Nationalisation d’EDF  : ce que le candidat Macron a en tête

Après avoir annoncé la construction de six nouveaux réacteurs nucléaires EPR, plus huit à l’étude, le chef de l’Etat a proposé ce jeudi de reprendre 100% du contrôle d’EDF afin de financer son ambitieux programme. Mais les syndicats s’inquiètent d’un possible découpage du groupe à l'avenir, à l’image du projet « Hercule » prévu en 2019 et abandonné l’an dernier, qui prévoyait de séparer les activités d’EDF dans l’atome de celles dans les renouvelables. Explications.
(Crédits : Reuters)

A l'heure où la France s'interroge sur le financement de sa transition énergétique, la question s'invite dans la campagne présidentielle : faut-il modifier le statut de l'électricien EDF, coté en bourse depuis 2005 mais détenu à 84% par l'Etat, afin d'accompagner le renouveau du nucléaire voulu par le gouvernement ?

S'il n'en tenait qu'à Emmanuel Macron, en tout cas, le dossier serait déjà bouclé, ou en passe de l'être. Et pour cause, dans son ancien projet de réorganisation du groupe baptisé « Hercule », puis « Grand EDF », l'exécutif espérait ramener intégralement les activités nucléaires dans le giron public, en les séparant par là-même du pôle « renouvelables ». Refusée par les syndicats, vent debout contre un « démantèlement » d'EDF, et par la Commission européenne, inquiète d'un nouveau monopole d'Etat, cette idée avait finalement été abandonnée à l'été 2021.

Ou, du moins, suspendue. Car un « Hercule bis » pourrait bien être remis sur la table lors de la prochaine mandature. Dans le discours de présentation de son programme, jeudi 17 mars, le désormais candidat Emmanuel Macron a en effet ouvert la voie à de nouvelles discussions sur le sujet en cas de réélection.

« Je pense que sur une partie des activités les plus régaliennes, il faut considérer que l'Etat doit reprendre du capital, ce qui va d'ailleurs avec une réforme plus large du premier électricien français », a-t-il déclaré.

Faire baisser les coûts de financement

Implicitement, le chef de l'Etat fait mention des activités nucléaires d'EDF, après avoir acté le 10 février dernier sa volonté de relancer l'atome civil en France, et annoncé la construction de six nouveaux réacteurs EPR - plus huit posés en option sur le plus long terme -, ainsi que la prolongation « le plus longtemps possible » du parc existant. Au vu du mur d'investissement auquel EDF fait désormais face, l'exécutif espère donc assurer des coûts de financement moins élevé pour les futurs EPR.

Et pour cause, si les actifs nucléaires de l'électricien revenaient à 100% dans le giron de l'Etat, ces coûts s'en trouveraient amoindris, puisqu'EDF pourrait lever de la dette directement sur les marchés. « C'est une question essentielle. Si c'est une structure publique dans laquelle l'Etat peut injecter 30 milliards d'euros sans que la Commission européenne estime que cela distord la concurrence, la question du financement du parc est en partie réglée », souligne Nicolas Goldberg, senior manager Energie chez Colombus Consulting

« Le gouvernement veut éviter de faire comme à Hinkley Point, en Angleterre, où l'EPR a été financé essentiellement sur des fonds privés. Car on voit que cela revient trop cher, autour de 100 euros le MWh ! Selon le National Audit Office [l'équivalent de la Cour des comptes outre-Manche, ndlr], changer le montage financier aurait pu permettre 30% d'économies », illustre le consultant.

Lire aussi 7 mnNucléaire : « Comment tout cela peut-il se financer puisque chacun sait qu'EDF est extrêmement endetté ? » (PDG EDF)

Mais Emmanuel Macron risque, une nouvelle fois, de se heurter à l'opposition des syndicats, inquiets d'un possible découpage du groupe dans le futur. « Cette nationalisation va-t-elle concerner le nouveau nucléaire uniquement ? La prolongation du parc historique ? L'hydraulique ? Et qu'adviendra-t-il des actifs dans les énergies renouvelables, qui sont aujourd'hui stratégiques ? », s'interroge Sébastien Michel, délégué fédéral FCE-CFDT.

« Attention aux grands effets d'annonce quinze jours avant l'élection d'une renationalisation, qui serait purement électoralistes et ne répondrait pas aux questions qui fâchent », avait pour sa part averti en janvier Fabrice Coudour, secrétaire général de la CGT mines-énergie.

