Qui est Hans-Peter Schlüter, le PDG de Trimet qui reprend deux ex-usines de Pechiney en France ?

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Le leader allemand de l'aluminium Trimet, qui a repris les sites français de Rio Tinto Alcan (RTA) de Saint-Jean de Maurienne et de Castelsarrasin, est un groupe familial jaloux de son indépendance. Son patron, Hans-Peter Schlüter, a commencé sa carrière en travaillant pour un distributeur allemand de Péchiney, propriétaire des deux sites avant leur rachat par le groupe canadien Alcan en 2003 et son absorption par Rio Tinto en 2007.

Les sites Rio Tinto Alcan (RTA) de Saint-Jean-de-Maurienne (Savoie) et Castelsarrasin (Tarn-et-Garonne) vont passer dans le giron du producteur d'aluminium allemand Trimet, selon un accord conclu samedi après quatre mois de négociations qui associe également EDF et va permettre de sauver 510 emplois. Cet accord, une bonne nouvelle pour le gouvernement, a été signé samedi à Saint-Jean-de Maurienne, en présence du Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, du ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, et de Thierry Repentin, son collègue des Affaires européennes, ancien élu de Savoie. Le PDG d'EDF, Henri Proglio, dont le groupe prendra une participation de 35 % dans la nouvelle société, a également paraphé l'accord. Les pourparlers s'étaient intensifiés au cours des derniers jours avec l'arrivée à Paris des PDG des deux groupes, Jacynthe Côté pour RTA et Hans-Peter Schlüter pour Trimet, groupe familial allemand qui emploie 1.900 personnes. L'accord a été finalisé dans la nuit de vendredi à samedi, peu avant 02H00 du matin, ont indiqué à l'AFP des sources proches du dossier. Dans un communiqué conjoint, Arnaud Montebourg et Thierry Repentin ont tenu "à souligner le comportement exemplaire sur ce dossier de l?entreprise Rio Tinto Alcan qui a répondu de manière constructive aux demandes du gouvernement français depuis plus d?un an".

Il prévoit que Trimet détiendra 65 % du capital de la nouvelle société, EDF 35 % tandis que le FSI (Fonds stratégique d'investissement) pourrait plus tard prendre 5 %, faisant ainsi baisser la participation du groupe allemand. "Le projet industriel qui sera mis en ?uvre par un investissement de plus de 200 millions d'euros sur 6 ans sera accompagné dans le temps par l?Etat, notamment avec la Banque Publique d?Investissement", ont annoncé samedi les ministères du Redressement productif et des Affaires européennes. La secrétaire du comité d'entreprise européen de Rio Tinto et déléguée CFE-CGC, Véronique Roche "se réjouit que ces trois s'unissent pour maintenir les emplois et continuer à développer" les deux sites mais s'interroge sur le devenir du reste des activités de RTA en Europe. Interrogé vendredi avant l'annonce de la reprise, le délégué syndical CGT de l'usine savoyarde, Yannick Bacaria, avait pour sa part prévenu : "je veux voir le projet de Trimet et les investissements qui vont avec avant de déboucher le champagne". "On est contents de se débarrasser de Rio Tinto Alcan". "Depuis qu'ils sont là, ils ont fait un plan social, n'ont jamais investi et se foutent des salariés", avait-il souligné.

Forcing de Montebourg

Trimet négociait depuis mars avec RTA et le gouvernement la reprise des deux sites de Saint-Jean-de-Maurienne et Castelsarrasin. L'usine d'aluminium savoyarde, fondée en 1907, emploie 470 personnes et représente quelque 2.000 emplois indirects. Celle de Castelsarrasin compte une quarantaine de salariés. Arnaud Montebourg, très investi dans le dossier, s'était dit vendredi matin "extrêmement confiant" dans l'issue des pourparlers. Tout au long des négociations, le ministre avait émis son souhait de voir naître un "Péchiney franco-allemand" avec la reprise des deux usines par Trimet. Il s'était même rendu en Allemagne à la mi-mai pour juger sur pièces les capacités du repreneur potentiel.

Les négociations de ces derniers jours ont porté sur des "modalités techniques fines" et trois points en particulier, ont indiqué des sources proches du dossier. Le premier : le contrat de cession entre Trimet et le géant minier anglo-australien Rio Tinto, qui n'a pas souhaité poursuivre l'exploitation des deux sites à l'échéance de son contrat d'électricité avec EDF au printemps 2014. Selon ces sources, la soulte que Rio Tinto devrait verser à Trimet serait inférieure à 100 millions d'euros et les discussions ont porté sur les "modalités du paiement de cette somme". Le deuxième point concernait la participation d'EDF. Le géant de l'électricité, appelé à fournir en échange de l'énergie à un tarif préférentiel, souhaitait "s'assurer que les conditions de l'accord entre Rio Tinto et Trimet sont conformes à ses attentes en tant que futur actionnaire", ont indiqué les sources. Enfin, les termes de la participation de la Banque publique d'investissement (bpifrance) ont aussi été discutées.

