Aïda M'Dalla : du quartier dijonnais des Grésilles à la création cosmétique

PORTRAIT. Aïda M'Dalla, tunisienne arrivée à Dijon à l'âge de 6 ans, a grandi dans le quartier des Grésilles devenu tristement célèbre en raison des échauffourées entre bandes rivales. Elle est la fondatrice de la holding Groupe Allure (20 salons de coiffure en France). Après un redressement judiciaire en 2019, qu'elle juge salvateur, elle lance sa nouvelle gamme de cosmétique capillaire AMD.
Aïda M'Dalla, créatrice du groupe Allure Coiffure.
Aïda M'Dalla, créatrice du groupe Allure Coiffure. (Crédits : DR)

Et si le redressement judiciaire n'était pas un couperet mais une renaissance ? La crise sanitaire augure une grave crise économique. Pour éviter les dépôts de bilan en nombre, il est possible d'agir en amont. Le redressement judiciaire peut être une solution, à condition de saisir la justice à temps. C'est le message que souhaite faire passer Aïda M'Dalla, créatrice du groupe Allure Coiffure, en redressement depuis le 5 mars 2019 : « Tel le malade qui vient consulter son médecin pour qu'il lui prescrive un remède, une entreprise en mauvaise santé peut trouver des solutions pour sauver ses emplois avec un administrateur ». Un administrateur qu'elle nomme son tuteur, tellement son aide a été précieuse. Cette quadragénaire a su mettre son égo de côté pour demander de l'aide. « C'est vrai que pour un chef d'entreprise, c'est très dur à accepter. Mais une fois que le premier pas est fait, c'est la délivrance ! Je n'étais plus seule. Ensemble, nous avons trouvé des solutions pour préserver tous les emplois malgré la fermeture de 16 salons », témoigne-t-elle.  Avec le recul, la femme d'affaire s'aperçoit que cette démarche l'a sauvée et lui a permis de faire un grand tri pour ne garder que les meilleurs salons.

« Une pépite des Grésilles »

Issue d'une famille tunisienne, Aida M'Dalla est « une pépite des Grésilles », ce quartier si tristement célèbre désormais. C'est là, dans son enfance qu'elle a puisé sa force et sa détermination de femme d'affaires. Élevée par ses grands-parents en Tunisie dans le village de Ghraiba, entre Sfax et Gabès, jusqu'à l'âge de 6 ans, la petite fille revient définitivement à Dijon chez ses parents en 1980 dans ce quartier modeste de Dijon. Très tôt - trop tôt ? - la jeune fille se voit confier des responsabilités par sa mère. Aïda M'Dalla doit s'occuper de ses trois frères et sœurs et des tâches de la maison, sa maman travaillant en horaires décalés. Les responsabilités ne lui font pas peur et très vite, elle se sent l'âme d'une meneuse et d'une entrepreneuse. À 14 ans, elle apprend le métier de coiffeuse par le biais de l'apprentissage. Elle obtient son CAP, puis son brevet. Aïda M'Dalla réalise très vite qu'elle n'est pas faite pour être salariée.

Avec moins de 8.000 euros et sa rage de réussir, elle se lance dans une aventure entrepreneuriale qui deviendra celle de sa vie. Elle ouvre son premier salon en mars 1998. Son ambition : faire de la coiffure, un service accessible à tous. En 2003, elle décide de se développer et se lance dans une véritable « frénésie » de création de salons qui aboutit à la holding Groupe Allure en 2007. « En 2012, j'avais près de 40 salons dans toute la France et 150 salariés ! », se souvient-elle fièrement. Cette quadragénaire a su allier le désir de sa mère (la coiffure) et sa vocation de femme d'affaire. Cette montée en puissance s'arrête en 2015, le jour où ses parents sont victimes d'un grave accident, intoxiqués au monoxyde de carbone. Son père décède sur le champ, sa mère sombre dans un coma profond. La jeune femme d'affaire décide alors de s'occuper d'elle à temps plein, en la prenant en charge à son domicile. Une relation fusionnelle qui durera quatre ans. Ce temps précieux aux côtés de sa mère l'éloignera petit à petit de son entreprise. Le 5 mars 2019, Allure Coiffure est officiellement en redressement judiciaire.

Un nouveau départ

Dès juin 2011, Aïda M'Dalla s'était lancée dans la création d'une gamme de shampoings et de soins capillaires professionnels au nom de ses salons. Mais Chanel refusera qu'elle continue à porter ce nom. En 2015, elle sort alors une nouvelle marque : KRITIK. Grâce au second souffle que lui offre son redressement judiciaire pour Allure Coiffure, la femme d'affaire se lance un défi : créer une nouvelle gamme à son nom, AMD, plus saine, sans sulfate, sans paraben et sans silicone, composée d'huiles essentielles, de collagène, de kératine et d'huile d'argan. « Je souhaite créer des produits sains et naturels, d'où le lancement d'une gamme bio Hair Organic tout récemment », souligne l'entrepreneuse.

Actuellement, cette gamme est utilisée dans tous les salons Allure Coiffure. Le souhait d'Aïda M'Dalla est de convaincre ses confrères de la qualité de ses produits et sa grande fierté serait de les y retrouver dans leurs salons. C'est dans ce but qu'au fil des années, les gammes n'ont cessé de se renouveler, tant sur la composition que sur le packaging. Cette évolution est aussi celle d'Aïda M'Dalla qui s'affirme au fur et à mesure des épreuves pour aboutir à une femme affirmée et assumée avec des origines fièrement portées et une volonté d'avancer plus forte que jamais. Aïda, comme le signifie son prénom, est sa propre récompense.

 ________

 Biographie:

1974 : naissance le 15 mars à Dijon

1974-1980 : enfance en Tunisie chez ses grands-parents

1990 : obtient son CAP de coiffeuse

1998 : le 23 mars, ouvre son premier salon de coiffure « Allure Coiffure »

2019 : procédure de redressement judiciaire du groupe Allure Coiffure

2020 : sortie d'une nouvelle gamme de produits cosmétiques capillaires : AMD

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