Taxe rose : le gouvernement va s'attaquer aux stratégies marketing

Les femmes payent-elles vraiment plus chers leurs produits et service ? Pas si sûr, si l'on en croit un rapport de la DGCCRF et la SDFE remis ce vendredi au Parlement. Mais le gouvernement compte tout de même se pencher sur les effets des stratégies marketing différenciées selon le genre.
Marina Torre
Parmi les requêtes inscrites dans la loi Macron figure la remise d'un rapport sur les conséquences du marketing différencié en fonction du sexe, les écarts de prix selon le sexe du consommateur et les inégalités pensant sur le pouvoir d'achat des femmes et des hommes
Parmi les requêtes inscrites dans la loi Macron figure la remise d'un rapport sur les "conséquences du marketing différencié en fonction du sexe, les écarts de prix selon le sexe du consommateur et les inégalités pensant sur le pouvoir d'achat des femmes et des hommes" (Crédits : © Vincent Kessler / Reuters)

Hommes et femmes, tous égaux... devant les inégalités de prix. Les segmentations marketing entraînent un surcoût, parfois au détriment des femmes, et parfois à celui des hommes. Ainsi se résume le rapport de la Direction générale de la Consommation et du Service des Droits des Femmes et de l'Egalité remis ce vendredi aux parlementaires par les secrétaires d'Etat au Commerce et au Droit des Femmes, Martine Pinville et Pascale Boistard. Elle fait suite à une demande d'évaluation formulée dès novembre 2014 et même inscrite dans la loi Macron d'août 2015.

Changer une serrure, déménager, se faire dépanner

Dans le détail, les prix de déodorants, de rasoirs jetables et de produits hydratants pour la peau ont été étudiés grâce à des données issues de tickets de caisses dans les enseignes de la grande distribution. Le document conclut que, si certains sont parfois « plus chers » quand ils sont destinés aux femmes que lorsqu'ils sont conçus « pour des hommes » (et inversement), cela n'est pas le cas pour toutes les catégories de produits, ni toutes les gammes de prix.

D'éventuelles différences de prix pratiquées selon le genre du client ont par ailleurs été évaluées dans le domaine des services. Ce, grâce à des demandes de devis effectués par téléphone à Paris et Lyon pour un dépannage de voiture, un déménagement et un devis de réparation de serrures. Là non plus les « biais de genre » ne seraient pas évidents. La majorité des devis de serruriers présentaient par exemple des tarifs identiques que le commanditaire soit un homme ou une femme. Tandis que 19% comptaient faire payer les femmes plus cher, et, dans la même proportion, le prix proposés à des hommes étaient plus élevés.

Dans les autres catégories une corrélation entre le sexe de l'interlocuteur et un éventuel surcoût ne peut pas non plus être prouvé. Il pourrait cependant être objecté que, dans des conditions réelles, et donc en face à face, les résultats sont potentiellement différents.

Calcul complexe

Il faut dire que cette vérification tenait du casse-tête. D'autres organismes indépendants ont également tenté d'évaluer ces écarts sur lesquels des législateurs californiens s'étaient déjà penchés dès les années 1990. A Bercy, la définition d'une méthodologie jugée adéquate a elle-même pris du temps.

>> La "taxe rose", une donnée introuvable ?

Principale difficulté: dans le cas des produits d'hygiène, ceux destinés de façon plus ou moins explicite aux hommes ou aux femmes sont parfois fabriqués de façon différente, et impliquent donc des coûts différents. Ce qui peut conduire à des écarts de prix sur le ticket de caisse.

Stratégies marketing

C'est justement la conception même de stratégies marketing différenciantes qui est au coeur du problème. Les auteurs du rapport notent ainsi que:

"Les produits faisant l'objet de campagnes publicitaires ciblées (vers les femmes ou vers les hommes) sont susceptibles d'être affectés d'un surcoût, expliqué principalement par des objectifs de mercatique ou bien par la mise en œuvre de stratégies de communication ciblées, le coût devenant ainsi un élément de différenciation justifiant les qualités revendiquées.

Cela est particulièrement vérifiable pour des produits dits « de beauté » traditionnellement et majoritairement achetés par un public féminin comme les produits hydratants ; les fabricants vont alors chercher à se distinguer les uns par rapport aux autres (par l'innovation, la formulation ou la présentation) et une tendance marquée à un coût plus élevé visant un niveau  'premium' "

Martine Pinville compte saisir le Conseil national de la consommation (CNC) afin d'étudier plus en détail ces stratégies. Au delà des questions de prix, distributeurs, fabricants, associations de défense des consommateurs et des droits des femmes plancheront plus largement sur la communication. Ce, notamment dans le domaine des jouets où la division entre catégories "fillettes" et "garçons" serait susceptible d'entraîner une "pression sociale" à l'achat d'objets supplémentaires.

>> Jouets pour enfants : sous le sapin, le genre

En finir avec les rayons "hommes et femmes"?

Une pétition du collectif Georgette Sand a soulevé la problématique de la "taxe rose" fin 2014. Cette association féministe a déjà obtenu des parlementaires qu'ils votent une réduction de la TVA sur les produits d'hygiène féminine, non sans difficulté.

>> Les députés suppriment finalement la "taxe Tampon"

Tout en maintenant que, pour certain produits, il existe bien une "taxe rose", ce collectif souligne aussi les inégalités défavorables aux hommes mis à jour dans ce rapport. "Nous sommes un peu déçues que le cas des salons de coiffures et des pressings soient absents de ce rapport. Ils ont pourtant fait l'objet d'une législation aux Etats-Unis qui est d'ailleurs citée dans le document", commente une représentante de Georgette Sand. Au CNC, où le collectif a demandé à être auditionné, ce dernier compte notamment demander la réduction voire la suppression des rayons "hommes" et "femmes" dans les rayons des grandes surfaces.

(Article créé le 18/12/2015 à 13:18, mis à jour à 14:22)

Marina Torre

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Commentaires 25
à écrit le 20/12/2015 à 20:21
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Si on se contentait de taxer lourdement les dépenses de marketing quelqu'en soit la destination? Ces menteurs causent du tords á la société en imposant une surcharge mentale à chacun d'entre nous et aux enfants en priorité. traitons les comme les p...

à écrit le 20/12/2015 à 20:21
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Si on se contentait de taxer lourdement les dépenses de marketing quelqu'en soit la destination? Ces menteurs causent du tords á la société en imposant une surcharge mentale à chacun d'entre nous et aux enfants en priorité. traitons les comme les p...

à écrit le 19/12/2015 à 15:49
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La dernière fois que l'état est intervenu sur les prix au nom de l'égalité de traitement, ce fut pour forcer les assurances auto à ne plus tenir compte du sexe dans la tarification. Et les femmes ont vu leurs cotisations augmenter et celle des homm...

à écrit le 19/12/2015 à 14:45
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Si l'Etat etait exemplaire et efficace, ses remarques et injonctions pourraient etre prises en consideration. Mais on est tres loin d'en etre la. Alors que celui-ci fasse bien et efficacement ses taches regaliennes au moindre cout et a la plus grande...

à écrit le 19/12/2015 à 13:25
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Les citoyens voudraient s'attaquer aux stratégies marketing du gouvernement qui ne cesse de nous vendre la théorie du genre. Il y a des hommes des femmes et les autres, qui n'ont pas tout à fait les mêmes besoins, quoi de plus naturel. Laissons la th...

le 19/12/2015 à 17:01
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'Gender studies' et pas 'Gender theory'. Certains ont trahi les termes par idéologie. Etudier et théoriser, c'est pas pareil.

le 19/12/2015 à 20:37
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Bien dit Photo; Parler de « LA THEORIE du genre », c’est créer un fantasme par la simplification outrancière et trompeuse d’un champ d’étude en construction, animé de débats et de tensions qui n’en font pas l’expression d’une « théorie » uniforme. Il...

le 20/12/2015 à 16:21
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@Patrick Si les produits hommes et femmes se trouvaient dans les mêmes rayons, les femmes pourraient comparer les prix et ainsi conscientiser ces différences. Mais les rayons femmes/hommes sont distincts. Sérieusement, vous aimez faire les courses a...

le 20/12/2015 à 22:30
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"Gender schema theory" was formally introduced by Sandra Bem in 1981 as a cognitive theory to explain how individuals become gendered in society... Rien de catho la dedans. Il est sûr qu'un homme est plus attaché au côté fonctionnel d'un produit. Ce ...

le 21/12/2015 à 14:09
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@boule: Ce que vous citez en provenance des USA n'a rien avoir en effet avec votre 1er post: En bon croyant limité dans son esprit critique vous pesez détenir LA vérité, je vous redis donc les faits unanimes des chercheurs : l’expression « théorie d...

à écrit le 19/12/2015 à 13:08
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Cette étude sur “les différences de prix de certains produits et services selon le genre”, est un premier pas fondamental dans la lutte contre les conséquences du marketing genré. Le rapport montre que les industriels, les distributeurs et les artisa...

le 19/12/2015 à 15:14
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les femmes payées 27% moins que les hommes ? c'est une fable basée sur des statistiques biaisées. pour le reste , l'état n'a pas à se mêler de ça , les citoyens sont assez adultes pour faire le tri dans les offres commerciales.

le 19/12/2015 à 16:55
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@Taranis: bien entendu que chacun defend ses propres intérêts ! Pour moi, il n'y a que deux secteurs d'absolue nécessité, à savoir la bouffe et le logement, qui devrait donc être taxes à zero pour cent. Le reste, c'est de la magouille politicienne po...

le 20/12/2015 à 13:36
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@leTroll : Le seul biais que j’observe est votre vision machiste de notre société (Mais bravo, vous ne vous en cachez pas) La donnée officielle est forcément brut, mais les statistiques ne se trompent pas. Si vous avez un super calculateur vous pouve...

le 20/12/2015 à 14:44
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@Taranis: il y a quand même quelque chose qui m'échappe: si le bleu et le rose font la même chose, il faut en tenir une sacrée couche pour acheter celui qui est plus cher. Si le rose a des qualités supérieures, pourquoi ne serait-il pas plus cher ?? ...

le 20/12/2015 à 16:25
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@Patrick Si les produits hommes et femmes se trouvaient dans les mêmes rayons, les femmes pourraient comparer les prix et ainsi conscientiser ces différences. Mais les rayons femmes/hommes sont distincts. Sérieusement, vous aimez faire les courses au...

à écrit le 19/12/2015 à 12:32
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Sur la forme, les termes « taxe tampon » et « taxe rose» sont des expressions ouvertement féministes, trompeuses et mensongères ! Au sujet de la tva sur les tampons et serviettes hygiéniques pour les femmes, les députés ont fait preuve d'un manque d...

le 19/12/2015 à 12:57
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Correction : « Cette problématique est traitéE par les repères de comparaison (…) qui devraient être LISIBLES par tous » ; et non « illisibles » évidemment !

à écrit le 19/12/2015 à 11:37
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A l'heure du chômage massif et de nombreux autres problèmes non traités depuis des décennies, notre gouvernement et nos près de 600 députés (souvent absents) n'ont rien d'autre à faire ? Lamentable !

à écrit le 18/12/2015 à 23:29
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Si un rasoir rose est plus cher qu'un gris, il faut regarder les prix et acheter un gris dit 'pour homme', même s'il est moins élégant, plus "brut" (ce qui compte est qu'il fonctionne !). Efficacité au meilleur prix. Peut-être aussi (ai pas mené d'en...

le 19/12/2015 à 15:42
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moins élégant , plus brut , c'est peut-être aussi pour cela qu'il est moins cher. il faut arrêter de considérer que les femmes sont c...es. Si elles achètent le produit plus cher , c'est peut-être parce que ce produit leur offre des avantages et pas...

le 19/12/2015 à 17:05
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@LeTroll : "c'est peut-être parce que ce produit leur offre des avantages" et si c'était ça la raison de différence de prix, qu'elles trouvent injuste ? Je veux plus mais pour pas plus cher (comme ceux qui acceptent de payer +5% ou +10% si le produit...

à écrit le 18/12/2015 à 22:59
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une entreprise est un organisme privé , elle doit pouvoir faire ce qu'elle veut en terme de marketing et de segmentation de sa clientèle. si les clientes ou clients ne sont pas d'accord , ils vont à la concurrence . et l'état n'a rien à faire là-de...

le 19/12/2015 à 14:26
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Bonjour, Nous ne sommes pas aux USA, contrairement aux pays des cowboyx en France il y a toujours un état providence qui se charge, heureusement de réguler les abus les plus flagrants. Le problème ne vient pas du fait d'aller ou non à la concurrenc...

à écrit le 18/12/2015 à 16:15
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est ce que les boucles d'oreilles pour femmes sont plus cheres que les boucles d'oreilles pour hommes? et les serviettes hygieniques, est ce que c'est plus cher pour les femmes que pour les hommes? et la mousse a raser, c'est plus cher pour les hom...

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