La bataille de Suez est lancée

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Jean-Pierre Clamadieu, président d'Engie (à g.), Bertrand Camus, directeur général de Suez (au centre) et Antoine Frérot, PDG de Veolia (à dr.).
Jean-Pierre Clamadieu, président d'Engie (à g.), Bertrand Camus, directeur général de Suez (au centre) et Antoine Frérot, PDG de Veolia (à dr.). (Crédits : Reuters)
C'est le feuilleton industriel et boursier de la rentrée: Veolia parviendra-t-il à conquérir Suez pour accomplir le projet déjà ancien d'une union entre ces rivaux centenaires, leaders mondiaux de l'eau et des déchets ?

Le PDG de Veolia, Antoine Frérot, a secoué le marché financier, les acteurs du secteur et les observateurs en annonçant dimanche soir qu'il offrait de racheter à Engie l'essentiel de ses parts (29,9%) dans Suez, avant de lancer, dans un second temps, une OPA sur le reste des actions.

Son ambition: construire le "champion mondial de la transformation écologique", un géant français pesant plus de 40 milliards d'euros, apte à proposer plus de services et d'innovations "pour préserver les ressources de la planète", sur fond de compétition accrue - chinoise notamment. Un plan "gagnant pour tous", à l'en croire.

Et pourtant l'affaire n'est pas entendue: la cible ne compte pas se laisser prendre et le vendeur a l'intention de faire monter le prix, comme l'a fait savoir le président d'Engie vendredi.

"Le compte n'y est pas", a-t-il dit sur BFM Business. Jean-Pierre Clamadieu appelle aussi Veolia à revoir le contenu du projet, et se dit prêt à étudier un plan alternatif que pourrait lui présenter la direction de Suez, tout en appelant les deux parties à "instaurer le dialogue".

L'emploi au cœur de la bataille

Le directeur général de Suez, Bertrand Camus, a toutefois adopté un ton offensif pour dénoncer le projet de Veolia, dans un message aux salariés.

"Cette démarche n'est ni amicale, ni pertinente. Elle nie la spécificité de nos valeurs, de notre culture et de notre projet stratégique", présenté il y a moins d'un an, écrit-il. Ce patron de 53 ans, nommé au printemps 2019 et qui a fait sa carrière dans le groupe, dénonce les risques pour "nos équipes, nos emplois, pour [...] la concurrence".

Entourée de banquiers conseils, la direction cherche aujourd'hui à "préserver l'intégrité de Suez", la lointaine descendante de la compagnie du canal et de la Lyonnaise des Eaux.

Elle n'a guère de temps puisque l'offre de Veolia court jusqu'à fin septembre.

Mais d'ores et déjà, la bataille d'influence est engagée sur l'emploi, sur lequel l'État, actionnaire de référence d'Engie, a prévenu qu'il serait vigilant.

Le Premier ministre Jean Castex a estimé que le rapprochement "fait sens" industriellement, tout en rappelant l'importance du maintien de l'emploi en France.

Lire aussi : Jean Castex apporte son soutien au rapprochement Veolia/Suez

Antoine Frérot promet qu'il n'y aura "pas d'impact négatif" en la matière.

"Ce projet ne peut se faire sans impacts sociaux", a répondu vendredi la CGT de Suez, qui appelle à arrêter le travail deux heures mardi.

Des vagues

Le sort de l'activité Eau de Suez en France est au cœur des préoccupations.

Face aux obligations anti-trust, Veolia prévoit de revendre cette branche de 11.000 salariés (sur les 30.000 que compte Suez en France et 90.000 dans le monde) au fonds français Meridiam, spécialisé dans les infrastructures.

Cela créerait "un changement radical sur le marché français de l'eau", dit M. Clamadieu: "on n'aurait plus qu'un seul acteur stratégique", Veolia, quand les autres (Suez et Saur) seraient détenus par des fonds, d'abord "attentifs à leurs retours" sur investissement.

Lire aussi : Le rachat de Suez n'aura pas d'impact sur le prix de l'eau, selon Veolia

Suez a reçu le soutien de Christian Estrosi, maire de Nice et ex-ministre de l'Industrie, pour qui "fusion rime toujours avec rationalisation!".

Mais, globalement, les collectivités locales, clientes historiques des deux frères ennemis, regardent pour l'instant le match.

"Elles profitent aujourd'hui d'une concurrence saine et créative entre prestataires, dans l'eau comme les déchets. Alors qu'il y a 15 ans on était plutôt dans une logique de 'partage du gâteau'. Il ne faudrait pas perdre cela au profit d'un 'grand tout'", commente un bon connaisseur des collectivités, interrogé par l'AFP.

Et en même temps, le secteur a besoin d'innover: "Pourquoi le recyclage reste-t-il si peu compétitif? Peut-être qu'un grand groupe permettrait d'amorcer les solutions".

Le projet de Veolia a "des chances supérieures à 50%", juge à ce stade Tancrède Fulop, analyste financier chez Morningstar.

"Engie a implicitement annoncé en juillet qu'il veut céder sa part [dans Suez]", souligne l'analyste, qui ne "voit pas vraiment d'autre repreneur possible à part peut-être la Caisse des Dépôts".

Pour lui, Engie a aussi les moyens de "faire monter les enchères" au-delà des 2,9 milliards d'euros proposés par Veolia, "étant donné les gros flux de trésorerie de Suez et qu'Engie n'est pas dans l'urgence de vendre".

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Commentaires
a écrit le 05/09/2020 à 16:42 :
La reconstitution du monopole de l'eau et assainissement ajouté à celui des déchets tellement mal géré n'est pas une bonne nouvelle. La facture d'eau est une variable sensible auprès des habitants, ainsi que le ramassage des poubelles. L"emprise du monopole sur les élus va se trouver renforcée, avec la bénédiction de l'Etat. La décentralisation n'est pas pour demain.
a écrit le 04/09/2020 à 15:51 :
"La bataille de Suez est lancée"

Et c'est sur quel canal ?

Ouais bon ça va c'est la fin de semaine hein...

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