Ordre d'évacuation immédiat en aval du plus haut barrage des Etats-Unis

 |   |  1402  mots
Le personnel du Service des eaux de Californie surveille l'évolution de la situation depuis les hauteurs en face du barrage hydroélectrique, le plus haut ouvrage du genre des Etats-Unis.
Le personnel du Service des eaux de Californie surveille l'évolution de la situation depuis les hauteurs en face du barrage hydroélectrique, le plus haut ouvrage du genre des Etats-Unis. (Crédits : Reuters)
Le barrage hydroélectrique est situé en amont d'une ville de plus de 16.000 habitants, Oroville, qui menace d'être engloutie selon le shérif du comté de Butte qui vient d'en ordonner l'évacuation. Déjà la polémique enfle : les services techniques et les élus n'auraient pas tenu compte d'une demande de travaux de consolidation faite une douzaine d'années auparavant par trois associations environnementales locales qui avaient tiré la sonnette d'alarme.

[Article publié le lundi 13 février 2017 à 9h16, mis à jour à 13h05]

Les autorités californiennes ont ordonné dimanche l'évacuation immédiate de la population vivant en aval du barrage de Lake Oroville, dont une partie de la structure pourrait s'effondrer, après les pluies diluviennes enregistrées ces derniers jours.

Dans un communiqué publié sur les réseaux sociaux, le shérif du comté de Butte ordonne à la population d'évacuer, précisant à trois reprises qu'il "ne s'agit pas d'un exercice".

Un événement hallucinant

Dans la vidéo suivante, on voit l'eau déborder par dessus le déversoir d'urgence de toutes parts, ce qui est impressionnant mais pas anormal dans une situation de trop-plein, en période de pluviométrie exceptionnelle. Ce qui l'est moins, c'est l'état du talus en contrebas sur lequel se déverse ce flot torrentiel : on le voit se raviner à toute allure, sapant cette partie de l'édifice à la base. Sans oublier que, pendant ce temps, du côté du déversoir principal, un énorme trou est apparu, suite à un effondrement dans le fond en béton du toboggan, qui ne cesse de s'agrandir sous l'effet des torrents d'eau, érodant là aussi le talus de terre tout autour. Et l'on se demande comment les autorités en charge d'un tel ouvrage d'art se sont retrouvées dans une situation aussi extrême avec autant de vies en jeu. Facteur aggravant, c'est la première fois en 50 ans que le déversoir d'urgence est utilisé...

De fait, la polémique enfle : Paul Rogers, un journaliste qui couvre les questions environnementales et climatiques pour le San Jose Mercury News, a écrit dimanche un article où il rappelle qu'un incident précédent aurait dû déboucher sur des mesures pour empêcher ce type de situation catastrophique où l'on doit mettre en oeuvre l'évacuation de 185.000 personnes dans l'urgence.

En 2005, une alerte suivie d'une proposition de travaux est rejetée

Paul Rogers rappelle notamment que, le 17 octobre 2005, trois associations environnementales avaient déposé une requête (adossée à un dossier d'analyse technique très poussée) auprès du gouvernement fédéral pour obtenir que le barrage d'évacuation d'urgence soit consolidé avec du béton et ne reste comme il est encore actuellement une simple butte de terre. Ils ont alerté le gendarme de l'énergie, le Federal Energy Regulatory Commission (FERC) sur le fait que ce barrage achevé en 1968 ne répondait pas aux normes de sécurité modernes. Ils précisaient qu'en cas de pluies torrentielles, le déversoir pourrait s'effondrer et provoquer une inondation risquant d'engloutir les habitants de l'aval du barrage. La commission de régulation avait rejeté la proposition...

Un trou au niveau du déversoir principal

Et c'est peut-être bien ce qui est en train de se produire. Depuis plusieurs jours, des pluies torrentielles se sont abattues sur la région et le niveau des eaux monte dangereusement, dépassant le niveau maximal du barrage. Dimanche soir, l'opérateur du barrage a engagé un grand lâcher d'eau via le déversoir principal, mais le toboggan en béton était endommagé par un effondrement dans le dernier tiers du parcours, et n'avait pu être réparé avant : de ce fait, les millions de litres d'eau à la seconde qui déboulent ne font qu'agrandir le trou et éroder la colline alentour. Les choses ne sont pas meilleures du côté du déversoir de secours, où le déversement d'eau ravine le remblai de terre situé en dessous et sape ici aussi le remblai de terre, fragilisant un peu plus l'ouvrage.

