« Le solaire n’a pas dit son dernier mot » (André Joffre)
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De quoi la crise énergétique qui secoue l'Europe aujourd'hui est-elle annonciatrice ?
André Joffre Le contexte énergétique accélère les mutations et les transitions. On peut même parler de révolution : en un an, on a fait un bond de quinze ans ! Les choses vont encore beaucoup bouger, notamment les prix qui vont rester hauts, ce qui justifie d'autant plus l'autoconsommation. Cela va secouer du côté des énergies renouvelables (EnR) ! Les objectifs de production ont été revus à la hausse en Europe, et sur le marché français, il faudrait passer de 1 GW solaire par an à 10 GW en une décennie. D'où cette volonté d'accélérer sur les EnR, avec ce qui est, peut-être, l'aboutissement du solaire.
Quelles sont les conséquences pour l'autoconsommation, qui n'est pas encore très développée en France ?
A.J. On peut dire que l'on rentre réellement dans le domaine de l'autoconsommation. Aujourd'hui[1], les entreprises achètent l'électricité à 350 euros/MWh alors qu'elle était à 70 ou 80 euros début 2021 et que l'on ne sait pas ce que ce sera demain. Or, avec une installation photovoltaïque en autoconsommation sur un toit, on est à 100 euros/MWh. Un écart tel que la rentabilité de ces installations est élevée... Ces dernières années, de nombreux dossiers restaient lettre morte. Aujourd'hui, tout le monde veut du solaire. Dans le Sud, on a beaucoup de demandes pour des bâtiments logistiques avec frigos, des entreprises de l'agroalimentaire ou du tourisme, qui sont particulièrement bien adaptées au solaire puisqu'il y a une coïncidence entre les besoins de froid et l'ensoleillement. Les collectivités accélèrent aussi et elles comprennent que celles qui ont déjà investi en tirent profit plus tôt que prévu.
Quels ont été l'histoire et le parcours législatif de l'autoconsommation en France ?
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A.J. Jusqu'à une époque récente, les moyens de production d'électricité renouvelable étaient décentralisés, mais l'organisation du marché était hypercentralisée avec un opérateur unique, EDF. Aujourd'hui, le consommateur peut choisir de produire une partie de son électricité chez lui, ce qui révolutionne les choses... On a commencé à discuter de ces questions en 2013 et on ne disait pas « autoconsommation » mais « autoproduction ». Mais cela peinait à s'installer : dans la loi 2015 sur la transition énergétique pour la croissance verte, on a réussi à faire apparaître le mot « autoconsommation » mais pour dire « une ordonnance fixera la définition dans l'année ». Le Président François Hollande a signé l'ordonnance en 2016 (ordonnance n° 2016-1019 du 27 juillet 2016 relative à l'autoconsommation d'électricité, ratifiée par la loi n° 2017-227 du 24 février 2017, NDLR), malgré énormément de lobbying. Car on ne vend pas que de l'électron mais aussi du transport, des taxes, et cela rapporte aux opérateurs, aux collectivités et à l'État... Sur l'autoconsommation individuelle, il a fallu faire le siège de Bercy pour obtenir de supprimer une taxe du Code des douanes lorsque le financement de l'opération solaire faisait appel à un tiers investisseur, ce qui a été fait dans la loi de finances 2019.