Macron sera-t-il l'artisan de la transition énergétique  ?

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(Crédits : Reuters)
Comme sur bien d'autres sujets, Emmanuel Macron n'était ni le plus écolo, ni le plus "nucléocrate" des candidats. Mais bien qu'elle ne constitue pas le cœur de son programme, les partisans de la transition énergétique misent sur son pragmatisme pour la mettre en œuvre.

«Il y a tout ce qu'il faut dans la loi pour que ce président soit celui de la transition énergétique, affirme Corinne Lepage. Pour lui qui est très pragmatique, ce qui importe d'abord, c'est de savoir combien coûtent et rapportent les différentes solutions - en matière de mix énergétique », ajoute-t-elle.

Sur certains sujets, Emmanuel Macron se montre volontiers ambitieux. Il manifeste ainsi une réelle volonté de massifier la rénovation énergétique des bâtiments, notamment des logements, un projet qui permet de cocher toutes les cases : maîtrise de la consommation d'énergie, baisse des émissions de CO2, lutte contre la précarité énergétique et création d'emplois. Cette ambition inspire confiance à Géraud Guibert (La Fabrique écologique) :

« Je pense qu'Emmanuel Macron est preneur d'un paquet bien ficelé ».

Pour Yves Marignac (négaWatt), « tout va dépendre de l'équilibre qui va se faire entre une approche qui continue à ne pas placer la transition énergétique au cœur d'un programme économique et industriel, et un pragmatisme économique qui le rend capable d'en saisir tout l'intérêt, et les opportunités ».

Tout en affirmant qu'aujourd'hui, le nucléaire est ce qui lui « permet, à structure productive constante, de fournir l'électricité la plus décarbonée », Emmanuel Macron s'est engagé à lancer dès le début du quinquennat tous les appels d'offres permettant d'industrialiser et de massifier les énergies renouvelables. Mais aussi à amener la part du nucléaire dans le mix électrique à 50 % en 2025, une promesse renouvelée le 5 mai face à Mediapart, alors même, reconnaît-il, que « personne ne sait dire concrètement comment y parvenir ».

Tout en s'inscrivant dans la loi de transition énergétique, il se refuse à dessiner une vision globale à moyen et à long terme. Pas question, comme il l'a répété à Mediapart, de viser une France 100 % renouvelables en 2050.

« Ce cap-là serait désespérant pour les salariés du secteur, a-t-il affirmé. 2025, c'est un cap que je peux tenir scientifiquement, politiquement et socialement ».

Au-delà, « je ne sais pas si la nouvelle génération [de nucléaire] qu'on est en train de faire n'aura pas de sens. »Or, c'est précisément en anticipant ces transformations afin de former ces mêmes salariés qu'on pourra éviter que le secteur de l'énergie connaisse le même sort que celui de la sidérurgie. Ses anciens bastions, les plus durement frappés par le chômage, ont massivement voté en faveur de Marine Le Pen le 7 mai.Ce manque d'anticipation a déjà contraint le gouvernement précédent à renoncer à fermer les centrales à charbon, faute de solution de reconversion des 400 salariés concernés. Tout comme l'absence de stratégie industrielle post-fermeture a nourri l'opposition des salariés de Fessenheim.

Quel ministère pour l'Énergie ?

Pourtant, les opportunités industrielles ne manquent pas pour l'opérateur historique : expertise en démantèlement nucléaire, développement des énergies renouvelables, services de maîtrise de la consommation et exploitation des réseaux qui, sur fond de décentralisation de la production d'énergie, sont les vrais actifs stratégiques de demain...

Le positionnement de l'énergie dans le prochain gouvernement pourrait également jouer un rôle déterminant dans la mise en œuvre de la transition. Observant que dans son programme celle-ci est traitée sous un angle industriel, ses partisans redoutent qu'elle ne réintègre le ministère de l'Économie, arguant que cette situation se traduit systématiquement par la main mise d'industriels aveuglés par des objectifs de court terme et rétifs à tout changement.

Huit ONG ont ainsi réclamé dans une lettre ouverte dès le 9 mai la création d'un grand ministère de l'Environnement au périmètre élargi, avec à sa tête un ministre d'État, numéro deux dans l'ordre protocolaire.

Géraud Guibert, président de la Fabrique écologique, suggère quant à lui de créer deux ministères, l'un chargé du mix énergétique, des transports et du logement, l'autre des sujets relevant plutôt de l'environnement et la nature (biodiversité, santé environnementale, etc.). Réponse à cette première question, qui pourrait en déterminer bien d'autres, dans les prochaines semaines...

