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En Picardie, des drones pour améliorer le réseau électrique

La direction régionale d’Enedis en Picardie teste depuis la fin d’année dernière l’utilisation de drones pour détecter plus rapidement d’éventuels défauts sur les lignes électriques. Un outil précieux dans un secteur à dominante rurale où une grande partie du réseau est aérienne.

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(Crédits : Enedis - Laurent Vautrin)

Le compromis parfait ou presque. C'est ainsi que Jean-Lorain Genty, directeur régional d'Enedis Picardie, qualifie l'usage de drones par ses agents, depuis novembre dernier. Objectif : surveiller l'état des quelque 31 000 kilomètres de lignes électriques que comptent les trois départements qui composaient l'ancienne région administrative (Aisne, Oise et Somme).

Sur ce territoire à majorité rural, le gros de l'équipement est en effet composé de lignes aériennes, pas toujours faciles d'accès pour les salariés du gestionnaire du réseau de distribution d'électricité. Le compromis parfait qu'offrent les cinq drones acquis par Enedis Picardie, c'est celui entre les deux solutions utilisées jusqu'alors : la visite de deux agents à pieds et le recours à un hélicoptère.

A la tête d'une direction régionale qui compte 860 salariés pour 851 000 clients, Jean-Lorain Genty explique les tenants et aboutissants d'une initiative qui, selon lui, bénéficie autant au client qu'au personnel de l'entreprise.

La Tribune de l'énergie : Quel constat vous a amené à lancer une expérimentation de surveillance et de maintenance du réseau à l'aide de drones ?

Jean-Lorain Genty : Le réseau électrique sur le territoire picard est en grande partie aérien. Or un réseau électrique aérien subit un tas d'agressions qui accélèrent son usure -météo, végétation...- et qui peuvent entraîner des coupures d'électricité.

C'est pour cela qu'Enedis engage tous les ans des opérations périodiques de surveillance et de diagnostic de son réseau. Elles se déroulaient jusqu'à présent à pieds, avec des agents qui devaient parcourir des milliers de kilomètres de lignes, dans des environnements parfois difficiles d'accès.

Tout cela prenait du temps et nous empêchait de faire autre chose. Nous avons donc testé la surveillance par hélicoptère, rapide et fonctionnant très bien, car il peut faire des photos par-dessus les lignes. Simplement, c'est une solution très onéreuse.

C'est tout cela qui nous a amené au drone, un tout petit objet qui a les avantages des deux solutions précédentes.

LTDE : Comment la transition entre anciennes méthodes et usage des drones s'est-elle faite ?

J.-L.G. : Nous avons acheté cinq drones, pour 10 000 euros chacun environ. Il a fallu ensuite former nos agents à leur pilotage, pour 15 000 euros environ -ce sont des formations diplômantes qui mêlent théorie et pratique-.

Nous avons dû nous approprier cette technologie avec, en parallèle, tout un volet réglementaire, car un drone est un objet volant soumis aux règles de la Direction générale de l'aviation civile (DGAC). Comme pour un petit avion, il faut obtenir des approbations de la DGAC, établir des plans de vol, souscrire des assurances...

Une fois à l'aise avec tout cela, nous avons lancé les premières visites de diagnostic. En 2017, ce sont environ 20 kilomètres de lignes que nos agents ont examiné et une quarantaine, déjà, depuis le début de l'année.

A l'arrivée, nous constatons les avantages que nous espérions : la rapidité, l'exhaustivité des vues -là où l'hélicoptère ne pouvait s'approcher à moins de 150 mètres des lignes, le drone va à quelques mètres-. On parvient à mieux distinguer les défauts et les opérations de maintenance à faire. Le tout, pour un coût d'opération comparable à celui d'une visite à pieds.

LTDE : Comment se passent les interventions ?

J.-L.G. : Deux personnes sont mobilisées, un télé-pilote et un autre agent qui s'assure qu'il n'y ait aucun risque pour les passants ou les animaux et que le télé-pilote ne soit pas perturbé pendant qu'il se sert du drone.

