Les projets pétroliers développés avant 2025 sous la menace du couperet climatique
Frédéric Simon, Euractiv

En Europe, les sociétés pétrolières sont confrontées à une réglementation plus stricte sur les émissions de carbone.
Bpifrance
Frédéric Simon, Euractiv

En Europe, les sociétés pétrolières sont confrontées à une réglementation plus stricte sur les émissions de carbone.
Bpifrance
Les géants du pétrole américain, ExxonMobil, Chevron et ConocoPhillips, qui ont le plus massivement investi dans des projets de sables bitumineux et de schiste argileux, sont les plus exposés à la soudaine chute de la demande que pourraient entraîner des régulations climatiques tardives, relève le groupe de réflexion Carbon Tracker.
Ces compagnies « risquent de se retrouver avec des actifs bloqués, s'ils partent du principe que les gouvernements ne prendront pas des mesures énergiques pour limiter le changement climatique », avertit Andrew Grant, l'auteur du rapport.
En Europe, les sociétés pétrolières sont confrontées à une réglementation plus stricte sur les émissions de carbone. En cause, l'entrée en fonction, à la fin 2019, d'un nouvel exécutif européen déterminé à « faire de l'Europe le premier continent climatiquement neutre d'ici à 2050 ». En décembre, les chefs d'États européens ont approuvé l'objectif 2050, qui est désormais inscrit dans une loi contraignante. Des objectifs plus ambitieux concernant la réduction des émissions de gaz à effet de serre d'ici à 2030 sont également en préparation.
Afin de compenser ce risque, Carbon Tracker estime que les investisseurs devraient demander un taux de rendement plus élevé aux sociétés qui développent des projets onéreux tels que l'exploitation de sables bitumineux. Ces projets comptent également parmi les plus polluants et sont les plus sensibles à la volatilité des prix.
En outre, le risque de se retrouver avec des actifs bloqués demeure, « que le prix du pétrole monte, qu'il descende ou qu'il fluctue », soutient Andrew Grant. « Quel que soit le scénario, si une entreprise a des projets moins coûteux, alors par définition, le risque qu'ils comportent est plus faible et le rendement plus élevé », explique-t-il.
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Les compagnies pétrolières ont balayé ces avertissements, affirmant qu'elles s'adapteront à l'évolution des conditions du marché et des environnements réglementaires.
Les estimations de Carbon Tracker reposent sur l'idée que les décideurs politiques vont « agir avec détermination » pour contenir la menace climatique d'ici à 2025, conformément aux projections de l'Agence internationale de l'énergie, qui sont les plus prudentes.
Une action politique précoce de la part des compagnies pétrolières facilitera la planification et permettra d'éviter les blocages, indique le rapport.
En Europe, Total, Eni et Equinor sont considérés comme les moins exposés aux risques climatiques, car ils ont commencé à diversifier leurs portefeuilles en investissant dans les énergies renouvelables ou les stations de recharge pour véhicules électriques.
La compagnie pétrolière d'État, Saudi Aramco, qui affiche de faibles coûts de production, est l'une des moins exposées, avec une sensibilité au prix du pétrole inférieure d'environ 30 % à celle du reste de l'industrie du secteur. À l'inverse, « la valeur des projets pétroliers existants et modélisés d'ExxonMobil est d'environ 40 % plus sensible [au prix du pétrole] que le reste de l'industrie de production pétrolière », selon le rapport.
Cela devrait amener les géants du pétrole à repenser leurs stratégies d'investissement, selon Carbon Tracker. « Nous ne savons pas quand ni comment une inévitable réponse politique interviendra, ce qui complique la planification des entreprises », admet Andrew Grant.
Il ajoute cependant que la pression croissante de l'opinion publique concernant le changement climatique et la baisse des coûts des technologies pour les énergies renouvelables obligeront chaque compagnie pétrolière à agir en fin de comptes.
La question n'est plus de savoir si, mais quand, estime Andrew Grant.
Le nouveau PDG de BP, Bernard Looney, serait en train de plancher sur de nouveaux objectifs climatiques en vue de sa prise de fonction dans les prochains jours. Selon Reuters, les objectifs incluraient pour la première fois les émissions provenant des carburants et des produits vendus aux clients (champ d'application 3) plutôt que celles résultant de ses propres activités et de celles de ses fournisseurs (champs d'application 1 et 2).
En réalité, les grandes compagnies pétrolières ont déjà commencé à se retirer des projets d'exploitation des sables bitumineux. « Beaucoup de grandes compagnies pétrolières étaient auparavant exposées à ce type de projets. Elles les ont en grande partie vendus maintenant », souligne Andrew Grant. Ils appartiennent désormais à « une poignée de spécialistes au Canada », précise-t-il, ajoutant qu'ils sont les plus sensibles aux fluctuations des prix.
ExxonMobil a probablement été la dernière grande compagnie pétrolière à approuver un projet de sables bitumineux au Canada, à la fin 2018, a déclaré Andrew Grant. Mais elle a depuis ralenti le rythme de développement du site dans le nord de l'Alberta, où le début de la production était attendu en 2022.
« Depuis le ralentissement de 2014, la discipline d'investissement et les percées technologiques ont permis de réduire considérablement les coûts de production et de renforcer la capacité d'adaptation de l'industrie aux fluctuations du marché. Les investissements ont été en partie dirigés vers des projets à cycle court et à moindre intensité de capital », souligne François-Régis Mouton, en précisant que ces projets sont « très compétitifs ».
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Les grandes compagnies pétrolières européennes sont mieux préparées à la transition vers une économie sobre en carbone que leurs homologues américaines ou chinoises, selon le CDP, un organisme de surveillance financière. Dans un rapport publié en 2018, le CDP indique qu'une « division régionale » est apparue, les compagnies pétrolières européennes prenant la tête de la diversification de leurs portefeuilles tandis que les compagnies pétrolières chinoises, russes et américaines sont à la traîne.
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Par Frédéric Simon, Euractiv.com (traduit par Sandra Moro)
(Article publié le lundi 3 février 2020 à 09h27)
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Frédéric Simon, Euractiv