Discussions coupées avec les syndicats

De fait, ces questions restent nombreuses. « Et notamment sur l'avenir d'EDF R&D, sur la viabilité d'EDF Commerce, ou encore sur une possible séparation entre RTE et Enedis. On peut se demander quelles sont réellement les obligations de service public d'EDF pour le gouvernement », développe Nicolas Godlberg.

Alors que l'exécutif avait promis une « grande consultation » des parties prenantes sur le sujet, entre EDF, l'Etat et les fédérations syndicales, ces dernières regrettent de n'avoir « toujours pas reçu de coup de téléphone ». « Le groupe vit, vend, achète. C'est le cours des choses. Mais il doit rester intégré, c'est-à-dire avoir une cohérence globale », fait valoir Sébastien Michel.

Lire aussi 9 mnEnergie : pourquoi les deux prochaines années seront décisives pour EDF

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Commentaires 16
à écrit le 22/03/2022 à 5:51
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L'un des sujets de la prochaine présidentielle, qui va sans doute impacter le plus la vie quotidienne des citoyens, est la nature des énergies de grande consommation prévues pour nos futures décennies. Le remplacement des hydrocarbures par l'électr...

à écrit le 20/03/2022 à 15:26
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On voit parfaitement le travail d'EQUIPE qui est réalisé par ce gouvernement puisque le libéllé de toutes les mesures prises ou envisagées commencent par " Macron a décidé de ........... " !!! C'est beau le collectif...

à écrit le 19/03/2022 à 15:18
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Macron c'est OSS sans l'17, y'aura-t-il quelqu'un pour l’arrêter ?

à écrit le 19/03/2022 à 15:18
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Vous oubliez qui a privatisé EDF. Vous auriez dû réfléchir a ca avant de le faire. Même problème pour les autres entreprises rentable de nos administrations... Vivement qu'on privatises les politiciens d'état qui eux sont fortement couteux pour les c...

le 19/03/2022 à 16:25
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Personne n'a privatisé EDF, 15% de son capital a été introduit en bourse. Ils ont été acquis par des actionnaires minoritaires qui n'ont aucun droit sur la gestion de l'entreprise.

à écrit le 19/03/2022 à 11:37
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C'est dommage que les politiques se mêlent de tout, veulent régenter dans le domaine industriel . On voit le résultat , ces types qui n'ont jamais travaillé dans une boite ont déjà détruit notre industrie, creuser la dette , appauvri le pays et ils r...

à écrit le 18/03/2022 à 23:22
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Je croyais que le modèle autorisé dans les économies occidentale était l'économie de marché. Les actionnaires auraient-ils vidés les caisses de cette illustre entreprise très prometteuse ?

le 19/03/2022 à 10:48
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Non. Ce sont les employees (CGT) qu'ont vides les caisses.

le 19/03/2022 à 11:08
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L'état est actionnaire à 85% de l'entreprise et c'est lui et lui seul qui gère l'entreprise. Si les caisses ont été vidées, il n'y a qu'un seul responsable.

à écrit le 18/03/2022 à 22:25
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On sait depuis longtemps maintenant que le monopole, d’Etat en plus, n’est jamais favorable à ceux qui en sont clients : souvenons-nous des PTT, de la SNCF ou de Air Inter……..

à écrit le 18/03/2022 à 21:25
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Après avoir massacré cette entreprise pour satisfaire aux exigences européennes Mr Macron veux racheter EdF ...à quel prix? La gestion d'Alstom par son gouvernement et lorsqu'il était ministre de l'économie a été une catastrophe. Lui et son équipe ...

à écrit le 18/03/2022 à 21:23
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Le but est d'alimenter toute l'Europe avec des centrales sur notre sol!

à écrit le 18/03/2022 à 20:26
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C'est un communiste de droite, la chine communiste avait inventé le communisme libéral (enrichissez vous), lui nous promet du libéral communisme (appauvrissez vous). Bon, la transition énergétique la décarbonation faudrait se calmer, la transition po...

à écrit le 18/03/2022 à 20:17
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Pour la bonne concurrence sur le marché des énergies, il faudrait intégrer le coût des OPEX de l'armée française en Afrique ainsi que le coût du démantèlement des cocottes nucléaires et rapidement les français s'appercevront que l'atome est économ...

à écrit le 18/03/2022 à 20:02
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ce qu il a en tete ? c est la fete, L argent va couler a flot pour construire 25 EPR surfactures. En plus, ca va booster les emplois de soudeurs .....

le 19/03/2022 à 10:02
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Faut-il encore posséder de vrais soudeurs..

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