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Smart City : comment Paris veut surfer sur les JO pour accélérer sa transition écologique

Photo de Dominique Pialot

Dominique Pialot

Publié le 04 mars 2017 à 07:31 - Mis à jour le 06 mars 2017 à 10:07

Le Quotidien Numérique

17 juillet 2026

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La candidature Paris 2024 comporte un volet environnemental robuste. Accompagné par le WWF France, le comité d’organisation mise notamment sur ces atouts pour l’emporter le 13 septembre prochain. Mais, avant même les Jeux, la capitale française entend bien profiter de la candidature pour sécuriser et accélérer certains chantiers et sensibiliser le grand public aux enjeux de la transition écologique.

« Je rêve d'un film 'Demain' avec des sportifs », avoue Jérôme Lachaze, en charge du développement durable au sein du Comité de candidature Paris 2024, faisant référence au César 2016 du documentaire réalisé par Cyril Dion et Mélanie Laurent qui présente moult solutions durables (notamment via la permaculture) pour faire advenir un monde meilleur. Et, des sportifs, il en a d'ailleurs identifié une bonne centaine qui affichent des convictions écologiques.

D'ailleurs, c'est leur figure de proue, le champion de kayak Tony Estanguet, co-président du comité de candidature, qui a proposé à la présidente du WWF France, la navigatrice et ingénieure agronome Isabelle Autissier, de présider le comité d'excellence environnementale de Paris 2024. Proposition acceptée, à la condition de définir en amont la stratégie environnementale de la candidature, une démarche dans laquelle l'ONG accompagne le comité de candidature depuis mai 2016 et qui peut s'interrompre à tout moment : dans le cas cas où le comité fléchirait dans ses ambitions et, par exemple, accepterait de s'acoquiner avec des sponsors peu recommandables aux yeux de l'ONG.

« Le choix d'un partenaire indépendant comme le WWF-France garantit des objectifs environnementaux clairs et chiffrés », se félicite Jérôme Lachaze.

La chasse aux "éléphants blancs" est ouverte

La maire de Paris (ville hôte, au même titre que d'autres collectivités telles que le département de Seine-Saint-Denis, Plaine Commune Marseille ou la Région Ile-de-France) est un des moteurs de cette recherche de l'excellence environnementale. L'objectif est bien entendu de se distinguer, dans une compétition où, désormais, Paris n'est plus opposée qu'à une seule autre métropole, à Los Angeles.

« Depuis la réforme des candidatures en 2014, le CIO entend mettre plus fortement l'accent avec son agenda 2020, sur le développement durable et la notion d'héritage, afin d'éradiquer les 'éléphants blancs'", rappelle Jérôme Lachaze.

Les "éléphants blancs", ce sont ces infrastructures prestigieuses, construites spécifiquement pour les Jeux et inadaptées aux besoins des habitants, qui sont ensuite désertées et tombent ensuite en ruine pour cause d'entretien trop onéreux. Depuis l'origine, la candidature parisienne repose sur 95% d'installations déjà existantes ou temporaires. Ces dernières sont étudiées en détail, qu'il s'agisse de préserver la flore exceptionnelle du Champs de Mars, ou de prévoir la dépollution et la "renaturation" du « Terrain des essences » à la Courneuve (Seine Saint-Denis), une enclave dans une zone Natura 2000 qui pourrait être classée et ouverte au public après les JO.

Les recommandations du WWF en ligne avec celles du GIEC

Le WWF France a choisi de surfer sur la dynamique de la COP21 en visant des Jeux en ligne avec l'Accord de Paris. L'ONG a donc calé ses calculs sur les recommandations du GIEC pour respecter l'objectif d'une hausse des températures plafonnée à +2°C, en se fixant 2024 pour horizon.

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« Cette ambition repose notamment sur la réalisation d'un bilan carbone estimatif pendant la phase de candidature », précise Audrey Solans, qui pilote l'ambition environnementale de Paris 2024 au sein du WWF.

Les calculs aboutissent à des émissions de 55% inférieures à celles des Jeux de Londres en 2012, à ce jour les plus « durables » de l'histoire et qui servent d'ailleurs d'inspiration pour l'aménagement de son quartier East London. « En établissant un bilan carbone estimatif dès la phase de candidature, nous sortons des ambitions non étayées souvent avancées à ce stade », souligne Jérôme Lachaze.

La neutralité carbone en ligne de mire

La situation de Paris, qui bénéficie d'une desserte ferroviaire très dense, avec 85% des villes françaises de plus de 100.000 habitants situées à moins de quatre heures de train, permet de n'envisager que 27% des déplacements par avion. Lesquels sont l'un des postes les plus émetteurs dans ce genre d'événements. Des billets combinés avec la SNCF sont donc prévus afin d'inciter les spectateurs à préférer le train. Sur place, des trajets exclusivement effectués en transports publics ou partagés permettent d'abaisser la part des déplacements à 40% du total. Au-delà de l'incitation tarifaire, « nous cherchons à rendre ludique l'action environnementale, permettant de valoriser les efforts des spectateurs ». Il est aussi question d'une compétition pour élire la nation ayant adopté les gestes les plus responsables.

Une stratégie de compensation de l'événement ambitieuse doit permettre d'atteindre la neutralité carbone. Le budget, qui correspond aux émissions estimées à 1,56 million de tonnes équivalent CO2 s'établit à 31 millions d'euros, sur la base d'un cours du carbone de 20 euros par tonne, soit le haut de la fourchette.

« Nous voulons aller plus loin que la simple compensation de 1 pour 1, en englobant à la fois des projets de terrain nationaux, internationaux ou en lien avec le sport et présentant aussi des bénéfices en termes sociétaux », précise Jérôme Lachaze.

