Retour en grâce du nucléaire dans le monde : EDF tisse sa toile à l'étranger

Fort du retour en grâce de l’atome, le fleuron tricolore EDF entend porter sa technologie EPR à l’étranger, et multiplie les partenariats en ce sens. Notamment en Europe, où le groupe espère déployer sa flotte de nouveaux réacteurs, alors même que le seul en construction en France accumule les déboires. Pour ce faire, il joue sur les mérites de l’atome pour le climat.

6 mn

(Crédits : Stephane Mahe)

Les industriels du secteur peuvent souffler : dix ans après l'accident de Fukushima, l'atome revient en force. Y compris en France, où, malgré la fermeture de la centrale de Fessenheim, Emmanuel Macron a récemment officialisé son souhait de construire de nouveaux réacteurs. Mais le mouvement ne concerne pas que l'Hexagone : en plus des ambitions chinoises en la matière, la fission suscite l'intérêt de divers pays, comme l'Inde, la Pologne ou encore la République Tchèque. Signe de ce retour en grâce, l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a même relevé ses projections cette année, pour la première fois depuis 2011, prévoyant jusqu'à un doublement de la puissance installée d'ici à 2050.

Et pour cause, de nombreux Etats espèrent y gagner en souveraineté énergétique, à l'heure d'une transition obligée des modèles. Surtout, plusieurs d'entre eux comptent sur cette technologie pour répondre aux exigences de décarbonation de l'économie. En effet, les énergies fossiles polluantes (charbon, pétrole, gaz) comptent encore pour plus de 80% du mix mondial, tandis que la production d'électricité d'origine nucléaire, elle, présente l'avantage d'émettre peu de gaz à effet de serre.

Sans surprise, la question agite la sphère bruxelloise : depuis plusieurs mois, la Commission européenne planche sur l'inclusion ou non de l'atome dans sa « taxonomie verte », une classification des activités jugées bénéfiques pour l'environnement. A l'ouverture du « World nuclear exhibition » (WNE), le plus grand salon mondial du nucléaire qui s'est tenu de mardi à jeudi à Villepinte, le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, a ainsi promis qu'il serait inclus à cette précieuse liste « dans les jours qui viennent ». De quoi débloquer de nombreux financements de la part d'investisseurs, désireux de miser sur les technologies du futur.

EDF défend les atouts du nucléaire pour le climat

Et de quoi, par là-même, relancer le fleuron français EDF, alors que son PDG, Jean-Bernard Levy, s'était inquiété en début d'année de voir le groupe « relégué en deuxième division ». Et pour cause, durement touché par la crise sanitaire et handicapé par les déboires du chantier de l'EPR de Flamanville et surtout, selon lui, par l'ARENH, celui-ci essuie une dette de plus de 40 milliards d'euros.

Alors, au WNE, EDF a su tisser un réseau de partenariats juteux. Et signer plusieurs accords de coopération industrielle impliquant des partenaires tchèques, polonais, indiens et saoudiens, pour « assurer la réussite des futurs projets EPR en Europe et dans le monde ». Et ce, en travaillant activement à la promotion du nucléaire, « parmi les principales solutions qui permettent de lutter contre le changement climatique et de garantir la neutralité carbone dans les décennies à venir », « pour le bien de tous » et « pour garantir la création de valeur socio-économique », fait valoir le groupe. Une communication bien rodée.

« EDF est fortement mobilisé pour faire en sorte que le mouvement soit en marche. Et ainsi développer les projets d'export de la technologie française, définir les spécifications et requis des technologies qu'on souhaite exporter, et porter la stratégie du groupe dans l'accompagnement de la transition énergétique mondiale », précise à La Tribune Vakis Ramany, directeur du développement nouveau nucléaire à l'international pour EDF.

Succession d'accords de coopération

Ainsi, EDF a notamment conclu une dizaine d'accords avec des entreprises de l'industrie nucléaire tchèque, en vue de son projet potentiel d'EPR1200 à Dukovany, au sud du pays, qui devra atteindre une puissance d'1,2 GW. Une première étape vers la « concrétisation d'un projet européen appuyé par une chaîne d'approvisionnement tchèque et européenne qualifiée », avance le groupe.

« La signature intervient en amont d'un appel d'offres que l'on attend de la part du prochain gouvernement. Ainsi, nous avons déjà réuni l'ensemble des éléments pour y répondre, et soutenir l'offre française, en s'appuyant sur la supply chain locale pour la construction, le montage et la fourniture d'équipements standards », développe Vakis Ramany.

En outre, l'entreprise tricolore a signé au WNE cinq accords de coopération avec plusieurs grandes sociétés polonaises, après avoir remis mi-octobre une offre pour la construction de 4 à 6 EPR dans le pays. Et a annoncé étendre un accord de coopération avec l'un des principaux conglomérats indiens, dans l'objectif de développer 6 EPR à Jaitapur, après avoir déposé une « offre technico-commerciale engageante » en ce sens en avril dernier.

Lire aussi 7 mnNucléaire : EDF se relance en Inde

Résultat : entre les programmes français (même si le seul EPR en construction, à Flamanville, connaît plus de dix ans de retard et des surcoûts à répétition) et ceux ailleurs dans le monde, « le pipe de projets commence à devenir vraiment significatif, notamment en Europe », se félicite. Vakis Ramany.

