Hydrogène : les milliards d'euros pour bâtir une filière souveraine commencent à arriver

Dix gigafactories dédiées à l’hydrogène bas carbone vont s’implanter en France. Elles permettront de fabriquer à grande échelle des électrolyseurs, mais aussi des éléments clés pour la mobilité à hydrogène, comme les piles à combustible et les réservoirs capables de stocker cette minuscule molécule considérée comme stratégique pour la transition énergétique. Ces dix chantiers vont bénéficier d’un soutien public de 2,1 milliards d’euros et devraient entraîner 3,2 milliards d'euros d'investissements privés additionnels. A la clef : la création de 5.200 emplois sur le territoire.
En visite sur le site de Venette de l'équipementier Plastic Omnium, la Première ministre a révélé, ce mercredi 28 septembre, les 10 sites industriels qui bénéficieront d'aides de l’État pour produire les briques technologiques clefs de l'hydrogène propre.
En visite sur le site de Venette de l'équipementier Plastic Omnium, la Première ministre a révélé, ce mercredi 28 septembre, les 10 sites industriels qui bénéficieront d'aides de l’État pour produire les briques technologiques clefs de l'hydrogène propre. (Crédits : SARAH MEYSSONNIER)

La stratégie française pour devenir un leader mondial de l'hydrogène bas carbone à l'horizon 2030 prend forme. La France s'est lancée dans cette course en 2020 avec un plan à 7 milliards d'euros dans le cadre de France Relance. Une année plus tard, cette enveloppe est gonflée par 2 milliards d'euros supplémentaires dans le cadre de France 2030. Au total, l'Hexagone prévoit donc de consacrer, sur dix ans, 9 milliards d'euros à cette minuscule molécule, considérée comme stratégique pour décarboner l'industrie et la mobilité.

Deux ans après ce coup d'envoi, les premiers investissements massifs sur le territoire se matérialisent. En visite sur le site de l'équipementier automobile Plastic Omnium à Venette, près de Compiègne (Oise), la cheffe du gouvernement Elisabeth Borne a annoncé, ce mercredi, que 2,1 milliards d'euros de crédits publics seraient investis dans 10 projets industriels. Ces derniers devraient générer 3,2 milliards d'euros d'investissements privés additionnels. "Au total, 5,3 milliards d'euros vont être investis sur le territoire français", souligne ainsi Matignon.

2,1 milliards d'euros de crédits publics en France

Ces 10 projets industriels ont été sélectionnés dans le cadre d'un PIIEC, un Projet important d'intérêt européen commun. Ce dispositif, né il y a quelques années, permet de demander à la Commission européenne l'autorisation de distribuer des aides d'État massives à des projets industriels. Dans le cadre de ce processus, la Commission a retenu, en juillet dernier, 41 projets portés par 15 États membres de l'Union européenne et pour lesquels un montant maximal de 5,4 milliards d'euros d'aides pourra être accordé par les États concernés. Autrement dit, la Commission ne verse pas elle-même ces 5,4 milliards d'euros, mais autorise les États à verser ces aides.

Sur ces 41 projets, un quart sont français, se félicite-t-on à Matignon. "Notre pays représente un projet sur quatre. C'est la reconnaissance de notre stratégie et du travail réalisé. C'est un pas de géant pour l'hydrogène en France", a même estimé Elisabeth Borne, lors de son discours.

Bientôt, dix nouvelles gigafactories tricolores

Ces 10 projets, répartis dans 7 régions, sont portés par des poids lourds, comme Alstom, Arkema ou encore Plastic Omnium, mais aussi par de plus petits acteurs comme McPhy, Genvia et Elogen. Ces entreprises prévoient de construire des usines géantes dédiées à la fabrication d'électrolyseurs (outil industriel, encore très coûteux, qui permet de casser une molécule d'eau (H2O), en séparant l'atome O des deux atomes H grâce à un courant électrique), et d'équipements pour la mobilité, comme les piles à combustible et les réservoirs qui permettent de stocker l'hydrogène.