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Commentaires
a écrit le 12/05/2017 à 10:42 :
Le problème important est bien la transition énergétique. Il faut le régler avec les syndicats ouvriers et leur faire comprendre que c'est dans l'intérêt des travailleurs en favorisant la création d'emplois.
a écrit le 11/05/2017 à 14:39 :
Il est évident qu'il faut deux ministères, l'un chargé de l'industrie (avec l'énergie) et l'autre des questions d'environnement. Avec un 1er ministre qui arbitre le cas échéant entre énergie et environnement. Sinon, à l'image de Mme Royal, on sacrifiera l'énergie pour faire briller la performance environnementale, avec un déclin de l'économie et la montée du chômage.
Macron ne connaît pas encore bien le dossier du nucléaire, et il a raison d'être prudent.
Dans le meilleur des cas, si les énergies nouvelles (mais aléatoires) se développent, la part du nucléaire dans le mix diminuera un peu tout en restant majoritaire, car on sait qu'on a besoin d'énergie "pilotable" pour compenser l'intermittence des énergies solaire et éoliennes.
Mais cette diminution s'accompagnera d'une progression sensible des factures d'électricité, comme en Allemagne où le kWh coûte 2 fois plus cher, car les énergies nouvelles génèrent des taxes servant à les subventionner : il faut en être conscient, et choisir en toute connaissance de cause ce que les politiques et les médias oublient souvent de rappeler.
Réponse de le 14/05/2017 à 8:11 :
Vous avez raison de préciser que le kWh est 2 fois plus cher en Allemagne. Une politique énergétique doit envisager le role du prix des énergies; énergie et économie sont liés par des relations économiques comme la croissance et le chomage.
a écrit le 11/05/2017 à 13:49 :
Belle photo de couple, et en plus, elle a sensiblement le même âge que Brigitte. Serait-on à l'aube d'une saga du style Dallas :-)
a écrit le 11/05/2017 à 13:22 :
non je ne suis pas m macron
mais dela a voir le comportement de m Moscovici
lui qui se fait offrir des costumes en cadeau
lui qui a ete incapables a son poste de ministre
le voici en donneur d'ordre a m Moscovici rembourser vos costard
car il n'y a de prescription que pour la justice
pas pour celle des electeurs
a écrit le 11/05/2017 à 13:15 :
Pour le bien commun.
La transition énergétique, c'est le domaine et le projet clef, presque symbolique de ce qui peut être mis en application (ou pas) par la "méthode centriste raisonnable".
Il faut espérer la réussite, car il n'est pas sur qu'il y ait d'autres chances de transition évolutive, ou de "régime transitoire".
Avec comme objectifs majeurs :
- de trouver des relais de croissance et de création d’emplois
- en même temps de faire évoluer les vieux modèles énergétiques
- et plus largement les modèles économiques.

L'évolution de la société, nécessite une évolution des méthodes.

La stratégie industrielle découle des technologies, des coûts et des "contraintes environnementales", mais aussi de l’état d'esprit.
C'est plus une question de pourquoi, que de comment. L’évolution technologique va de soi, mais pourquoi changer diraient les conservateurs ?
Et c'est surtout eux qu'il faudra convaincre, le problème étant que ceux qui ne disposent pas de capacités d’adaptation, ont parfois des capacités de nuisance à revendre.
L'environnement et l’énergie étant essentiels pour l'ensemble de la société, la protection de ce bien commun devrait être un objectif prioritaire. Beaucoup œuvrent dans ce sens depuis des années, tels Nicolas Hulot, José Bovais, Corine Lepage, Eva Joly, etc,... parfois ne-serais-que pour faire admettre des évidences.
Malheureusement on en est encore là, devant un choix entre le progrès et le maintien dans un passé parfois réel et parfois réinventé et parfois face à des archaïsmes dignes de l’époque de Germinal.