Une ambition validée par les politiques existantes

Le positionnement de la capitale française sur de nombreuses thématiques environnementales -de la qualité de l'air aux transports publics en passant par la biodiversité, le plan alimentation durable ou encore l'exemplarité d'un quartier tel que la ZAC Batignolles, hérité d'une candidature perdue- confère de la crédibilité au programme avancé dans la candidature et a permis de pousser les ambitions plus loin, affirme-t-on à la Ville de Paris. Primée devant 125 villes par le Earth Hour City Challenge du WWF en 2016, dirigée par la présidente du réseau C40 qui regroupe les villes les plus en pointe dans la lutte contre le changement climatique, la capitale française est particulièrement exemplaire.

Mais d'autres parties prenantes affichent des ambitions, à l'instar de Plaine Commune (Seine-Saint-Denis), où le village olympique doit occuper un programme immobilier d'ores et déjà programmé. « C'est une municipalité remarquable en matière de développement durable », souligne Audrey Solans. Aussi le projet immobilier affiche-t-il depuis l'origine de fortes ambitions en matières de performance environnementale. De façon générale, « Le travail mené en local avec FNE Ile-de-France permet d'élaborer des projets répondant aux attentes des territoires » ajoute pour sa part Jérôme Lachaze.

Accélérer des projets liés au "Grand Paris", se baigner dans la Seine...

Mais dans la perspective des Jeux, et grâce à l'enveloppe dédiée à la candidature (60 millions d'euros au total) le village olympique sera plus durable encore, avec notamment « plus d'énergies renouvelables, l'enterrement d'une ligne à haute tension ou encore la construction d'une passerelle au-dessus de la Seine », selon Audrey Solans.

Ce n'est là qu'un exemple parmi d'autres des projets qui devraient être amplifiés, sécurisés ou accélérés dans la perspective de l'événement.

C'est le cas de l'avancement des travaux du Grand Paris, dont les lignes 16 et 17 (qui passent toutes deux par Saint-Denis et le Bourget) sont essentielles pour les déplacements des spectateurs. Ou encore de la baignabilité de la Seine, prévue pour accueillir les 10 kilomètres nage libre ou les 1.500 mètres du triathlon. L'héritage des Jeux permettrait ainsi de donner enfin corps à cette Arlésienne apparue avec Jacques Chirac en 1988, en sécurisant les promesses faites par Anne Hidalgo d'ouvrir plusieurs lieux de baignade dans la capitale, et jusqu'à une dizaine en Ile-de-France.

Inventer un nouveau modèle

S'ils se tiennent à Paris, les Jeux sont aussi une opportunité unique de toucher 3 millions de spectateurs, dont 70% de Français. L'occasion de leur faire découvrir des comportements plus responsables, notamment en matière de transports, dans l'espoir qu'ils les conservent durablement. Dans cet esprit, le projet de labellisation des restaurateurs situés sur ou à proximité des sites ayant adopté une charte responsable, si son impact est sans commune mesure avec celui des normes de constructions ambitieuses, a un rôle à jouer pour sensibiliser aussi bien les restaurateurs que les consommateurs.

« Dans l'hypothèse où nous organisons les Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024, nous créerons dès 2018 un laboratoire d'innovation en open source autour de l'énergie, l'eau et les matériaux, pour inventer, si possible sur les principes de l'innovation frugale, des solutions réplicables dans le monde entier », avance Jérôme Lachaze, qui rêve de faire la démonstration de Jeux hyper compacts, battant en brèche l'image environnementale négative habituellement attachée à ces événements.

Et si Paris perdait les Jeux encore une fois ?

Et si les Jeux échappaient une nouvelle fois à Paris ? Certes de moindre  ampleur, le volet « sensibilisation » pourrait néanmoins être décliné via la charte éco-responsable signée par 22 organisateurs d'événements sportifs avec le WWF France et le secrétaire d'Etat aux Sports dont le tournoi de tennis de Roland Garros ou le Marathon de Paris. Un groupe de travail spécifique au sport planche également sur le prochain plan Climat de la capitale, qui vise la neutralité carbone dans tous les domaines à l'horizon 2050.

Plus largement, la Ville de Paris a élaboré un « plan d'accompagnement à la candidature » regroupant pas moins de 43 actions destinées à faire en sorte que cette phase de candidature en elle-même, indépendamment du résultat annoncé le 13 septembre prochain, puisse être un accélérateur des politiques publiques en matière de ville durable.

La candidature de Paris n'est pas calée sur la deuxième échéance, 2028

Evénement mobilisateur (69% des Français et 77% des sportifs se disent favorables à la tenue de Jeux à Paris), cette étape doit notamment permettre de découvrir de nouvelles façons de pratiquer le sport à Paris, de renforcer les liens au sein du Grand Paris ou encore de se familiariser avec des modes de transport, de construction ou d'aménagement plus durables... qui, à leur tour, doivent concourir à renforcer la solidité de la candidature parisienne sur ces thèmes.

Face à la difficulté de partager les deux villes et au tarissement des candidatures, le Comité international olympique (CIO) pourrait décider, le 13 septembre prochain, d'accorder à Los Angeles et Paris, désormais seuls en lice, les Jeux de 2024 et 2028.

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Mais « l'ensemble des garanties et des projets immobiliers figurant dans la candidature (tels que le village olympique de Plaine Commune, Ndlr) sont calés sur l'échéance de 2024, rappelle Jérôme Lachaze. Nous ne sommes pas candidats pour 2028. »

Dominique Pialot

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