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ClimatEnergie & Environnement

Ordre d'évacuation immédiat en aval du plus haut barrage des Etats-Unis

Photo de Jérôme Cristiani

Jérôme Cristiani

Publié le 13 février 2017 à 12:05 - Mis à jour le 17 février 2017 à 20:30

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Le barrage hydroélectrique est situé en amont d'une ville de plus de 16.000 habitants, Oroville, qui menace d'être engloutie selon le shérif du comté de Butte qui vient d'en ordonner l'évacuation. Déjà la polémique enfle : les services techniques et les élus n'auraient pas tenu compte d'une demande de travaux de consolidation faite une douzaine d'années auparavant par trois associations environnementales locales qui avaient tiré la sonnette d'alarme.

[Article publié le lundi 13 février 2017 à 9h16, mis à jour à 13h05]

Les autorités californiennes ont ordonné dimanche l'évacuation immédiate de la population vivant en aval du barrage de Lake Oroville, dont une partie de la structure pourrait s'effondrer, après les pluies diluviennes enregistrées ces derniers jours.

Dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux, le shérif du comté de Butte ordonne à la population d'évacuer, précisant à trois reprises qu'il "ne s'agit pas d'un exercice".

Un événement hallucinant

Dans la vidéo suivante, on voit l'eau déborder par dessus le déversoir d'urgence de toutes parts, ce qui est impressionnant mais pas anormal dans une situation de trop-plein, en période de pluviométrie exceptionnelle. Ce qui l'est moins, c'est l'état du talus en contrebas sur lequel se déverse ce flot torrentiel : on le voit se raviner à toute allure, sapant cette partie de l'édifice à la base. Sans oublier que, pendant ce temps, du côté du déversoir principal, un énorme trou est apparu, suite à un effondrement dans le fond en béton du toboggan, qui ne cesse de s'agrandir sous l'effet des torrents d'eau, érodant là aussi le talus de terre tout autour. Et l'on se demande comment les autorités en charge d'un tel ouvrage d'art se sont retrouvées dans une situation aussi extrême avec autant de vies en jeu. Facteur aggravant, c'est la première fois en 50 ans que le déversoir d'urgence est utilisé...

De fait, la polémique enfle : Paul Rogers, un journaliste qui couvre les questions environnementales et climatiques pour le San Jose Mercury News, a écrit dimanche un article où il rappelle qu'un incident précédent aurait dû déboucher sur des mesures pour empêcher ce type de situation catastrophique où l'on doit mettre en oeuvre l'évacuation de 185.000 personnes dans l'urgence.

En 2005, une alerte suivie d'une proposition de travaux est rejetée

Paul Rogers rappelle notamment que, le 17 octobre 2005, trois associations environnementales avaient déposé une requête (adossée à un dossier d'analyse technique très poussée) auprès du gouvernement fédéral pour obtenir que le barrage d'évacuation d'urgence soit consolidé avec du béton et ne reste comme il est encore actuellement une simple butte de terre. Ils ont alerté le gendarme de l'énergie, le Federal Energy Regulatory Commission (FERC) sur le fait que ce barrage achevé en 1968 ne répondait pas aux normes de sécurité modernes. Ils précisaient qu'en cas de pluies torrentielles, le déversoir pourrait s'effondrer et provoquer une inondation risquant d'engloutir les habitants de l'aval du barrage. La commission de régulation avait rejeté la proposition...

Un trou au niveau du déversoir principal

Et c'est peut-être bien ce qui est en train de se produire. Depuis plusieurs jours, des pluies torrentielles se sont abattues sur la région et le niveau des eaux monte dangereusement, dépassant le niveau maximal du barrage. Dimanche soir, l'opérateur du barrage a engagé un grand lâcher d'eau via le déversoir principal, mais le toboggan en béton était endommagé par un effondrement dans le dernier tiers du parcours, et n'avait pu être réparé avant : de ce fait, les millions de litres d'eau à la seconde qui déboulent ne font qu'agrandir le trou et éroder la colline alentour. Les choses ne sont pas meilleures du côté du déversoir de secours, où le déversement d'eau ravine le remblai de terre situé en dessous et sape ici aussi le remblai de terre, fragilisant un peu plus l'ouvrage.

