Bertrand Camus (Suez) juge l'offre de Veolia "particulièrement hostile"

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Antoine Frérot, a déclaré ce matin sur BFMTV : Je réitère mon invitation à Bertrand Camus [DG de Suez] à venir discuter avec moi de ce magnifique projet. Pour le PDG de Veolia, il y a une vraie logique industrielle à ce rapprochement. Pourtant, les chevauchements d'activités sont nombreux en France, ce qui pousse l’État français, détenteur de 23,6% du capital d'Engie, à se montrer vigilant.
Antoine Frérot, a déclaré ce matin sur BFMTV : "Je réitère mon invitation à Bertrand Camus [DG de Suez] à venir discuter avec moi de ce magnifique projet". Pour le PDG de Veolia, il y a une vraie logique industrielle à ce rapprochement. Pourtant, les chevauchements d'activités sont nombreux en France, ce qui pousse l’État français, détenteur de 23,6% du capital d'Engie, à se montrer "vigilant". (Crédits : DR)
En rachetant les parts d'Engie dans Suez, l'objectif de Veolia est de "construire le super champion mondial" de la transformation écologique, sur fond de besoins croissants et de concurrence accrue. Mais Suez, par la voix de son directeur général, Bertrand Camus, juge cette opération "particulièrement hostile". Engie, qui veut se désengager de Suez, souhaite un prix plus élevé et n'exclut pas d'examiner des propositions alternatives qui pourraient survenir au cours des prochaines semaines.

[Article mis à jour à 18h15]

La bataille de Suez sera sans merci. Ce mercredi, trois jours après avoir annoncé son intention de racheter à Engie l'essentiel de la participation qu'il détient dans Suez, Antoine Frérot, le PDG de Veolia n'y est pas allé de main morte pour exprimer sa détermination. Face aux résistances de Suez et de son actionnaire de référence, il n'a pas exclu pas de transformer son "offre amicale" en OPA si l'offre faite à Engie n'aboutissait pas. S'exprimant sur BFM Business, il a expliqué que le prix proposé était un "un très bon prix", "un prix fair", et a tendu la main au directeur général de Suez, Bertrand Camus, pour discuter de ce projet qui vise à "créer un super champion des services à l'environnement".

"Je réitère mon invitation à Bertrand Camus de venir discuter avec moi de ce magnifique projet", a déclaré Antoine Frérot, en précisant avoir appelé son homologue de Suez début août, au moment où Veolia commençait à mûrir son dessein.

Il ajoutait, à propos des réticences de Suez :

"Bertrand Camus a souhaité essayer de continuer sa route seul, ce que je comprends aussi. Je lui réitère aujourd'hui mon invitation à construire ensemble ce projet. Il y a une place pour tout le monde dans ce projet, pour tous les salariés, tous les managers, tout le top management de Suez", a assuré le patron du numéro un mondial du traitement de l'eau et des déchets.

Or, Bertrand Camus n'a pas changé d'avis. Au contraire. Dans une lettre adressée mercredi aux 90.000 salariés du groupe, il a qualifié l'offre de "particulièrement hostile".

"L'offre que notre concurrent historique a soumise à Engie dimanche soir est particulièrement hostile", assure Bertrand Camus dans ce courrier.

Evoquant "une annonce opportuniste et précipitée", ce dernier déplore le schéma concocté par Veolia pour obtenir le feu vert vert des autorités de la concurrence, à savoir vendre les activités de l'eau en France au fond d'investissement Meridiam.

"L'émotion est d'autant plus forte que les activités de l'eau en France, qui occupent une place particulière au cœur du groupe, de son histoire, de son expertise, seraient vendues à un fonds d'investissement", écrit  Bertrand Camus, relevant que Suez est "le premier opérateur mondial privé de distribution d'eau, en population desservie".

Des mots bien plus forts que ceux employés par le conseil d'administration de Suez lundi, lequel faisait valoir que "la stratégie proposée (par Veolia) engendrerait des disynergies et des pertes d'opportunité en France et à l'international" et que "la complexité du processus retenu conduirait à deux années de perturbations opérationnelles, au moment où, dans le contexte post-Covid, les équipes sont focalisées sur la mise en œuvre de leur plan stratégique".

Bertand Camus en a même appelé au soutien de ses collaborateurs en leur disant :

"J'ai besoin de vous tous, de votre confiance et de votre engagement".

Engie est vendeur mais veut obtenir un meilleur prix

Hier mardi, Engie a souhaité que Veolia relève le prix de son offre d'achat de sa participation dans Suez et dit ne pas exclure l'examen de propositions alternatives qui pourraient survenir au cours des prochaines semaines, a-t-on appris ce jour-là de sources au fait du dossier.

Veolia avait proposé dimanche de racheter l'essentiel de la participation d'Engie dans Suez - soit 29,9% de quelque 32% à 15,50 euros par action, représentant un montant de 2,9 milliards - en prévoyant ensuite une offre sur le reste du capital du numéro deux mondial de la gestion de l'eau et des déchets.

