L'EPR, le chemin de croix du nucléaire français
Paul Marion
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

La centrale de Flamanville, encore en construction.
Reuters
Paul Marion
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune

La centrale de Flamanville, encore en construction.
Reuters
Feuilleter le livre de l'histoire des EPR ramène à des pages si lointaines qu'on peine à croire qu'il s'agit de la même saga, toujours inachevée. Tout débute au sommet franco-allemand de 1989. A l'époque, le couple Mitterrand-Kohl avance main dans la main et veut sceller sa coopération dans des projets ambitieux. Quoi de plus stratégique de l'énergie ? Le programme baptisé « European Pressurised Reactor » est officiellement lancé en 1992. Dans une Europe encore ébranlée par l'onde de choc de la catastrophe de Tchernobyl en 1984, ce réacteur promet d'allier davantage de puissance à une sécurité optimale.
Mais derrière la bonne entente des dirigeants, la relation entre les ingénieurs français et allemands est loin d'être idyllique car trop déséquilibrée. A la sortie des années 1970-1980, la filière nucléaire tricolore est ultra-compétitive et s'exporte dans le monde entier. EDF n'est pas enchanté de repartir d'une feuille blanche et de jeter à la poubelle ses travaux sur le réacteur REP-2000, successeur annoncé du réacteur N4+, dernier modèle à avoir été mis en service à ce jour en France à Civaux, à la fin des années 1990.
Les autorités de sûreté française et allemande ont aussi des attentes différentes, l'Allemagne réclamant des enveloppes de protection de béton et d'acier nettement plus épaisses autour du réacteur. Sans parvenir à s'entendre, chacun empile ses réglementations dans le cahier des charges conçu comme une cathédrale de normes. Jusqu'à devenir impossible à construire ? « L'EPR est un engin trop compliqué, quasi-inconstructible », a admis lors d'une audition à l'Assemblée nationale l'ancien PDG d'EDF Henri Proglio.
À lire également
Malheureusement, l'Allemagne est une partenaire capricieuse, qui après avoir dicté ses conditions, se retire du projet à la faveur d'un changement de coalition. En 1998, les écologistes entrés au gouvernement gèlent les projets nucléaires outre-Rhin. Les industriels français héritent seuls d'un design de réacteur qu'ils n'ont pas vraiment voulu et qui ne leur garantit aucune commande.
Paul Marion