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Illustration de la newsletter Climat & environnement

Sur cette photo ci-dessous, datée du jeudi 9 février 2017, le Service des eaux de Californie a interrompu le déversement d'eau afin d'inspecter l'état du toboggan : et l'on voit que l'effondrement de terrain occupe toute la largeur du toboggan d'évacuation, que les parois sont détruites de part et d'autre, et, à droite sur la photo, comment le puissant flot, qui a dévié et débordé du toboggan, a violemment raviné la butte de terre...

Le tweet suivant, réalisé par Vincent Hurbain, présente une photo (à gauche) de l'état du déversoir principal deux jours avant, le mardi 7 février, là aussi lors d'une fermeture des vannes pour inspection par le Service des eaux californien : on voit les dégâts à un stade antérieur donc, ce qui donne, par comparaison avec la photo ci-dessus, une idée du mode de propagation de l'effondrement, sinon de sa vitesse. Le plan ajouté à droite, indique les différentes parties du barrage impliquées dans la situation.

Les mesures prises pour la protection de la population

Le Service des eaux de Californie a lancé une alerte via Twitter sur le danger imminent d'effondrement du déversoir du barrage et redoute que cette rupture provoque une gigantesque inondation le long de la rivière Feather. Depuis ce matin, ses responsables prévoient de larguer des blocs de béton pour combler la brèche et de continuer de libérer l'eau du lac de retenue pour en faire baisser le niveau.

Des centres d'accueil ont été mis sur pieds à Chico, à une trentaine de kilomètres au nord-ouest de la ville, mais les routes menant à cette localité se sont rapidement remplies de véhicules fuyant la zone menacée. Le barrage est situé en amont et à l'est de la ville d'Oroville, une localité qui compte plus de 16.000 habitants. Mais ce sont près de 185.000 habitants qui sont concernés par l'évacuation.

Construit entre 1962 et 1968, cet ouvrage en remblai de terre s'élève à 230 mètres de hauteur (pour comparaison, la tour Montparnasse ne fait "que" 209 mètres), ce qui en fait le barrage le plus haut des Etats-Unis. Il est associé à une centrale hydroélectrique de 820 MW. Le barrage participe aussi notamment du système d'approvisionnement en eau potable de la ville de Los Angeles et de son agglomération - un bassin démographique d'environ 20 millions de personnes.

Le Los Angeles Times, évoquant l'article de son confrère précédemment cité ici (le Mercury News), prédit que, sans présumer de l'issue de la crise actuelle, il y aura beaucoup de discussions au cours des semaines qui viennent sur les moyens de prévenir la panique due aux problèmes qui ont affecté le déversoir d'urgence et le déversoir principal. Il y en aura aussi assurément sur la responsabilité des élus et des organismes de contrôle qui ont refusé de faire des travaux de consolidation prônés par trois associations environnementales (voir plus haut) il y a une douzaine d'années.

En 1963, la rupture d'un barrage sur les hauteurs de L.A. fait 5 morts

Par ailleurs, lundi 13 février, CBS Los Angeles rappelait, photo à l'appui, que le 14 décembre 1963 une brèche dans un autre barrage, lui directement installé sur les hauteurs de Los Angeles, le Baldwin Hills Reservoir, qui alimentait en eau la ville, avait provoqué une inondation fulgurante qui avait causé la mort de 5 personnes dans les quartiers aval, détruisant 65 maisons et en endommageant 210 autres sur son passage. La catastrophe avait été particulièrement bien documentée (en vidéo aussi).

En France, en 1959, la catastrophe du Malpasset

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En France, une catastrophe due à l'effondrement d'un barrage reste dans les mémoires. Cinq ans après sa mise en service, le 2 décembre 1959 à 21 h 23, le barrage de Malpasset explose, lâchant une vague de 40 mètres de haut dans la vallée du Reyran. La vague rase d'abord 50 fermes sur son passage puis elle atteint la ville de Fréjus (8.000 habitants à l'époque) en contrebas où elle détruit près de 1.000 habitations. Des avions de la base aéronavale sont même emportés en mer, des kilomètres de routes et de voies ferrées sont détruits. Des pluies très intenses tombaient depuis plusieurs jours sur la région. La catastrophe a fait 423 victimes.

(Avec Reuters)

Jérôme Cristiani

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