Transition énergétique : la planète marque le pas

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(Crédits : Stephane Mahe)
Si l’accès à l’énergie pour tous a progressé dans le monde, en revanche elle est devenue globalement moins abordable et le mix mondial n’a pas enregistré de progrès en matière environnementale, comme le révèle l’édition 2019 de l’index de transition énergétique publié par le forum économique mondial.

Ce sont 115 pays qui ont été passés au crible, et évalués selon la performance de leur système énergétique et leur degré de préparation en matière de transition. Le premier critère repose sur la sécurité et l'accès à l'énergie, le respect de l'environnement et la contribution au développement économique, qui mesure l'impact économique sur les ménages, les entreprises et les exportations. Sécurité et accès sont les facteurs celui qui ont le plus progressé ces cinq dernières années, devant le développement économique. Moins d'un milliard de personnes sur terre n'ont aujourd'hui pas encore accès à l'électricité. C'est sur le plan environnemental que les choses ont le moins progressé. Ces piètres performances, associées à des niveaux de prix de moins en moins abordables, nuisent à la note globale de performance du système énergétique qui, en progrès constant depuis 2014, a stagné l'année dernière, en dépit des progrès réalisés en matière d'accès à l'énergie.

Pour évaluer le degré de préparation à la transition, le forum économique mondial se base sur plusieurs critères : le capital et l'investissement consentis, la réglementation et la volonté politique, les institutions et la gouvernance, l'environnement en matière d'innovation, le capital humain et l'implication des consommateurs, ainsi que la structure du système énergétique.

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La France pointe au 8e rang

À l'exception du Royaume-Uni, seul pays du G7 à obtenir l'un des meilleurs scores en termes de préparation, ce sont les petits pays qui sont le mieux notés. Résultat : les 10 meilleures performances ne représentent que 2,6% des émissions mondiales, ce qui constitue un défi de taille pour la communauté internationale et une preuve de la nécessité de changer de braquet. Singapour est le seul de ce groupe situé en dehors de l'Europe de l'Ouest.

Sur l'indice de transition énergétique global, la France se classe au 8e rang mondial sur l'indice de transition, affichant une 4e place en matière de « performance du système ». Grâce à son système énergétique décarboné (beaucoup de nucléaire, très peu de charbon et un peu de renouvelables), la France se situe bien au-dessus de la moyenne des économies avancées sur le plan de la « durabilité environnementale ». Elle offre aux industriels des prix compétitifs et dispose d'un cadre réglementaire et institutionnel solide.

Les résultats contrastés affichés par certains grands pays peuvent aussi donner quelques raisons d'espérer. Ainsi, les deux pays les plus peuplés au monde, à savoir l'Inde et la Chine, affichent de piètres résultats pour ce qui concerne la performance de leur système actuel, mais bien meilleur en matière de préparation à la transition. Autrement dit, si leurs systèmes existants ne sont pas adaptés à la transition, l'environnement favorable dont ils bénéficient devrait leur permettre d'évoluer rapidement. Ainsi, la Chine (classée au 97e rang pour ce qui est de la performance de son système actuel) progresse au 45e rang, et même au 7e si l'on s'en tient à la réglementation et à la volonté politique.

La menace croissante de la précarité énergétique

Les économies développées figurent parmi les meilleurs élèves : la Suède conserve sa première place devant la Suisse et la Norvège. Seuls l'Australie, le Canada et la République de Corée affichent des scores médiocres en raison de la teneur en carbone élevée de leur mix énergétique, de la consommation par habitant et, en conséquence, du poids de leurs émissions de gaz à effet de serre. À mesure que l'écart se creuse entre le prix payé par les ménages et celui des marchés de gros, l'accessibilité économique devient un enjeu de plus en plus aigu.

L'étude montre que la transition énergétique dans les pays les plus gros émetteurs a marqué une pause l'année dernière. Ainsi les États-Unis, qui ont pourtant réduit leur recours au charbon, ont perdu quatre places en raison de risques de précarité énergétique, d'incertitude réglementaire et de mauvaises performances environnementales.