C'est justement le projet de Plastic Omnium, qui entend construire une gigafactory dédiée à ces réservoirs nouvelle génération, à 4 km seulement de son site actuel de Venette. Cette usine géante fera l'objet d'un investissement de 160 millions d'euros d'ici 2028, avec à la clef la création de 150 nouveaux emplois.

Au total, ces dix projets, considérés encore comme risqués étant donné la faible maturité de ces nouvelles technologies, devraient générer 5.200 emplois directs sur le sol français. "En prenant le tournant de l'hydrogène décarboné, la France fait le choix de l'emploi, de la souveraineté et de la neutralité carbone", a défendu la Première ministre.

Construire une filière souveraine de bout en bout

L'Hexagone entend ainsi soutenir la production de toutes les briques technologiques essentielles à la construction d'une filière. "Notre ambition est de créer une filière souveraine de bout en bout, insiste Matignon, en évoquant la R&D, l'industrialisation et les usages de l'hydrogène.

En parallèle, le gouvernement entend soutenir le développement de la demande avec la décarbonation de sites industriels pilotes, comme celui d'Arcelor Mittal à Dunkerque. L'objectif est de faire en sorte que "la demande qui émerge puisse se nourrir d'une offre française ou européenne sur ces sujets. C'est tout l'équilibre qu'on cherche à respecter pour, évidemment, éviter d'acheter des matériaux ou des technologies qui sont développées ailleurs", étaye l'entourage d'Élisabeth Borne.

La semaine dernière, la Commission européenne a annoncé avoir retenu 35 autres projets dans le cadre de la deuxième vague du PIIEC dédié à l'hydrogène. Portés par 13 États, ils pourront bénéficier de 5,2 milliards d'euros d'aides. Le gouvernement français communiquera d'ici la fin du mois d'octobre sur les projets tricolores sélectionnés.

Une troisième et une quatrième vague d'appels à projets seront également étudiées par Bruxelles dans les mois à venir. "Une dizaine de projets français restent en lice", a assuré la Première ministre.

Si la stratégie française pour l'hydrogène bas carbone fait ses premiers pas, le chemin est encore long. Alors que, à l'horizon 2030, l'Hexagone vise 6.500 mégawatts (soit 6,5 gigawatts) de production d'hydrogène par électrolyse de l'eau, aujourd'hui cette production reste inférieure à 10 mégawatts. Matignon, qui précise que 407 mégawatts sont en cours de déploiement, reconnaît qu'un effort massif reste à faire.

Désaccord avec Bruxelles sur la réglementation

Le gouvernement vise une montée en puissance de la production d'hydrogène et de ses usages à l'horizon 2027. Pour appuyer cette ascension, la crise que traverse actuellement le parc nucléaire tricolore, et qui devrait durer jusqu'à 2024 au moins, devra absolument être résolue. La France mise, en effet, sur son mix électrique largement  décarboné grâce à l'atome civil pour produire de l'hydrogène propre, les capacités d'énergies renouvelables, seules, étant insuffisantes.

Toutefois, sur ce sujet, des divergences majeures persistent à Bruxelles. En effet, pour l'heure, seul l'hydrogène issu d'électricité renouvelable (éolien, photovoltaïque) est considéré comme "vert" par l'exécutif européen.

De son côté, le gouvernement français milite pour que la molécule puisse obtenir le label "vert" en provenant du nucléaire, étant donné la faible empreinte carbone de cette technologie. Cette bataille est d'autant plus stratégique que, la France, contrairement à d'autres pays comme l'Allemagne et la Belgique,  ne mise pas sur l'importation d'hydrogène.

"L'émergence d'une filière passe par un cadre réglementaire adapté", a ainsi souligné Élisabeth Borne. "Nous continuerons à nous battre pour faire reconnaître l'hydrogène bas carbone dans l'atteinte des objectifs de baisse de nos émissions. Nous resterons très attentifs aux régulations européennes sur l'hydrogène", a-t-elle ajouté en faisant référence à ces négociations.