Trimet apporte 20 millions d'euros

Le groupe familial allemand était lui disposé à apporter 20 millions d'euros à l'opération "sous forme de cash ou de garanties". Trimet, société fondée en 1987, a bâti son succès sur le recyclage de l'aluminium. Son patron, Hans-Peter Schlüter, a commencé sa carrière en travaillant pour un distributeur allemand de Péchiney, l'ex-fleuron de l'aluminium français, propriétaire des deux sites avant leur rachat par le groupe canadien Alcan en 2003 et son absorption par Rio Tinto en 2007. La reprise de Saint-Jean-de-Maurienne et de Castelsarrasin constituerait ses premières acquisitions d'usines de production à l'étranger et lui permettrait de compléter sa gamme avec le fil aluminium produit sur les sites français. Trimet a réalisé un chiffre d'affaires de 1,3 milliard d'euros sur l'exercice 2011-12. Ce fournisseur de BMW produit 500.000 tonnes d'aluminium par année et augmenterait ses capacités de 20 %, de l'ordre de 100.000 tonnes en reprenant le site de Saint-Jean-de-Maurienne.

Le leader allemand de l'aluminium Trimet, qui a repris les sites français de Rio Tinto Alcan (RTA) de Saint-Jean de Maurienne et de Castelsarrasin, est un groupe familial jaloux de son indépendance. Mais cela ne l'a pas empêché de se développer à presque tous les niveaux de la chaîne de production, sauf à l'étranger. Depuis sa fondation en 1987, "l'entreprise familiale Trimet", dirigée par son président et fondateur, Heinz-Peter Schlüter, 63 ans, a connu une ascension fulgurante, devenant en moins de 30 ans le numéro un allemand du métal argenté. Parti d'une société de négoce de métaux, Trimet, dont le siège est situé dans l'ancien poumon industriel de la région de la Ruhr à Essen (ouest), emploie aujourd'hui 1.900 salariés répartis sur 12 sites, tous situés en Allemagne. La reprise des deux sites français qui comptent ensemble 510 salariés est la première acquisition de ce groupe dont la présence à l'étanger se réduisait à une filiale à Turin (nord de l'Italie) et des bureaux à Moscou, Pékin et Prague.

Trimet fait du sur-mesure pour se démarquer

Attaché à son indépendance, ce poids lourd du métal léger non coté à la Bourse de Francfort, qui entend compléter sa gamme avec le fil aluminium produit sur les sites français, peut néanmoins se targuer d'intégrer presque tous les maillons de la chaîne, de la production à l'assemblage en passant par la sidérurgie, le transport, la recherche et le recyclage. Face à la concurrence féroce, Trimet a tiré son épingle du jeu en faisant du sur-mesure son principal atout pour devenir un fournisseur majeur de l'industrie automobile, ferroviaire et aéronautique.

Hans-Peter Schlüter s'est forgé une réputation de sauveur depuis la reprise il y a sept ans de l'usine d'aluminum HAW de Hambourg, fermée sur décision des actionnaires norvégiens, américains et autrichiens. Malgré une conjoncture difficile, exacerbée par la hausse du prix de l'énergie, cet homme souriant aux sourcils broussailleux, symbole du "Mittelstand", la classe moyenne des entrepreneurs allemands, s'était alors posé en patron social en reprenant les salariés de cette entreprise qui comptait un tiers de plus de 50 ans. "C'est seulement avec leur expérience qu'on a pu sauver cette maison", avait-il alors déclaré à la presse.

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Commentaires
a écrit le 16/07/2013 à 8:06 :
Voila des dirigeants comme j' aime, de l' efficacité, pas de bla bla, de la rigueur. Voila encore une différence entre nos 2 pays.
a écrit le 15/07/2013 à 10:32 :
Ce Patron allemand est fabuleux et Incroyable par son pragmatisme. Des qualites Made in Germany propres a son pays. Quand on lit le texte du haut il y a rien a redire .C'est ce genre de personne perspicace et intellligente qu'il nous faudrait ...des gagnants et non des looser ou perdants.
Réponse de le 15/07/2013 à 20:32 :
Vous surjouez, ce n'est plus crédible.
a écrit le 14/07/2013 à 12:33 :
Ils ont été bien rapides chez EDF à déjà dépenser l'argent des futures hausses d'électricité.
a écrit le 13/07/2013 à 22:42 :
Un homme qui dit je cite " C'est seulement avec leur expérience qu'on a pu sauver cette maison" a tendance à m'inspirer confiance.
a écrit le 13/07/2013 à 18:55 :
Il y aura certainement des surprises avec ce "philanthrope". Car pour s'installer en France il faut être idiot ou avoir une idée derrière la tête.
a écrit le 13/07/2013 à 17:37 :
HPS, allons-y, est ce que l'on appelle une voiture balai. Il reprend ces sites pour les démanteler discrètement comme le fait Mittal pour d'autres dossiers. C'est un métier que les grandes firmes n'ont plus ni le temps ni le goût de faire. On lâche les bouts à problème pour se concentrer sur le positif. Ainsi dans un autre segment le géant allemand Metro avait abandonné en rase campagne la chaîne de bricolage Pratiker qui fait faillite ces jours-ci avec ses milliers d'emplois. Hollande le sait, ayant plus en tête d'éviter une râclée aux élections que la question du chômage.
a écrit le 13/07/2013 à 17:35 :
Et segolene qu a t elle fait dans cette affaire

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