvernement britannique s'est engagé à payer 95,5 livres sterling (118,7 euros) par mégawattheure pendant 35 ans: un prix deux fois supérieur à celui actuellement pratiqué sur le marché de gros, précise The Guardian.

"Le bâtiment le plus cher sur Terre"

"Les économies seraient donc comprises entre 30 et 40 milliards de livres sterling selon le mix d'éolien et solaire choisi, qui ne peut pas être connu en l'avance", précise Andrew Simms, auteur du rapport, interrogé par La Tribune, tout en soulignant:

"Cependant, il ne s'agit que d'une estimation a minima, en raison de l'ensemble des autres coûts particuliers du nucléaire, qui sont mis en avant dans le rapport et qui ne sont pas compris dans ces chiffres."

Parmi ceux-ci, l'étude insiste notamment sur les coûts cachés mais exorbitants de la gestion des déchets nucléaires, de la sécurité, des assurances, ainsi que sur celui découlant du réchauffement climatique, en soulignant que l'effet positif sur les émissions de carbone du nucléaire sera plus tardif que celui découlant des infrastructures renouvelables, puisque la mise en service d'une centrale prend plus de temps.

La construction de Hinkley Point C, évaluée à 24 milliards de livres sterling (presque 30 milliards d'euros), en ferait par ailleurs "le bâtiment le plus cher sur Terre". Et tous ces coûts seraient répercutés sur les futures générations, déplore le think tank, focalisé notamment sur la question de l'équité intergénérationnelle.

Le gouvernement britannique réaffirme son soutien au projet

Un porte-parole du ministère de l'Energie britannique, cité par The Guardian, a réfuté l'analyse de la Intergenerational Foundation et réaffirmé les avantages du nucléaire, notamment la non-dépendance à des facteurs météorologiques (présence de vent ou de soleil), soulignant:

"L'industrie créera des milliers d'emplois et profitera à d'autres sociétés dans la chaîne d'approvisionnement, en apportant une sécurité financière à des travailleurs et à leurs familles au travers du Royaume-Uni."

"Hinkley Point C est une bonne affaire pour les consommateurs. Une fois opérationnel, il fournira 60 ans d'électricité sûre, fiable et à faible teneur en carbone [à bon prix]. Cela nous permettra de garder nos lumières allumées tout en atteignant nos objectifs d'émissions de la manière la plus rentable", a-t-il ajouté.

En 2015, au Royaume-Uni, l'électricité générée par des sources d'énergie renouvelable a dépassé celle provenant de centrales nucléaires, souligne The Guardian, regrettant que pourtant, le gouvernement ait coupé les subventions pour le solaire et l'éolien.