"Cette offre tombe à point nommé pour Engie car le groupe a besoin d'argent pour investir dans les renouvelables et opérer son recentrage. Mais le montant proposé n'est pas suffisant, il faut que Veolia revoie sa copie", a déclaré à Reuters une source interne à Engie, selon laquelle le président du conseil Jean-Pierre Clamadieu a fait connaître cette position aux administrateurs du groupe.

Selon une autre source au fait du dossier, un prix de 17,00 euros par action, évoqué dans un premier temps par BFM Business, "serait plus proche de ce qu'Engie est en droit d'attendre".

Engie a aussi demandé à Suez d'examiner la possibilité de racheter lui-même la participation du groupe à son capital, ont également indiqué deux des sources interrogées par Reuters.

À la recherche d'un chevalier blanc ?

L'une de ces sources a ajouté qu'Engie se réservait la possibilité d'examiner des propositions alternatives qui pourraient émerger de la part d'un ou plusieurs autres investisseurs, soulignant qu'un conseil d'administration du groupe prévu fin septembre, juste avant l'expiration de l'offre de Veolia, serait quoi qu'il en soit toujours dans les temps pour se prononcer sur celle-ci.

Engie jouera le rôle d'arbitre

L'une des sources interrogées par Reuters a cependant défendu mardi la proposition de Veolia, saluant un projet industriel de "grande qualité" et un prix représentant une prime de 50% par rapport au cours de l'action Suez avant qu'Engie ne dise réfléchir à toutes les options vis-à-vis de sa participation.

Dans une note, les analystes de Berenberg ont estimé que la posture défensive de Suez ne constituait pas une surprise étant donné sa rivalité historique avec son prétendant. Ils ajoutent que si Engie finit par accepter l'offre de Veolia, "Suez risque d'être confronté à une tâche difficile" pour convaincre ses autres actionnaires de la rejeter.

La CGT d'Engie craint de son côté que cette opération ne signe "le début du démantèlement" pour Engie et Suez.

Antoine Frérot fait valoir la logique industrielle

Le PDG de Veolia, Antoine Frérot, a fait valoir lundi la logique industrielle d'un rapprochement avec Suez alors même que les marchés des deux groupes sont fortement complémentaires à l'international.

Les chevauchements d'activités sont toutefois nombreux en France, un point qui avait fait achopper de précédentes discussions informelles menées sur un rapprochement en 2012 et qui pousse l'État français, détenteur de 23,6% du capital d'Engie, à se montrer "vigilant" sur les conséquences de l'opération, notamment en terme d'emplois.

(avec Reuters et AFP)

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Commentaires
a écrit le 03/09/2020 à 12:50 :
Il n'y a aucun problème qu'un bon chèque ne saurait résoudre.
a écrit le 02/09/2020 à 19:12 :
Mettez vous à sa place : il y aura un patron de trop si ça se fait.
Réponse de le 03/09/2020 à 14:47 :
@Asimon 02/09/2020 19:12
Une personne du calibre de monsieur Bertrand Camus n'a pas de souci à se faire pour son avenir.
Cordialement
a écrit le 02/09/2020 à 13:41 :
On peut légitimement douter que l'UE accepte cette fusion ou OPA qui propulserait Véolia en position de monopole. Si l'action se poursuit, de graves ennuis sont à prévoir.
Réponse de le 03/09/2020 à 12:56 :
@candide 02/09/2020 13:41
En effet, cela risque de bloquer pour obtenir les accords de la Commission Européenne et d'autres instances internationales mais on peut supposer que Véolia a prévu une solution de repli.
Cordialement
a écrit le 02/09/2020 à 11:39 :
Ancien cadre d'Elf Aquitaine la posture de Camus me rappelle celle de Philippe Jaffré en 1999 lors de l'OPA de Total, il a refusé dans un premier temps puis a dû céder, devant le côté inéluctable de l'opération, celui qui tire le premier gagné à la fin.
Je fais le pari que Suez finira chez Veolia et que Camus louera les vertus du nouveau groupe.
Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis.
a écrit le 02/09/2020 à 10:19 :
Avec les égos surdimensionnés des dirigeants , il est vraiment difficile de construire un groupe de taille mondiale. On avait déjà connu cette situation dans l'acier avec Usinor qui finira avalé par l'indien Mittal.
a écrit le 02/09/2020 à 9:58 :
Je constate que la seul chose dont finalement aucun des acteurs ne parle, c'est la transformation et l'innovation.

La question du business des actions et des retours boursiers prend plus de place que le reste.....

C'est vrai que la pompe a fric de l'état financera dans tout les cas.... ou plutôt nos impôts.... Pour autant il serait bien qu'il puisse donner des perspectives dans le développement et non un jeu d'actionnaires qui me rappel les télécoms et ce que l'on a constater a terme, le vide !
Réponse de le 03/09/2020 à 10:57 :
Exact, la transformation en entreprise digitale basé sur l'IA et l'innovation.
Les seules choses qui comptent vraiment pour continuer à exister en 2030 et ils s'en fichent...
a écrit le 02/09/2020 à 9:36 :
Bah encore quelques restos de plus et leur décision sera prise.

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