L'hydrogène "vert", un puissant levier pour décarboner nos économies

Présenté comme le carburant de demain, l'hydrogène vert permettrait d'éviter l'émission de millions de tonnes de CO2 par an, en remplaçant l'hydrogène carboné, dit gris, actuellement utilisé dans l'industrie. Aujourd'hui 63 millions de tonnes d'hydrogène sont produites par an dans le monde pour son utilisation industrielle. Une production responsable de 630 millions de tonnes de CO2, soit l'équivalent de la totalité des émissions de l'Allemagne. Car, dans la quasi-totalité des cas, cet hydrogène est fabriqué à partir d'énergies fossiles, notamment à partir du gaz naturel. A l'échelle de la France, plus de 900.000 tonnes d'hydrogène sont utilisées chaque année pour l'industrie, notamment pour le raffinage afin de réduire le taux de soufre des carburants, pour la synthèse de l'ammoniac dans la production d'engrais et dans l'industrie chimique. A l'horizon 2030, l'Hexagone espère ainsi éviter l'émission de 6 millions de tonnes de CO2 par an grâce à l'hydrogène décarboné. Ces gains d'émissions doivent provenir de son utilisation dans l'industrie, mais aussi dans la mobilité lourde où les projets se multiplient. L'une des principales méthodes pour fabriquer de l'hydrogène sans émettre de CO2 est celle de l'électrolyse de l'eau. Les électrolyseurs permettent de produire de l'hydrogène propre en cassant les molécules d'eau par un courant électrique bas carbone (issue des énergies renouvelables ou de l'énergie nucléaire), qui vient séparer l'atome d'oxygène des atomes d'hydrogène.

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Commentaires 22
à écrit le 29/09/2022 à 15:47
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Je m'aperçois que la négation est trop forte en France. Pour dire vrai, je me demande comment pourra t-on se sortir de ce guêpier intellectuel sur lequel nous butons. Pendant ce temps, la communauté internationale (ou européenne) s'engage...sans nous...

à écrit le 29/09/2022 à 7:42
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Tant que notre production d’énergie (électricité) bas carbone ne couvre pas nos besoins, le passage par l’hydrogène (qui n’est qu’un vecteur d’énergie, vecteur couteux (facteur 4) qu’il faut comprendre comme simple moyen de stockage), ne sert à rien!...

le 29/09/2022 à 8:53
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"Tant que notre production" oui mais ne faut-il pas anticiper, sachant que ça ne sera sans doute pas le Graal pour autant. L'hydrogène sera peut-être 'bien' pour certains type de transport, camions, trains (avions ? Mode fusée H2 + O2 liquides :-) ) ...

le 29/09/2022 à 10:19
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L'intérêt de l'hydrogène est multiple : en tant que source d'énergie directe (combustion dans un moteur classique) ou indirecte (pile à combustible - l'intérêt est discutable) et et SURTOUT la capacité de pouvoir rendre les énergies renouvelables (EN...

le 29/09/2022 à 13:08
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il a fallu combien d'annee pour pouvoir industrialiser la france a l'hydrogene que de temps perdu pour des ideologies et dire que ce n'est pas le seul blocage de nos fonctionnaires

le 29/09/2022 à 20:35
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'L'intérêt de l'hydrogène est multiple : en tant que source d'énergie directe (combustion dans un moteur classique) ou indirecte (pile à combustible - l'intérêt est discutable) et et SURTOUT la capacité de pouvoir rendre les énergies renouvelables (E...