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a écrit le 08/04/2016 à 10:03 :
Le Ministère public apporte la bonne réponse : on ne peut comparer un système qui produit de l'électricité seulement en présence de vent et de soleil, à un autre qui produit et s'ajuste même exactement à la demande.
Ce "Think Tank" Intergénérationnel peut paraître sympathique, mais comme beaucoup d'ONG tendance Verte/bobo, il fait par incompétence l'impasse totale sur les réalités physiques. Le risque est que cette tendance gagne nos dirigeants et nous conduisent dans le mur, c'est du reste ce qui est en train de se passer en Allemagne. Malgré la solidité légendaire de l'économie de ce dernier pays, les premiers signes de faiblesse apparaissent (coût du kWh TTC double d'en France, pollution record, dépendance énergétique...) et sans nouveau tournant énergétique (c'est à dire retour au nucléaire que l'Allemagne maîtrisait bien) ce sera la catastrophe, avec effets collatéraux assurés.
a écrit le 07/04/2016 à 0:16 :
Em premier lieu comparons ce que font nos voisins. Le parc allemand de production d´électricité renouvelable PV et éolien c´est en 2012, 60 GW pour 75 TWh de production, le nuc Français 63 GW pour 410 TWh de production. Ainsi la moitié de la puissance installée fournit Outre-Rhin 1/7 de la production; en France les 3/4... La différence s´explique par l´intermittence: les capacités de production renouvelable fonctionnent 1200 heures par an pendant que les capacités nucléaires tournent à plein régime, 6500 heures par an. Pour assurer l´alimentation du réseau en continu afin de répondre à la courbe de demande il faut mettre en place des capacités de production classiques, à base de combustibles compensant les périodes creuses de production des énergies intermittentes. C´est la production par les centrales au charbon (66 millions de tonnes de charbon venant des USA), ou au lignite épouvantablement polluant; ou au gaz naturel importé en grande part de Russie créateur de dangereuse dépendance. Et le coût de l´occupation de l´espace foncier, 4000 kilomètres de lignes électriques à haute tension pour équilibrer les productions sur le territoire; des milliers de kilomètres carrés mobilisés par les panneaux et les mâts.
Durant la dernière tempête en Allemagne, fin 2013, la production éolienne est passée de 500MWh à 27000MWh, multiplier la quantité d´énergie par 54 en 24h devient ingérable sur le réseau. Pour remplacer le nuc Français par des renouvelables il faut investir au moins 100 milliards (éolien et photovoltaïque) + 50 milliards de thermoélectriques à gaz ou charbon dû à l´intermittence et acheter en plus tous les ans 20 milliards en énergies fossiles, bonjour les impôts et le doublement ou plus de la facture de l´énergie électrique. Le kWh nucléaire est au minimum 50 fois moins cher que celui des fossiles en importation. (900 Millions d’euros en uranium pour plus de 60 milliards des fossiles). Donc les 55 milliards pour mettre à niveau les centrales ne sont rien en comparaison avec l´augmentation des importations dû aux renouvelables. Exemple, l´Espagne a 20.000MW d’éolien et a dû installer 15.000MW au gaz et grâce à cela importe pour 6 milliards d’euros de gaz pour compenser l´intermittence, résultat fin des subventions dans les renouvelables. Le Japon importe presque tous ses combustibles fossiles. En raison de l'utilisation accrue de combustibles fossiles et de la hausse des prix internationaux du pétrole au cours des dernières années, le Japon a dépensé 60% de plus pour les importations de combustibles fossiles en 2013 par rapport à 2010, une augmentation de 270 milliards de dollars sur trois ans. Cela a inversé l'excédent commercial du Japon et a créé un creusement du déficit commercial. Les électriciens ont transférés une partie du coût élevé de la production d'électricité pour les consommateurs, et les prix ont augmenté d'au moins 20%. Retour au nucléaire. Le Danemark exporte quand il y a du vent son surplus pour les STEP de la Norvège à un prix dérisoire et le rachète au prix fort durant les périodes sans vent. Le Danemark subventionne l´électricité de la Norvège. Fin des investissements. Au XIX siècle les moulins à vent ont été remplacés par la machine à vapeur pour éliminer l´intermittence, aujourd’hui nous y revenons, les leçons de l´histoire ne servent à rien.
http://peakoil.com/alternative-energy/japan-plans-to-restart-some-nuclear-plants-in-2015
a écrit le 06/04/2016 à 19:50 :
Mais il y a les marées... Je ne sais plus où des gens assez futés se sont mis dans la tête de produire de la fée électricité à partir des marées (usine marée motrice donc) qui chasse par des pompes de l'eau dans des réservoirs d'altitude : l'électricité utilisée au final n'est pas la marée-motrice, mais l'hydraulique provenant de la chute d'eau organisée à partir du réservoir d'altitude, ce qui au passage, neutralise les problèmes posés par les étiages en mode marée motrice pure ; et que les puristes se rassurent : le rendement d'un moteur électrique est bien supérieur à celui d'une machine à vapeur, même sous forme de turbine. C'est vrai que le rendement du nucléaire, y compris en occultant le a gestion des déchets, est réellement désastreux ; et je bondis lorsque j'entends parler de l'empreinte carbone et tutti quanti : une usine nucléaire produit avant tout de la CHALEUR (ceci étant dû au bien faible rendement des turbines) et aussi de la vapeur d'eau, qui est une sorte de gaz à effet de serre, n'en déplaise aux mêmes puristes formatés AREVA. Donc, toute centrale nucléaire produit avant tout beaucoup de chaleur et accessoirement l'édredon pour la conserver ! Les British auraient bien mieux fait de s'intéresser aux marées de grande amplitude qu'ils ont au pied des impressionnantes falaises de Douvres.
Il est vrai que M. Cameron n'est pas à une erreur près, qui porte le nom de la première - et cinglante - défaite de la Légion Étrangère...
a écrit le 06/04/2016 à 16:09 :
oui c'est sur y a des couts caches
quand on annonce de telles economies elles sont egalement rarement au rendez vous aussi a cause des choses cachees!
pour le reste, eolien et solaire c'est tres bien, quand ca produit....
le soleil au RU etant mondialement repute, ca laisse baba, quant a l'eolien, il est encore plus variable
je ne pense pas que les deux produits soeint comparables...
a écrit le 06/04/2016 à 15:25 :
J'espère que ces braves gens ont comparé ce qui est comparable : Nucléaire 1600 MW, facteur de charge 90%, durée de vie de l'investissement 60 ans avec des éoliennes 2-4 MW, facteur de charge 25% durée de vie 20 ans ou des panneaux solaires chinois avec un facteur de charge de 15-20% au max et une durée de vie de l'ordre de 15 ans max. Si l'étude a renouvelé 3 fois l'investissement en éolienne, 4 fois celui du photovoltaïque, tenu compte de l'impact foncier de telles implantations, pris en compte le surcout lié au renforcement du réseau électrique, le besoin de source de remplacement pour pallier l'absence de vent et de soleil et que le résultat est effectivement celui annoncé pour les énergies renouvelables, il n'y a pas photo ... Go green ! Dans le cas contraire : à vos calculettes !
Réponse de le 06/04/2016 à 17:14 :
J'allais écrire la même chose ! Il ne manque que la quantité de CO2 émise par les sources de remplacement (on imagine du fossile : il n'y a pas le choix). Ce CO2 on ne sait pas le gérer, le stocker... Quel coût doit on lui donner ? On l'ignore ? On ne tiens pas compte de ses effets sur la santé, aujourd'hui mais aussi plus tard pour nos enfants (c'est la mode de parler de ce qu'on lègue à nos enfants, alors parlons en pour tout !)
a écrit le 06/04/2016 à 15:15 :
Le probleme des energie renouvellables c'est qu'elles ne produisent pas forcement quand nous avons besoin d'energie
Sans capacité de stockage nous avons besoin du nucleaire
(maintenant les technologies de stockges vont usrement se developper)

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