Au delà des partis et des hiérarchies de pouvoirs, E. Macron a réuni une "communauté majoritaire" autour de valeurs partagées, reste à mettre en action le travail collaboratif et coopératif qui va avec. Au delà de la bureaucratie, de l'oligarchie ou du simple réflexe protectionniste, il va falloir l’Adhocratie et l'économie de la connaissance.
a écrit le 11/05/2017 à 13:12 :
A prendre du recul on constate que Macron a sur les energies comme le reste la meme approche : plaire a tout le monde. Seulement voila on a vu cet hiver ce qu'amenait la mono-culture d'Etat nucleaire : 12 reacteurs arretes pour malfacons et necessité urgente d'importer. De plus les EnR sont moins cheres que le nuke et meme que le reseau, ce qui amene a constater que meme l'etat-major 'nouvelles tetes' n'a rien compris au changement profond d'organisation du secteur de l'electricite : beaucoup moins de vendeur d'electricité et beaucoup plus de vendeur de solution de production decentralisées.
Du coup meme un nuke Xeme generation hyper-optimisé sera toujours trop cher.
Meme la nouvelle generation est deja contaminée par la sclerose jacobine qui veut tout centraliser, et echouera donc dans ce domaine.
Réponse de le 11/05/2017 à 14:46 :
Les EnR sont 2 à 8 fois plus chères que le nucléaire, si on tient compte des subventions qui leur sont accordées et qui se traduisent en taxes pour le consommateur (CSPE et TVA sur la CSPE ! ), et si l'on ajoute les "externalités" c'est à dire le coût des mesures destinées à compenser leur intermittence (centrales au gaz servant de "backup", mécanisme de capacité, renforcement du réseau électrique).
En raison de ces externalités, elles entraînent des rejets de CO2 qui n'existent pas avec le nucléaire.
Et les composants provenant essentiellement de l'étranger (Chine pour les panneaux solaires...) notre indépendance énergétiques est précarisée.
Macron commence à le comprendre car il n'a pas d'a priori, et rétropédale malgré la présence de Ségolène et de Corinne Lepage (antinucléaire irréductible).
a écrit le 11/05/2017 à 12:01 :
La transition energétique se fera en cinquante ans; en accompagnant le marché de l'énergie; et surtout la politique des géants bien plus pollueur que nous (Chine, Inde, USA voire l'Allemagne avec ses central charbon)...

Subventionner indument par gloriole politique, affaiblit la France; et est marginal pour la planete.
a écrit le 11/05/2017 à 11:22 :
les écolos donneur de lecon sont les mal aimés !un point c est tout !
a écrit le 11/05/2017 à 10:40 :
Ce serait cocasse que Mr Macron prenne la royalitude dans son equipe. Le changement c'est quand ?
a écrit le 11/05/2017 à 10:23 :
" une promesse ..., alors même, reconnaît-il, que « personne ne sait dire concrètement comment y parvenir ».
Attention, la réalité est têtue !
a écrit le 11/05/2017 à 9:51 :
Sachant que les Français s'opposent aux éoliennes (un projet d'éolienne terrestre met au moins 5 ans à aboutir quand il n'y a pas trop d'opposants), que le solaire est compliqué à mettre en place en partie à cause de la politique monopolistique d'EDF, que tout projet en France d'une manière générale est sujet à contestation systématique, je souhaite bien du plaisir à nos nouveaux dirigeants pour faire bouger les choses.
Nota: je suis pronucléaire mais aussi en faveur du développement des énergies renouvelables, ça n'a rien d'incompatible; les moyens de la France ne permettent pas d'envisager autre chose.
Réponse de le 11/05/2017 à 13:07 :
Veuillez cesser de raconter des conneries, les Francais ne s'opposent pas aux EnR, ce sont un petit nombre d'ecolos, idiots utiles du nucléaire qui tentent de freiner, et beaucoup l'administration et les reste des lois Sarkozy (regle des 5 mats entre autres). Mais depuis que les ZDE ont ete abrogées, l'eolien reprend des couleurs.
Quand au PV, il se developpe et de mieux surtout en auto-consommation car il est moins cher que le reseau et donc que le nuke. Une seule chose empeche le PV de se developper plus encore : le mensonge du prix de l'electricite qui n'integre pas le cout de demantelement, assurance RC et stockage de dechets sur 100 000 ans.
Réponse de le 11/05/2017 à 14:43 :
@steph
Vous pourriez faire de la politique puisque vous répondez de travers à ce que j'ai dit et que vous m'insultez presque. J'ai dit que les français s'opposent aux éoliennes (et non aux EnR). je parle des français qui ont les moyens de s'opposer aux éoliennes cad ceux qui habitent à côté (et non les citadins, sauf s'ils ont une résidence secondaire à côté) et ceux-là d'une manière générale, la loi leur donne bcp de pouvoir pour s'opposer. Il y a des tas de pays où on en a installé bcp plus qu'en France.
Quant au solaire, les gens ne s'y opposent pas à ma connaissance de provincial d'une région ensoleillée ; il devrait bientôt se développer car la loi favorisant l'auto consommation va être publiée (pour l'instant ce n'est pas le cas).
Réponse de le 11/05/2017 à 17:19 :
Steph, dites vous que l'on ne peut pas résumer une politique énergétique en 6 lignes.
Si c'était aussi simple que vous feignez le croire, cela ferait longtemps que la décision aurait été prise de fermer le nucléaire.
Les externalités négatives du nucléaire sont élevées, mais celles des centrales à charbon indispensables les nuits d'hiver quand il n'y a pas de vent le sont aussi. Les ENR ne sont pas pilotables, notre société est fondée sur une énergie disponible en permanence.
Croire que la décision de fermer nos centrales pour les remplacer par 100 000 éoliennes est simple est une lubbie.

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