L'Asie au cœur de la transition mondiale

Les pays émergents ou en développement de la zone Asie, notamment l'Inde, l'Indonésie, le Bangladesh, ont enregistré des progrès importants en matière d'accès à l'énergie pour tous. La Malaisie, le Vietnam et la Thaïlande se distinguent tout particulièrement. Or cette région est appelée à jouer un rôle majeur dans la transition énergétique globale, car l'urbanisation, l'industrialisation et la progression du niveau de vie sont autant de facteurs d'accroissement de la demande en énergie.

Dans l'Afrique sub-saharienne, le rapport souligne la nécessité d'un cadre réglementaire stable et d'un environnement institutionnel solide, permettant de tirer le meilleur profit de ressources naturelles abondantes. Les progrès réalisés en matière d'accès à l'énergie et de modes de cuisson propres sont mis à l'épreuve de la croissance démographique. La Namibie est le pays de la région le mieux classé, le Kenya et l'Ethiopie progressent, mais les deux plus gros consommateurs, le Nigéria et l'Afrique du Sud, continuent de souffrir d'une forte dépendance au charbon et d'un déficit d'infrastructures adaptées.

L'Amérique Latine, région la plus responsable grâce à l'hydraulique

Ce sont Amérique Latine et les Caraïbes qui collectionnent les meilleures notes en matière d'environnement, grâce essentiellement à leur richesse en hydroélectricité. Mais, là encore, à l'inverse de la Colombie et de la République dominicaine qui ont progressé, les économies les plus importantes, à savoir le Brésil et le Mexique, ont fait du sur-place. Une intégration des marchés de l'électricité à l'échelle régionale, l'électrification de la mobilité ainsi qu'une meilleure efficacité opérationnelle des infrastructures pourraient autoriser de nouveaux progrès.

Globalement, le forum économique conclut que des actions urgentes s'imposent afin d'accélérer la transition énergétique mondiale, notamment découpler croissance économique et consommation énergétique dans les pays émergents et généraliser les innovations de rupture dans les domaines de l'efficacité et de l'environnement, le tout dans un contexte de justice sociale et d'équité.

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a écrit le 26/03/2019 à 23:46 :
Les EPR ne sont plus rentables à environ 120 euros le MWh et ne sont plus défendables face aux missiles hypersoniques, donc à oublier si l'on ne veut pas que la France se transforme en 58 Tchernobyl. De plus nous sommes équivalents aux autres si l'on tient compte de nos émissions importées. L'EROEI de l'éolien (taux de retour énergétique) est meilleur pour l'éolien (recyclable) que pour le nucléaire (quasiment pas recyclable) qui génère des déchets de haute activité pour plus de 100.000 ans de durée de vie, donc ingérables. L'avenir est aux renouvelables et à le décentralisation de l'énergie comme tous les pays le font autour de nous.
a écrit le 26/03/2019 à 23:32 :
Les EPR ne sont plus rentables à environ 120 euros le MWh et ne sont plus défendables face aux missiles hypersoniques, donc à oublier si l'on ne veut pas que la France se transforme en 58 Tchernobyl. De plus nous sommes équivalents aux autres si l'on tient compte de nos émissions importées. L'EROEI de l'éolien (taux de retour énergétique) est meilleur pour l'éolien (recyclable) que pour le nucléaire (quasiment pas recyclable) qui génère des déchets de haute activité pour plus de 100.000 ans de durée de vie, donc ingérables. L'avenir est aux renouvelables et à le décentralisation de l'énergie comme tous les pays le font autour de nous.
a écrit le 26/03/2019 à 12:51 :
Nous en France, avec nos nombreuses forêts, les centrales atomiques, l'utilisation depuis les années 50 (vignette, carte grise) de véhicules très économes en co2, et l'immense surface maritime, nous sommes négatifs du 1/4 de notre conso, on devrait encaisser de l'argent.
Un truc rigolo ou idiot selon: c'est la France! : tout le monde crie à l'huile de palme, surtout le ministère de l'écologie, faux jetons!, les taxes à l'importation de l'huile de colza (le colza ne demande pas d'eau, pousse hiver, récolte au printemps, demande des entrants raisonnables, engrais verts évidents, est du double de l'huile de palme soit le monde à l'envers.
a écrit le 26/03/2019 à 12:07 :
3 études sérieuses nous montrent le coté obscure de la transition énergétique.