Sur cette photo ci-dessous, datée du jeudi 9 février 2017, le Service des eaux de Californie a interrompu le déversement d'eau afin d'inspecter l'état du toboggan : et l'on voit que l'effondrement de terrain occupe toute la largeur du toboggan d'évacuation, que les parois sont détruites de part et d'autre, et, à droite sur la photo, comment le puissant flot, qui a dévié et débordé du toboggan, a violemment raviné la butte de terre...

Barrage, Oroville,

Le tweet suivant, réalisé par Vincent Hurbain, présente une photo (à gauche) de l'état du déversoir principal deux jours avant, le mardi 7 février, là aussi lors d'une fermeture des vannes pour inspection par le Service des eaux californien : on voit les dégâts à un stade antérieur donc, ce qui donne, par comparaison avec la photo ci-dessus, une idée du mode de propagation de l'effondrement, sinon de sa vitesse. Le plan ajouté à droite, indique les différentes parties du barrage impliquées dans la situation.

Les mesures prises pour la protection de la population

Le Service des eaux de Californie a lancé une alerte via Twitter sur le danger imminent d'effondrement du déversoir du barrage et redoute que cette rupture provoque une gigantesque inondation le long de la rivière Feather. Depuis ce matin, ses responsables prévoient de larguer des blocs de béton pour combler la brèche et de continuer de libérer l'eau du lac de retenue pour en faire baisser le niveau.

Des centres d'accueil ont été mis sur pieds à Chico, à une trentaine de kilomètres au nord-ouest de la ville, mais les routes menant à cette localité se sont rapidement remplies de véhicules fuyant la zone menacée. Le barrage est situé en amont et à l'est de la ville d'Oroville, une localité qui compte plus de 16.000 habitants. Mais ce sont près de 185.000 habitants qui sont concernés par l'évacuation.

Construit entre 1962 et 1968, cet ouvrage en remblai de terre s'élève à 230 mètres de hauteur (pour comparaison, la tour Montparnasse ne fait "que" 209 mètres), ce qui en fait le barrage le plus haut des Etats-Unis. Il est associé à une centrale hydroélectrique de 820 MW. Le barrage participe aussi notamment du système d'approvisionnement en eau potable de la ville de Los Angeles et de son agglomération - un bassin démographique d'environ 20 millions de personnes.

Le Los Angeles Times, évoquant l'article de son confrère précédemment cité ici (le Mercury News), prédit que, sans présumer de l'issue de la crise actuelle, il y aura beaucoup de discussions au cours des semaines qui viennent sur les moyens de prévenir la panique due aux problèmes qui ont affecté le déversoir d'urgence et le déversoir principal. Il y en aura aussi assurément sur la responsabilité des élus et des organismes de contrôle qui ont refusé de faire des travaux de consolidation prônés par trois associations environnementales (voir plus haut) il y a une douzaine d'années.

En 1963, la rupture d'un barrage sur les hauteurs de L.A. fait 5 morts

Par ailleurs, lundi 13 février, CBS Los Angeles rappelait, photo à l'appui, que le 14 décembre 1963 une brèche dans un autre barrage, lui directement installé sur les hauteurs de Los Angeles, le Baldwin Hills Reservoir, qui alimentait en eau la ville, avait provoqué une inondation fulgurante qui avait causé la mort de 5 personnes dans les quartiers aval, détruisant 65 maisons et en endommageant 210 autres sur son passage. La catastrophe avait été particulièrement bien documentée (en vidéo aussi).

En France, en 1959, la catastrophe du Malpasset

En France, une catastrophe due à l'effondrement d'un barrage reste dans les mémoires. Cinq ans après sa mise en service, le 2 décembre 1959 à 21 h 23, le barrage de Malpasset explose, lâchant une vague de 40 mètres de haut dans la vallée du Reyran. La vague rase d'abord 50 fermes sur son passage puis elle atteint la ville de Fréjus (8.000 habitants à l'époque) en contrebas où elle détruit près de 1.000 habitations. Des avions de la base aéronavale sont même emportés en mer, des kilomètres de routes et de voies ferrées sont détruits. Des pluies très intenses tombaient depuis plusieurs jours sur la région. La catastrophe a fait 423 victimes.

