Santé, le cœur des femmes
Sophie Iborra

Retrouvez la chronique bimensuelle de Sophie Iborra, Directrice Conseil Engagement de La Tribune.
La Tribune
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Selon Antoine de Saint-Exupéry, « on ne voit bien qu'avec le cœur », cet organe vital est depuis toujours associé à toute une variété d'émotions. Pas étonnant qu'il se retrouve dans nombre d'expressions et de citations mémorables. Ce que l'on sait peu, c'est qu'il est à l'origine de la première cause de décès chez les femmes en France. Chaque jour, 200 femmes meurent d'une maladie cardiovasculaire contre 35 d'un cancer du sein.
Insuffisances cardiaques, infarctus, AVC, syndrome du cœur brisé... Autant d'accidents cardio-vasculaire qui, selon de nombreuses études, démontrent qu'elles sont plus vulnérables à ces maladies : 56% des femmes en meurent, contre 46% des hommes. Le retard de prise en charge dans le diagnostic et le traitement des maladies cardio-vasculaires chez les femmes, est une vraie question de santé publique.
Il faut lire les rapports des fondations et des centres de recherche qui le confirment. Cependant on observe, encore, un décalage entre la prise de conscience, les nombreuses publications médicales sur le sujet et la réalité sur le terrain.
Il existe clairement des disparités liées au sexe dans le système de santé. Diagnostic erroné, prise en charge tardive, insuffisance des parcours de soin cardio-gynécologique... Ces manquements, aux lourdes conséquences, sont souvent le résultat de préjugés vis-à-vis des maladies cardio-vasculaires chez les femmes.
La faute à qui ? Probablement à des années de recherche faites par des hommes pour des hommes, et une conviction bien ancrée dans l'inconscient collectif que ces maladies ne touchent principalement que les hommes ! Il est urgent d'arrêter de croire que lorsqu'un homme tombe à terre, il est victime d'un arrêt cardiaque, mais que, lorsque c'est une femme, il s'agit d'un malaise vagal. Non, une femme qui ressent une douleur aigüe dans la poitrine n'est pas forcément en train de faire une crise d'angoisse !
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Heureusement certains médecins font un travail colossal de sensibilisation et d'actions concrètes dans ce domaine. Mais qui sont-ils ? Des femmes dans la plupart des cas ! Saluons, notamment, le travail du Professeur Martine Gilard, membre de la Fondation Cœur et Recherche et de l'Académie de médecine qui œuvre largement dans ce sens. Elle rappelle régulièrement que les femmes sont plus vulnérables, sous l'effet de certains facteurs de risque cardio-vasculaire comme le diabète, l'hypertension, le stress ou exposées à ceux en relation avec leur vie hormonale (contraception avec estrogènes de synthèse, grossesse à risque, ménopause....).
Il n'y a pas de différence entre les femmes et les hommes dans les symptômes de la maladie. Ce qui change, c'est l'attention qu'ils ou qu'elles prêtent à ses signaux d'alerte. Les femmes ne s'écoutent pas et tardent à consulter ou à alerter les secours dans les cas les plus urgents. Serait-ce une question d'habitude ? Loin de moi la volonté de défendre l'idée reçue selon laquelle les hommes seraient moins résistants à la douleur mais tout de même !
Règles, grossesse à risque, accouchement, symptômes de la ménopause... En matière de douleur et d'inconfort, les femmes en connaissent un rayon ! Elles sont aussi, disons-le, habituées, car conditionnées, dès le plus jeune âge, à s'occuper bien plus facilement de la douleur et des bobos des autres. Autre facteur, l'avalanche d'obligations professionnelles et familiales auxquelles elles sont, désormais, confrontées chaque jour, une mauvaise hygiène de vie avec plus de tabac, d'alcool et de stress, le tout cumulé, allongent la liste des facteurs de risques. Dans ce contexte, tout le travail consiste à sensibiliser les femmes et à faire en sorte qu'elles se prennent en charge dès les premiers symptômes.
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Alors, comment traiter cette question de santé publique et sortir de cette situation alarmante ? Un effort collectif est nécessaire. Les pouvoirs publics doivent être en capacité de proposer une prise en compte sérieuse des spécificités médicales liées au genre, en engageant une politique de prévention et de dépistage et en diffusant des messages d'éducation sanitaire ciblés. La formation pour l'ensemble du corps médical, sur ce sujet, est indispensable tout comme la sensibilisation des femmes sur leur santé tout au long de leur vie. Enfin, il sera primordial de soutenir le développement de programmes spécifiques de recherche pour avancer contre ce fléau dont on ne parle pas assez.
Le 29 septembre prochain, c'est la Journée Mondiale du Cœur, une occasion de plus de rappeler, à qui veut bien le comprendre, que les stéréotypes de genre sont, aussi, mauvais pour la santé.
Sophie Iborra