à écrit le 29/09/2022 à 0:06
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L'hydrogène ce sera très cher mais toujours mieux que de continuer avec le pétrole et le gaz et particulièrement de schistes...ou Russe.

le 29/09/2022 à 10:08
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Faux ! La production d'hydrogène coute très cher en énergie, donc polluante. La batterie est beaucoup plus rentable, et devient recyclable avec les nouvelles technologies. On ne parle pas de la fabrication actuelle de réservoirs d'hydrogène pollueuse...

le 29/09/2022 à 10:26
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J'ai oublié de préciser que peu de matériaux résistent à l'attaque chimique de l'hydrogène qui est très réactif. Ce qui fait que la durée de vie d'un réservoir est très limité. Même l'acier fini par céder, juste en réservoir statique. A ma connaissan...

à écrit le 28/09/2022 à 22:12
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Par expérience il y a loin ( très loin ) de la coupe aux lèvres. Hors que l'hydrogène énergie de masse est une absurdité sans nom, l'hydrogène vert également. De fait car produire de l'hydrogène ne peut pas être vert et la propagande pour le vendre c...

le 28/09/2022 à 23:21
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Blabla … les détracteurs du chemin de fer tenaient les mêlés propos que vous … il y a 150 ans … heureusement qu on les ecouta pas à cette époque …. Comment expliquer vous le développement du train alsthom, des camions et des voitures à hydrogène (...

le 29/09/2022 à 8:59
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Quand on ne consommera plus de pétrole ni de gaz ni de charbon, il aura quelle couleur l'hydrogène d'électrolyse ? Celle de l'uranium (les sels et dérivés sont jaunes) ? :-) A voir si y a pas des procédés (thermiques) pour faire H2 sans électrolyse. ...

à écrit le 28/09/2022 à 18:39
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Des milliards tous azimuts .On n'est pas crédible ,milliards pour le nucléaire, pour les éoliennes ,pour l'hydrogène ,milliards pour le solaire ,milliards pour les batteries ,milliards pour le réseau de charges milliards pour l'automobile ,milliards ...

le 29/09/2022 à 9:41
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Regardez les coûts de la dépendance énergétique. Après, on rediscute de ce qui est rentable ou non. Si on a pas de facture d’importation d’hydrocarbures, c’est marrant, mais on est mieux. Si en plus on exporte de l’énergie, ça devient jackpot. Les in...

à écrit le 28/09/2022 à 18:33
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Le seul problème est qu'en passant par l'hydrogène, on perd environ 70 % d’énergie, donc c'est absolument pas écologique et économique.

le 29/09/2022 à 9:43
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Si le maître étalon est basé sur les émissions de CO2, le raisonnement ne tient pas. Produire de l’énergie decarbonné est l’enjeu.

à écrit le 28/09/2022 à 18:29
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Gouverner c'est prévoir. Là on annonce des milliards mais pour quoi faire.. Je ne crois pas à la construction d'une production énergétique cohérente dans l'urgence.. Pourtant il y a urgence, dans mon quotidien local de très nombreux bourgs se plaigne...

le 28/09/2022 à 23:25
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Ils avaient qu a à rester chez edf au lieu de croire au mirage des «  alternatifs » revendeurs c est drôle en Allemagne ou Danemark de nombreuses communes sont autonomes car produisant l’Eure propres énergies éoliennes … les français sont bêtes e...

le 29/09/2022 à 8:12
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Pourriez-vous donner des éléments chiffrés quant à vos affirmations: nombre de communes, puissance produite...?

le 29/09/2022 à 10:36
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@Cheichille - Elles produisent leur propre énergie avec l'éolien ? Et entre deux coups de vent, elles font comment à votre avis ? Certaines légendes enfantines sont plus crédibles que la propagande de nos amis d'outre-Rhin.

à écrit le 28/09/2022 à 17:44
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Montées de eaux cause fonte des glaces. Nous ne manquerons pas de matière première : l'eau. Il faut donc trouver la meilleure R&D pour dépenser le moins d'énergie possible dans la séparation oxygène-hydrogène. Avec des usines en Europe, la souverai...

à écrit le 28/09/2022 à 16:35
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Une "filière souveraine" ? Cela fait dorénavant toujours sourire ! Quand on voit ce que sont devenues nos "champions" français !!

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