On balise avec des cônes de chantier les zones de décollage et d'atterrissage -définies à l'avance-. Le télé-pilote s'assure ensuite que la mécanique fonctionne. Après le décollage, le drone se manie avec une télécommande semblable à celle d'un jeu vidéo. L'agent dispose d'une tablette qui lui donne un retour vidéo sur ce que voit l'appareil, qui est autorisé à parcourir un kilomètre de ligne devant lui et un autre derrière lui.

Une fois l'inspection terminée, le télé-pilote ramène le drone, le charge dans la voiture et recommence plus loin.

LTDE : Quel est le bénéfice pour le client ?

J.-L.G. : Aujourd'hui, nous mettons du temps pour faire nos visites, ce qui nous empêche d'inspecter autant de kilomètres que nous le souhaiterions dans l'année. Pendant ce temps, des défauts peuvent affecter le client dans la mesure où nous ne pouvons les détecter assez rapidement.

Si l'on généralise l'utilisation du drone, nos agents vont gagner un temps précieux et vont pouvoir aller réparer tout de suite les défauts identifiés par l'appareil. Demain, nos clients seront donc moins pénalisés par des interruptions car en connaissant mieux l'état de notre réseau, nous serons en mesure d'intervenir avant que la panne ne se produise.

LTDE : Vous évoquiez précédemment la formation de vos agents à l'usage des drones. Comment ont-ils accueilli cette nouvelle méthode de travail ?

J.-L.G. : Nous avons formé les télé-pilotes sur la base du volontariat. Et nous n'avons eu aucun mal à trouver des volontaires car certains étaient déjà des passionnés et s'intéressaient au drone dans le cadre de leurs loisirs.

Quand nous avons annoncé à nos salariés que nous allions acheter des drones, cela a fait briller quelques yeux. Et, à l'arrivée, ça bénéficie à notre dynamique sociale d'entreprise, ça crée de l'envie.

Le gain ne se situe pas tant en termes d'économies réalisées mais plutôt en termes d'adhésion des salariés, de fierté d'appartenir à l'entreprise. En Picardie, ils se rendent comptent ainsi chaque jour que la transition énergétique est une réalité, avec toutes les éoliennes qui tournent, de même que la transition numérique, avec le déploiement des drones.

LTDE : Reste-t-il des choses à améliorer dans l'utilisation de ces appareils ?

J.-L.G. : Le drone fait de l'acquisition de photos et de vidéos. Mais le télé-pilote, qui fait plusieurs kilomètres dans la journée, ne peut pas se souvenir de tout ce qu'il a vu. Il doit donc, à son retour au bureau, passer du temps à examiner les photos et vidéos prises sur le terrain.

Nous travaillons avec la start-up A2D en open innovation pour développer des algorithmes basés sur la reconnaissance de formes et l'intelligence artificielle, ce qui permettrait un dépouillement automatique des prises de vue du drone. Il deviendrait ainsi intelligent et économiserait bien des heures à nos agents, qui examinent parfois soixante photos par kilomètre de lignes, dans le meilleur des cas.

LTDE : Les drones pourraient-ils être utiles à d'autres fonctions sur le réseau Enedis ?

J.-L.G. : On est encore en phase d'expérimentation. Nous avons prévu de parcourir une centaine de kilomètres cette année pour certainement, dès l'année prochaine, assurer un rythme de 150 kilomètres par an.

C'est encore en développement mais nous envisageons déjà un nouveau cas d'usage, lié à l'élagage de la végétation. Nous sommes sur un territoire rural, où elle pousse et se rapproche assez vite de nos lignes. Or, si elle les touche, c'est le court-circuit et la coupure pour le client.

Nous avons donc besoin de savoir quel est l'état de la végétation autour de notre réseau, c'est pour cette raison que nous pourrions étendre l'usage du drone à sa surveillance, pour savoir avec précision où il faut élaguer et pour contrôler avec précision l'efficacité de nos opérations d'élagage une fois réalisée.

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