1 - Electrifier la totalité des véhicules routiers en France nécessiterait une production d'électricité équivalente à celle de 18 EPR

Jean-Marc Jancovici "il faudrait donc un peu plus de 200 TWh électriques pour électrifier la totalité des véhicules routiers actuels à performances identiques (mêmes masses, mêmes puissances, mêmes distances parcourues). C’est en gros la moitié de la consommation électrique française (qui est de 450 TWh environ).

Si on entend produire cette électricité avec du nucléaire, il faut (...) rajouter environ 18 EPR."

Sachant que la France représente moins de 2% de la consommation mondiale de poduits pétroliers, c'est dire combien l'électrification des véhicules dans le monde entier est loin d'être si simple.

2 - Le bilan des énergies renouvelables est très loin d'être vert.

La Fondation pour la recherche sur la biodiversité vient de publier les conclusions d'un colloque intitulé: Biodiversité et transition énergétique: enquêtes sur des liaisons dangereuses.

Ainsi, on apprend que les éoliennes tuent chaque année des centaines de milliers d’oiseaux, que l'énergie hydraulique est responsable de la disparition d’écosystèmes et que les bioénergies (biogaz et la biomasse) ont des effets négatifs sur la biodiversité.

3 - L'utilisation intermittante des centrales au gaz augmente leurs émissions de CO2.

Les centrales à cycles combinés au gaz naturel sont faites pour être utilisées à pleine puissance et à puissance constante. Démarrer une centrale, modifier la puissance augmente les émissions de CO2 par kwh.

Une étude de l'université de Loughborough, en Grande Bretagne, sur une centrale à cycles combinés de 800 MW, donne les chiffres sont les suivants.

Puissance constante, autour de 780 MW, 350 grammes de CO2 par kWh
Démarrage rapide, 590 grammes de CO2 par kWh
Démarrage lent, 470 grammes de CO2 par kWh
Changement de puissance, 380-390 grammes de CO2 par kWh
Réponse de le 26/03/2019 à 23:45 :
Electrifier 16 millions de véhicules c'est 34 TWh soit 7% de la consommation et bien moins que ce qui est par ailleurs économisé selon RTE. Les centrales nucléaires doivent stopper en cas de canicule, y compris celles en mer comme cet été en Scandinavie et Allemagne et çà fait bien plus de dégâts sur tout le cycle d'exploitations, sur la faune et flore des rivières et océan en plus des lignes à haute tension etc que les éoliennes pour lesquels les oiseaux s'adaptent. Les chats, buildings et véhicules font bien plus de dégâts sur les oiseaux. On augmente pas la consommation de gaz avec l'essor des éoliennes. Voyez le cas de la Grande Bretagne notamment qui a augmenté le nombre de ses éoliennes et baissé en conséquence son charbon sans augmenter le gaz. Vos calculs n'ont donc aucun fondement.
Réponse de le 27/03/2019 à 7:56 :
Sauf que la France ne compte pas 16 millions de véhicules.

Selon l'INSEE, il y a en France 32,5 millions de voitures particulières, 6,1 millions de véhicules utilitaires légers, 547 000 camions et 94 000 bus et cars.

Source
INSEE Véhicules en service en 2017
a écrit le 26/03/2019 à 9:29 :
Tant que l'on fera les hypocrites avec les chinois pour leurs vendre des contrats et qu'on les laissera générer la plus grande partie de pollution mondiale, en gros tant que l'on continuera d'évoluer au sein de nos sociétés oligarchiques, il est évident que la destruction de l'humanité ne sera pas freinée.

Confier nos vies à des gens condamnés à être de plus en plus aliénés du fait de leurs avidités pathologiques est du pur suicide. Alors certes ils ont leurs médias pour nous dire que tout va bien, ha non ça marche plus ça, pour nous dire que ça va moins mal donc, mais qui ne font qu'accentuer et accélérer notre fin.

Espérons que nous aurons le temps d'inventer une réelle intelligence artificielle qui pourra elle remplacer l'humanité mais c'est toujours pareil avec des investisseurs toujours moins éclairés on se demande bien ce qu'il va sortir de ce chapeau là aussi...

Plus on possède et plus on est possédé.

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