(Avec Reuters)

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 15/02/2017 à 12:48 :
Les scénaristes d'Hollyvood doivent en profiter pour filmer ce barrage en perdition. Cela va leur faire des économies énormes sans avoir à faire des montages en studio.
a écrit le 14/02/2017 à 2:55 :
Votre article est est truffé d'erreurs
Tout d'abord ce n'est pas le déversoir d'urgence mais le déversoir normal dans lequel s'est déclaré un trou qui avec l'utilisation s'est agrandie d'où la nécessité les autorités a fermé le déversoir normal le trop-plein et donc de rouvrir le déversoir d'urgence qui est ce que vous appeler l'eau passant au-dessus du barrage
Ce n'est pas la le problème
Suite à l'utilisation forcé du déversoir d'urgence ( le déversoir normale ayant developer un effondrement sur un 100 de m'être et sont utilisation à fait augmenté le trou
D'où l'utilisation des déversoirs d'urgence
Mais celui-ci après quelque heur d'utilisation ( première depuis l'existence du barrage ) l'érosion provoqué à commencer. Faire craindre un une rupture. Non pas de l'ouvrage mais de la coline sur la gauche de celui-ci
Donc ils ont fait évacué tous En commençant les travaux de litigation et réouverture partielle de trou plein classique
a écrit le 13/02/2017 à 23:55 :
A noter que dans le cas de Malpasset le "mal placé", la cause de l'effondrement n'est pas une rupture de l'ouvrage d'art suite à un défaut de maintenance mais la rupture de la roche sur laquelle s'appuyait la paroi en voute du barrage. La faute en incombe à une incompréhension entre le géologue travaillant sur la faisabilité d'un barrage "poids" (en forme de barre), très commun à l'époque, et l’architecte dessinant un barrage voute, une innovation en France à l'époque.
Réponse de le 14/02/2017 à 9:25 :
Il ne s'agit pas d'une incompréhension entre deux personnes, mais d'un problème de méconnaissance de résistance des matériaux.Les ingénieurs qui ont conçu le barrage ne savaient pas(ni eux ni personne d'ailleurs) que certains roches avaient un comportement mécanique très différent en présence d'eau. Les propriétés mécaniques de la roche ont chuté et on est sorti des conditions des calculs qui sont très sécuritifs. C'est un cas similaire à celui du Titanic autre victime de la résistance des matériaux. Merci à Damien pour ses précisions qui aide à la compréhension.
Réponse de le 14/02/2017 à 10:19 :
Bien plus dangereux que le nucléaire. CQFD
a écrit le 13/02/2017 à 19:38 :
le mot prévention n'existe pas en anglais !
a écrit le 13/02/2017 à 17:45 :
LE PARC HYDROLIQUE FRANCAIS ETAIS MIEUX SURVEILLE AVANT. MAIS DEPUIS QU IL VENDENT A DES SOCIETES PRIVE/ ONT DOUTE DESORME DE L ENTRETEINT DE SES BARRAGES? IL EN A BEAUCOUP EN DAUPHINE .TEL QUE GRAND MAISON/ QUI S IL SAUTE POURRAIS RAYE DE LA CARTE TOUT LA VALLE DU Y GRENOBLOIS/ J ESPERES QUILS S EN SORTIRONS EN AMERIQUE CAR L EAU RIEN NE L ARETTE/ CEST L AUGMENTATION DES PLUIES DU AU CHANGEMENT CLIMATIC QUI EN EST LE RESPONSABLE. MAIS LEURS PRESIDENT NI CROIE PAS???
Réponse de le 13/02/2017 à 18:20 :
salut,
Votre clavier est en panne et écrit tout en majuscules, or la police utilisée par la Tribune est déjà difficile à décrypter en minuscules , en majuscules c'est illisible.
C'est comme si vous n'avez rien écrit.
a écrit le 13/02/2017 à 12:57 :
Voilà ou peut mener le manque d'entretien d'équipements publics liés à la privatisation de tels équipements certains opérateurs sont sérieux d'autres moins voilà ou peut mener l'appat du ain de certain.
Qu'en est-il de la privatisation des barrages en France?
IL vaut meux gérer des autoroutes c'est plus rentable et moins risqué!
Réponse de le 13/02/2017 à 14:34 :
@ Gabuzo (Schadok ?)
Vous avez tout à fait raison.
Les photographies de ce canal en béton ( http://m.sfgate.com/bayarea/article/Oroville-Dam-emergency-spillway-in-use-for-first-10925628.php#photo-12346436 ), nous montrent, à l'évidence, une très importante dégradation des voiles latéraux du canal de fuite. ( couleurs blanches et noires, significatives d'une dégradation importante du béton par carbonatation)
Les autorités gestionnaires de ce barrage ne pouvaient pas ne pas en avoir connaissance, puisqu'il s'agit là du principal problème rencontré sur ces ouvrages en béton armé, et ce depuis des lustres.
