EXCLUSIF- Après l’annonce d'Emmanuel Macron en février de lancer la construction de six réacteurs EPR, plus huit en option, la France va prochainement entamer les négociations avec la Commission européenne sur le financement du plan de relance du nucléaire et la réforme d'EDF qu'il implique. Au regard de l’ampleur des investissements nécessaires et de l’endettement élevé d’EDF, le financement ne pourra se faire sans un soutien massif de l’Etat. Alors qu’Emmanuel Macron a évoqué fin mars la nationalisation d'EDF, d'autres scénarios sont à l'étude. Tous devront satisfaire une double...
... répondre aux règles de la concurrence imposées par la Commission européenne, très attachée à la libéralisation du marché de l'électricité, et coller aux exigences de sûreté du gendarme du nucléaire. Urgente, la réforme d'EDF interroge aussi sur l’avenir des activités du groupe dans l’éolien et le solaire. Les syndicats s’inquiètent notamment d’un possible découpage, à l’image du projet « Hercule » abandonné l’an dernier. Explications.
C'est un dossier brûlant que va très vite présenter le prochain gouvernement à la Commission européenne s'il veut tenir le calendrier du programme nucléaire d'Emmanuel Macron de construire six nouveaux EPR entre 2035 et 2042 (assortis de huit autres en option dans un second temps) : celui du financement du plan de relance du nucléaire et la réforme d'EDF qu'il implique nécessairement. Un dossier qui promet déjà un nouvelle passe d'armes entre Paris et Bruxelles non seulement sur le mécanisme de régulation du nucléaire mais aussi sur la structure de ce programme qui devra être compatible avec les règles européennes en matière d'aides d'Etat. Les besoins sont colossaux puisque pour la seule première partie du programme, la facture devrait s'élever à au moins 50 milliards d'euros, et pourrait grimper jusqu'à près de 64 milliards d'euros, selon un document révélé par Contexte.
Or, c'est une certitude : même s'il a été recapitalisé en février à hauteur de 3,1 milliards d'euros, le groupe EDF ne peut pas porter sur son bilan un programme nucléaire de plus de 50 milliards d'euros.
"Cette circonstance fait que, de toute façon, il faudra que nous intervenions massivement sur le financement de ce programme. Lorsque ces EPR produiront de l'électricité, il faut que celle-ci soit à un prix abordable et régulé. Cela va nous amener à négocier avec la Commission européenne la régulation du nouveau nucléaire", confie à La Tribune une source ministérielle.
Déjà endetté à hauteur de 43 milliards d'euros, l'électricien national n'a tout simplement pas les moyens de financer ce projet. D'autant plus qu'il s'apprête à traverser une année noire en raison non seulement de l'indisponibilité historique de son parc nucléaire liée, entre autres, à un problème de corrosion, mais aussi du bouclier tarifaire mis en place par l'Etat pour contrer la flambée des prix de l'électricité. Ce dispositif oblige l'entreprise à vendre à prix cassé un plus grand volume d'électricité nucléaire à ses concurrents, afin de limiter la hausse des factures pour les consommateurs. Au total, EDF anticipe ainsi un manque à gagner de quelque 26 milliards d'euros pour 2022.
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