Ancienne place forte du textile et du verre, la commune normande des Andelys fait partie de ces localités moyennes qui ne parviennent plus à enrayer la spirale de la désindustrialisation. Ses deux dernières usines mettent la clef sous la porte.« J'ai l'impression d'avoir été fait cocu et d'avoir payé la chambre ». Frédéric Duché, maire (Horizons) des Andelys, s'excuse de son langage peu châtié mais il peine à cacher son amertume. Voilà quelques jours qu'il a appris la fin programmée du dernier des deux sites industriels qu'abritait encore sa ville, dans l'Eure, un an plus tôt.
Sans daigner le prévenir, le groupe autrichien Zumbotel, cador européen des éclairages publics, a annoncé baisser le rideau de l'unité de production de sa filiale Europhane installée aux Andelys depuis 60 ans. Laissant 85 salariés sur le carreau. Alors l'élu peste. « Pendant des années, ils m'ont demandé de jouer les intermédiaires chaque fois qu'ils avaient un problème. Là, ils ne sont même pas venus me voir alors que je suis sûr qu'ils provisionnaient le plan social dans leurs comptes depuis un moment ».
« Intermarché est le dernier employeur privé »
L'homme est d'autant plus amer que l'annonce d'Europhane intervient quelques mois à peine après la fermeture de l'usine centenaire du fabricant d'optiques de phares Holophane et le licenciement de ses 200 salariés. Un double coup dur pour cette riante bourgade commerçante de 8.000 habitants lovée dans un méandre de la Seine et où l'industrie textile et verrière employait plusieurs centaines de personnes, vingt ans plus tôt. « Des générations entières ont travaillé dans ces deux usines. Les voir fermer déchire les tripes », se désole l'édile.
Dans la rue, passants et commerçants accusent le choc diversement. « Cela fait quarante que j'habite ici. Il n'y a plus rien maintenant à part Intermarché qui est le dernier employeur privé. C'est mort Les Andelys », pronostique Jeremy, un ancien ouvrier d'Europhane parti gagner son pain dans un village proche, faute de mieux. « Une catastrophe. Aujourd'hui, les entreprises préfèrent s'installer à Gaillon (à 15 kilomètres de là ndlr) où il y a le train et l'autoroute. Cela va devenir une ville de vieux », abonde Patrice, un retraité accoudé devant une bière dans un bar, proche de la place centrale.