Négligence, incompétence ?
Je ne pense pas
Recherche du profit maximum ? Très certainement.
Voilà donc très probablement ce à quoi nous mènera bientôt la politique ultra libérale menée en France depuis des décennies, et la privatisation des services d'intérêt général (télécommunications, énergie, autoroutes, etc.. - et comme vous ne manquez pas de le dire, celle de l'exploitation et donc de la maintenance des barrages et centrales hydro-électriques).
Réponse de le 13/02/2017 à 22:41 :
La faute à l'ultralibéralisme.
Comme à Tchernobil, la aussi c'était l'ultralibéralisme pour la première centrale nucléaire qui a sauté? Chaque système a ses défauts.
Faut être pragmatique et non pas dogmatique
Réponse de le 14/02/2017 à 14:26 :
@alainn : Tchernobyl sûrement pas, mais ça aurait du servir d'avertissement.
Mais quand on voit ce qui s'est passé à Fukushima des années après, puis qu'on a quand même relancé le nucléaire au Japon, qu'on continue à payer ces tonneaux sans fond que sont les EPR, etc, oui, l'ultralibéralisme et la recherche de profit maximum est largement passé par là !
a écrit le 13/02/2017 à 11:12 :
Bonjour
les images d'illustration contenues dans votre articles ne correspondent pas aubarrage d'Oroville
La lame d'eau filmée sur la vidéo d'illustation est en fait un "phénomène" normal sur ce type d'évacuateur à déversement
Dans le cas du barrage d'Oroville le déversement du trop plein s'effectue par un déversoir équipant la crète du barrage.
Le problème actuel semble en partie provenir du canal qui doit guider cette eau vers le lit naturel de la rivière et que l'on voit en partie détruit. L'eau vient éroder la terre située autour de ce canal.
Réponse de le 13/02/2017 à 14:18 :
Je crois bien que là, vous vous trompez. Ce barrage est équipé d'un déversoir, contrôlé par vannes.
Le radier du canal de ce déversoir ayant lâché, sont utilisation a donc été stoppée afin d'éviter la ruine complète du canal, la destruction par ravinement du pan de colline qui le supporte, et, in fine, l'écroulement du bâtiment de contrôle des vannes situé au sommet.
Ce barrage n'evacue donc plus que par son trop plein.
(images vidéo)
Mais, là aussi, l'importance du flot et le ravinement qu'il provoque, risque très rapidement de mettre en péril cette partie de la retenue du barrage.
Les mesures d'urgence mises en oeuvre par les autorités, qui tentent malheureusement ce qu'elles peuvent, des big-bags remplis de béton, et acheminés par hélicoptères, sont dérisoires, et tout ceci, à la remise en service du déversoir, sera très probablement entraîné en quelques secondes par la puissance de l'eau.
La solution ? Je n'en vois pas. Un miracle qui ferait que les apports d'eau sur la retenue s'interrompent rapidement. Compte tenu de la topographie du bassin versant, ceci est peu probable.
La décision d'évacuer est donc tout à fait justifiée.
Réponse de le 13/02/2017 à 16:36 :
En complément d'Alain, il doit y avoir en plus plein d'infiltrations qui peuvent conduire à un renard et à la ruine immédiate de l'ouvrage.
Un barrage ça s'entretient!
a écrit le 13/02/2017 à 10:13 :
Les catastrophes a l'americaine. Aussi gigantesques que leurs territoires. Ce peuple n'apprend rien de son passe. Regulierement un accident important.
Pays de fous dedie au dieu $.
a écrit le 13/02/2017 à 9:23 :
Comme vous dites on se demande ce qu'il s'est passé pour en arriver aussi rapidement à une situation d'urgence catastrophique de la sorte.

Après une immense sècheresse, voici la pluie diluvienne, je pense que la Californie sait de quoi on parle quand on discute changement climatique, c'est quand même assez hallucinant ce qu'il se passe dans cet Etat.
Réponse de le 13/02/2017 à 9:48 :
Réchauffement (changement) climatique, ou tout simplement basculement El Nino/la Nina..On est parti pour une saison 2016/2017 hors normes -voir situation South Africa, Brésil, inondations Californie et déficit hydrique -pour l'instant en France...on pourrait bien avoir une année très difficile (globalement) en agriculture.
Réponse de le 13/02/2017 à 11:57 :
Et les années pauvres en agriculture sont bien souvent riches en révoltes.

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :