Entre sa proposition en 2014, puis sa mise en place par le gouvernement français en 2017, dans le cadre de la Loi de modernisation de notre système de santé de 2016, le Nutri-Score avait déjà réveillé les lobbies et suscité de nombreuses critiques. Système d'étiquetage des aliments à cinq niveaux, correspondant chacun à une lettre (de A à E) et à une couleur (du vert au rouge), et exprimant leur valeur nutritionnelle, il avait été accusé par plusieurs industriels et distributeurs d'être trop simpliste et stigmatisant.
Aujourd'hui largement adopté en France et dans six autres pays européens (l'Allemagne, la Belgique, l'Espagne, le Luxembourg, les Pays-Bas et la Suisse), y compris par nombre de ses détracteurs de l'époque, il fait l'objet depuis quelque temps d'une nouvelle salve d'accusations. Elles ressurgissent notamment au moment où la Commission européenne veut proposer un système d'étiquetage nutritionnel harmonisé et contraignant dans l'ensemble des pays de l'UE, et doit en choisir le modèle avant la fin de l'année 2022. À présent, en vertu de la législation européenne, le Nutri-Score reste en effet facultatif dans les pays qui le préconisent.
Parmi ces critiques, l'une des plus récentes consiste à l'accuser de favoriser les aliments ultra-transformés: des produits qui représentent la grande majorité de l'offre alimentaire emballée et dont la consommation, selon des recherches de plus en plus développées depuis les années 2000, serait aussi en lien avec obésité, diabète, hypertension, cancers... Cet argument est notamment soutenu par une vingtaine de députés, signataires d'une tribune collective datée du 8 mai 2022 et encore inédite, que La Tribune a pu consulter.
"Une publication de l'UFC-Que Choisir (association de consommateurs qui défend ardemment le Nutri-Score, NDLR) montre que ce système note moins bien la tartine de pain, beurre et confiture que certaines céréales industrielles du petit-déjeuner, et qu'il note mieux le krunchy KFC (hamburger fait de viande recomposée) que le jambon blanc ou le pâté du traiteur", explique son premier signataire, François-Michel Lambert."C'est une aberration!", conclut le député, pour qui cela prouve que le Nutri-Score "n'atteint pas ses objectifs".