« En plus de la République Tchèque et de la Pologne, nous nous intéressons au Royaume-Uni, où nous déployons l'EPR à la centrale d'Hinkley Point. Et un autre réacteur devrait voir le jour à Sizewell C [même si la décision finale de Londres pour lancer le projet se fait encore attendre, ndlr]. Mais ce n'est pas tout : les Pays-Bas, la Slovénie ou encore la Finlande réfléchissent à la place du nucléaire dans leur mix énergétique. Notre but est de déployer une flotte EPR européenne qui nous permettra de reproduire tous les bénéfices qu'on a su observer et concrétiser », ajoute-t-il.

Un nouveau marché en 2030 ?

Mais EDF ne mise pas tout sur les EPR : le groupe a également annoncé jeudi la création d'un comité consultatif international pour « apporter des conseils sur le développement » de son petit réacteur modulaire (SMR) Nuward, actuellement en phase de R&D et à la puissance environ 9 fois inférieure aux EPR. L'objectif : « porter un tout nouveau marché pour le nucléaire à horizon 2030 », précise Vakis Ramany.

« Concrètement, ce comité examinera la solution technologique qu'on propose et les cibles de coûts qu'on vise, de manière à accompagner ce produit, s'assurer qu'on intègre les dernières évolutions, et qu'on comprend bien le marché », explique le directeur du développement nouveau nucléaire à international.

Et pour réellement décoller sur le sujet, EDF espère une évolution des régulations, qui lui permettraient pouvoir installer ces réacteurs à l'étranger sans modification de la technologie. « Si cette harmonisation n'a pas lieu, le marché risque de rester de niche. Pour l'éviter, nous travaillons avec l'AIEIA et Bruxelles », fait-il savoir. Plutôt que de « lobbying », Vakis Ramany préfère parler de « coopération ». Une chose est sûre : dans les coulisses et en public, EDF milite pour obtenir un cadre de soutien public en faveur nouveau nucléaire, y compris via la taxonomie européenne.

6 mn

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 15
à écrit le 06/12/2021 à 4:23
Signaler
Va falloir recruter quelques chefs de projet car pour l'instant, les projets EPR sont des ECHECS TOTAUX dans leur mise en oeuvre. Stop aux énarques et sciences po et recrutez des X, ça se passera mieux

à écrit le 05/12/2021 à 14:15
Signaler
Le retour en grâce dans le monde du nucléaire ? Voilà une Marine Godelier qui prend ses désirs pour des réalités. Le monde entier surf sur la vague du renouvelable sauf un naïf qui se prend pour Napoléon et entraîne la France dans la tourmente !

à écrit le 05/12/2021 à 14:10
Signaler
Le retour en grâce dans le monde du nucléaire ? Voilà une Marine Godelier qui prend ses désirs pour des réalités. Le monde entier surf sur la vague du renouvelable sauf un naïf qui se prend pour Napoléon et entraîne la France dans la tourmente !

à écrit le 05/12/2021 à 4:56
Signaler
tout de suite, les grands reves, parce qu l Etat français s est laisse corrompre par quelques hauts fonctionnaires pour l achat de 6 centrales......on verra dans 1 an quand la mayonnaise sera retombee. Pour l instant , c est a l image du coq, seul a...

à écrit le 05/12/2021 à 0:44
Signaler
Urgence absolue : lancer un programme avec 15 centrales de plus qu'actuellement.

le 05/12/2021 à 14:14
Signaler
15 de plus ? Pour quoi faire ? On en a déjà 10 à l'arrêt incapables pour cause d'impilotabilite de fournir les 15 GW qui nous font défaut et que nous compensons avec du gaz et de l'importation depuis l'étranger, notamment depuis l'Allemagne. C'est ...

le 05/12/2021 à 14:15
Signaler
15 de plus ? Pour quoi faire ? On en a déjà 10 à l'arrêt incapables pour cause d'impilotabilite de fournir les 15 GW qui nous font défaut et que nous compensons avec du gaz et de l'importation depuis l'étranger, notamment depuis l'Allemagne. C'est ...

à écrit le 04/12/2021 à 16:34
Signaler
Enfin le bon sens. Ce qui me plaît le plus c'est que ça va faire ch... les écolos. C'est le retour de bâton bien mérité.

à écrit le 04/12/2021 à 13:47
Signaler
Des réacteurs a 1200 c'est déjà plus raisonnable. Je crois qu'a l'international, entre la finlande et flamanville, la réputation française est bien installée, ça part d'entrée avec un sacré handicap. Si les perfides d'outre manche nous en on pris deu...

le 04/12/2021 à 15:22
Signaler
Les déboires français sont dus à la «  jeunesse de la technologie » et la ds traitance pas toujours qualitative … cependant il n y a pas tant que cela d acteurs dans le monde nucléaire … donc on devrait tout de même avoir quelque beaux contrats la ...

le 04/12/2021 à 17:03
Signaler
@Brehat. Ah non pas d'accord, la technologie en elle même n'est pas si neuve que ça ,les réacteurs a eau pressurisée il y en a déjà eu, c'est la taille le problème. Les chinois y sont arrivés avec leur industrie lourde et leur organisation (ils cons...

à écrit le 04/12/2021 à 13:13
Signaler
C’est bien que l’on revienne à l’atome. Ça nous a bien servi et ça nous servira encore. Le bon sens reprend le dessus.

à écrit le 04/12/2021 à 13:07
Signaler
Si ça marche si bien...! L'UE va imposer a EDF de changer de nom et de préférence par un anglicisme!

à écrit le 04/12/2021 à 12:37
Signaler
J'espère que vous avez raison mais d'une façon purement subjective d'abord, seulement poir faire ch... les allemands.

le 04/12/2021 à 14:48
Signaler
Parce qu'en FRANCE : c'est et depuis longtemps la chape de plomb .

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.