L'efficacité énergétique entre en Bourse

 |   |  612  mots
Machine à cycle organique de Rankine.
Machine à cycle organique de Rankine. (Crédits : DR)
Enertime, startup française qui permet aux industriels de transformer la chaleur perdue en électricité, veut lever 5 millions d’euros sur Alternext.

C'est à l'issue de premières carrières menées au sein de grands groupes, notamment dans l'énergie, que les co-fondateurs d'Enertime, Gilles David et Fabien Michel, ont jeté leur dévolu sur l'efficacité énergétique en 2008. Plus précisément, sur la transformation de chaleur en électricité. Qu'elle provienne de sources diffuses telles que la géothermie ou la biomasse, ou de chaleur fatale liée à des process industriels, Enertime valorise la chaleur grâce à des ORC, ou cycles organiques de Rankine.

Ces « machines à vapeur », dans lesquelles l'eau est remplacée par un fluide organique, sont particulièrement bien adaptées aux basses températures et à des projets distribués de petite échelle, jusqu'à des puissances de 5 mégawatts.  Enertime conçoit et construit la turbine, qui en est le composant essentiel. La startup propose des solutions sur mesure aux industriels, le marché sur lequel elle s'est principalement développée à ce jour. Ce qui ne l'empêche pas d'avoir un bureau à Strasbourg, au cœur de la géothermie française, un marché d'avenir sur lequel Enertime se contente à ce jour de participer, en partenariat avec Fonroche, au programme Fongeosec, une centrale géothermique de cogénération.

5 millions pour améliorer son bilan

Avec 32 salariés (d'une moyenne d'âge de 32 ans) maîtrisant 11 langues, la start-up est bien armée pour l'international et a déjà remporté deux contrats en Chine (dont l'un, avec le géant de l'acier chinois, Shanghai Baosteel) et un en Ukraine. Malgré tout, aujourd'hui, la moitié environ de son carnet de commandes se compose de projets français.

Si Enertime s'attaque aujourd'hui à la Bourse, c'est plus pour améliorer son bilan face à BPI, à la COFACE et au marché, et asseoir sa crédibilité vis-à-vis de ses clients, que par besoin de cash pour des investissements industriels. L'entreprise vise une levée de fonds de 5 millions d'euros, plus faible qu'attendu suite aux récentes déclarations de ses dirigeants. Dans un contexte boursier morose sur fond de Brexit, ils ne veulent surtout pas décevoir les investisseurs.  Les fonds Siparex et Amundi, ses actionnaires historiques, ainsi que le fonds Calao, renouvellent leur confiance à Enertime en s'engageant à souscrire, avec le management, 2,1 millions. Les actions du groupe peuvent être souscrites depuis ce mercredi 15 juin et jusqu'au 1er juillet, avec une fourchette indicative de prix compris entre 7,65 euros et 10,35 euros par action. La part du capital détenue par les fondateurs, de 32% avant l'introduction en Bourse, devrait baisser à près de 24% et le flottant s'établir à 16%.

Un marché français de 100 millions d'euros

Avec un chiffre d'affaires de 500 000€ en 2015, un carnet de commandes de quelque 7,1 millions d'euros à réaliser sur 2016 et 2017 et un projet de 7,5 millions en négociation pour 2017, Enertime vise une quarantaine de projets à 5 ans pour environ 100 millions d'euros de revenus. A moyen terme, l'objectif est de rester parmi les cinq leaders mondiaux. Sur un marché de la récupération de chaleur en pleine accélération (+ 500% entre 2010 et 2015) qui pèse aujourd'hui rien qu'en France environ 100 millions, Enertime ne compte en effet que peu de concurrents : General Electric, Turboden (filiale de Mitsubishi Heavy Industry), les américains Ormat et les italiens Exergy.

"Nous avons un boulevard devant nous, à condition d'un peu de capital", veut croire Gilles David. En plus d'améliorer le bilan pour faire bonne figure auprès des clients et des banques, la levée de fonds doit servir à renforcer les équipes commerciales, notamment à ouvrir une filiale en Chine. "Nous fabriquons en France des équipements vendus dans le reste du monde. Nous restons une société innovante et industrielle pour qui le numérique n'est qu'un moyen", insiste Gilles David.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 15/06/2016 à 23:38 :
Des récupérateurs de chaleur pour alimenter les batteries des chargeurs de véhicules électriques !
a écrit le 15/06/2016 à 22:52 :
Ce qui est complémentaire aussi vues les multiples sources de chaleur perdues dans le monde sont des récupérateurs de chaleur comme Ecostock d'Eco-Tech Ceram solution de valorisation de l'énergie par stockage et transport de chaleur qui mérite aussi qu'on en parle. L'Ecostock s'apparente à une pile rechargeable à la chaleur. Il est sous forme de container maritime classique, isolé, et contenant un stock de blocs céramiques réfractaires réalisés à partir de déchets industriels recyclés. Plusieurs containers peuvent être mis en batterie. L'Ecostock est branché sur les sources de rejets d'énergie d'un processus de fabrication industriel. L'énergie peut être soit réinjectée dans le dispositif de consommation d'énergie de l'usine, soit transportée pour un usage extérieur dans un rayon d'une dizaine de kilomètres. Dans ce dernier cas le container peut être transporté au niveau des sites collectifs de consommation de chaleur tel que des hôpitaux, les piscines municipales ou les réseaux de chaleurs urbains. Cette solution d'écologie industrielle est inspirée de solutions matures et robustes mais dont l'adoption s'est toujours heurtée à des coûts d'installation prohibitifs. Aussi pour réduire cette barrière économique, ETC et ses partenaires ont mis au point une solution technique éco-efficace pour le stockage de chaleur sur plusieurs aspects: une conception modulaire, transportable et "plug and play" du dispositif. Il fait l'objet de Financement participatif ouvert à tous sur la plateforme Enerfip et a la Banque Publique d'Investissement BPI dans ses actionnaires : https://enerfip.fr/projets/ecostock-1
a écrit le 15/06/2016 à 22:40 :
Le seul marché français d'Enertime est important. Les systèmes ORC (à cycle Organique de Rankine) sont en effet encore à peine utilisés en France en comparaison de l’Allemagne, l’Autriche, les Etats-Unis ou l’Italie qui les exploitent déjà énormément. En 2014 la puissance fournie par des modules ORC installés à travers le monde était de 1,8 GW. Les modules ORC pourraient accompagner l’Europe dans sa transition énergétique en valorisant des sources d’énergie jusque-là peu exploitables ou simplement négligées. Le gisement de production d’électricité à partir de chaleur industrielle perdue est estimé en France à 1,1 TWh et plus de 50% de ce gisement se situe entre 100°C et 200°C, ce qui place les modules ORC en pole position pour exploiter ces ressources et améliorer l’efficacité énergétique des usines. Jusqu’à 65MW équivalent récupérés pourraient provenir des seules aciéries et cimenteries. De même l’utilisation de micro-modules ORC dans le domaine du transport, en particulier routier et marin, permet la récupération des chaleurs perdues et l'auto alimentation en électricité et baisse de consommation jusqu'à environ 15% donc aussi diminution de la pollution. Le seul point faible des ORC est leur rendement assez faible qui est au mieux autour de 25%.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :