Après que l’arrêté mettant en place une nouvelle mouture de l’affichage nutritionnel a été signé par la ministre de la Santé Catherine Vautrin, le directeur général de la Santé a affirmé ce jeudi que son application n’a « jamais été aussi proche d’une entrée en œuvre ».
[Article publié le mercredi 12 mars 2025 à 14 h 38, mis à jour le jeudi 13 mars à 14 h 20] Le débat avance! Le nouveau Nutri-Score n'a « jamais été aussi proche d'une entrée en oeuvre », a estimé jeudi le directeur général de la Santé. Grégory Emery se dit même « certain que, dans les prochains jours, les positions seront alignées » dans le gouvernement, où la ministre de l'Agriculture avait exprimé des critiques.
Mercredi, l'arrêté d'une nouvelle version de l'affichage nutritionnel a notamment été signé par la ministre de la Santé Catherine Vautrin. Le cabinet de Yannick Neuder (Santé, Accès aux Soins) a également précisé avoir signé l'arrêté sur la nouvelle mouture de cet étiquetage classant les produits alimentaires en fonction de leur composition et de leurs apports nutritionnels, confirmant une information de RMC.
Conçu par des spécialistes de la nutrition, le Nutri-Score a été mis en place en 2017 en France, sur la base du volontariat, et dans six autres pays européens. La nouvelle mouture est plus sévère avec certains produits transformés par l'industrie agroalimentaire pour tenir compte de récents travaux scientifiques.
Blocage du ministère de l'Agriculture ?
« Les deux ministres s'engagent très clairement en faveur d'une application très rapide de l'arrêté », a-t-on précisé au cabinet de Catherine Vautrin.
Pourtant, du côté de la ministre de l'Agriculture, on ne souhaitait pas faire de commentaire. Et pour cause, Annie Genevard avait assumé publiquement mercredi dernier de bloquer la publication de l'arrêté.
« L'arrêté est à ma signature. Je n'ai pas encore signé. Je ne sais pas quelles sont mes marges de manœuvre pour en corriger les effets négatifs, mais croyez bien que je m'y intéresse de très près », avait-elle déclaré au Sénat.
La signature de quatre ministres est requise pour l'entrée en vigueur du texte, dont celui de l'Économie. Également sollicité dans la matinée, le ministère n'avait pas répondu dans l'immédiat.
Annie Genevard, élue du Doubs, fief du fromage comté, reproche à l'indicateur de donner une mauvaise note aux produits « remarquables » du terroir ou des « magnifiques salaisons françaises », fromage et charcuterie notamment.
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Des critiques qui font écho à celles de l'industrie laitière à l'instar de la directrice générale de la marque Lactel (propriété du groupe Lactalis) Anne Charlès-Pinault qui a dénoncé, mardi, le fait que le Nutri-Score ne prenne « pas en compte l'apport en calcium pour les produits laitiers. Or, le lait, riche en calcium, est un aliment essentiel ». Elle reproche par ailleurs que le score soit « calculé uniquement pour cent grammes de produit. Or, dans les habitudes alimentaires des Français, il est rare de manger cent grammes de beurre ».
La réaction de la ministre de l'Agriculture n'a pas manqué de faire réagir les défenseurs de l'indicateur. « Le Nutri-Score est une innovation française qui a été portée par l'Inserm, qui est un vrai outil de santé publique, plébiscité par les Français et influençant les choix d'achats, et on ne peut pas faire comme si le surpoids et l'obésité n'étaient pas un problème de santé publique », a souligné ce jeudi le Dr Grégory Emery devant l'Association des journalistes de l'information sociale (Ajis).
Vendredi 7 mars, l'association de consommateurs Foodwatch avait déjà estimé qu'Annie Genevard « cajole les lobbies et se moque de la santé publique », invitant le gouvernement à « suivre les recommandations scientifiques au lieu de n'écouter que les intérêts privés » des agro-industriels. L'association a adressé, avec la fédération d'associations de patients France Assos Santé et le Réseau Action Climat, une lettre ouverte au Premier ministre François Bayrou le même jour.
L'étiquetage nutritionnel, l'interdiction des publicités pour des produits gras sucrés salés et la taxation des boissons sucrées sont « les politiques publiques les plus efficaces contre le surpoids et l'obésité », selon une étude du service statistique des ministères sociaux de juillet 2024.
À l'échelle européenne, la Commission, décisionnaire en matière d'information obligatoire aux consommateurs, a réitéré récemment « continuer à travailler » sur une solution consensuelle d'étiquetage nutritionnel qui ne soit pas le Nutri-Score, auquel sont aussi opposés de grands industriels, certains secteurs agricoles et le gouvernement italien.